le 23/06/2004 à 22h58

Le Journal des Bleus

L'équipe de France est à la veille d'un nouveau grand rendez-vous, son troisième quart de finale d'un Championnat d'Europe des Nations d'affilée. Si les Bleus étaient heureux de finir premier de leur groupe B pour ainsi éviter les redoutables Portugais, ils devront tout de même affronter la Grèce, surprise et révélation de cet Euro 2004. La partie est loin d'être gagnée mais les Bleus, s'ils se méfient, restent confiants.

Retrouvez chaque jour une nouvelle édition du journal des Bleus. Aujourd'hui coup de projecteur sur le décalage entre la confiance affichée par les Bleus et la réalité de leur niveau de jeu.

Paroles, paroles, paroles

«Moi, je suis gardien de but, alors la façon dont on joue ne m'intéresse pas beaucoup» ironisait Fabien Barthez au sortir du match livré contre la Suisse. Mais en quelques mots, il a su résumer l'état d'esprit qui anime l'équipe de France en ce début d'Euro. Car, après trois matches d'un niveau plus que moyen, les Bleus préfèrent voir le bon côté des choses et ne retenir que la qualification en quart de finale. «On est qualifié, c'est magnifique» s'amusait Marcel Desailly, sur le banc contre la Suisse. «L'objectif minimum est atteint» affirmait Bixente Lizarazu, un peu plus tempéré. Certains semblent même refuser la critique, comme David Trézéguet, très peu en vue depuis le début de cet Euro, qui confiait dans le journal L'Equipe, «nous sommes conscients de nos qualités et nous en sommes fiers, ce ne sont pas les critiques qui nous déstabiliseront, car nous avons envie d'aller au bout de cet Euro et de le gagner» . Et l'attaquant de la Juve de rajouter «Moi, je suis content du match qu'on a fait (…). Personnellement, je ne me pose pas de question» . Trézéguet affiche donc une confiance (ou inconscience ?) sans faille, tout comme Marcel Desailly mettant les doutes de côtés et remettant les questions à demain. «On a mal joué mais on s'en sort. Alors la manière, ce n'est pas le souci de ce soir. On s'en fiche. L'essentiel était de retrouver les quarts de finale» . On peut toutefois accorder ce crédit aux hommes de Jacques Santini : ils sont en quart de finale, ils ont marqué sept buts en trois matches et sont invaincus dans cet Euro, poursuivant ainsi une belle série de 21 matches sans défaite. Car bon nombre de grandes équipes aimeraient se retrouver dans leur situation. Espagne, Italie, Allemagne, qui ont toutes développé un jeu attrayant, aimeraient, elles aussi, être en quart de finale, de quelque manière que ce soit. C'est ce d'ailleurs le sentiment de Lizarazu qui pense que «l'Espagne aurait aimé être à [leur] place» . Ne pas faire les fines bouches, voilà en somme ce que demande les joueurs.

Rester lucide

Mais il ne faut pas pour autant fermer les yeux sur les lacunes de l'équipe de France et si certains joueurs éludent la question, d'autres restent lucides comme le néo-capitaine des Bleus Zinedine Zidane, qui sait que «si [l'équipe de France] veut continuer [son] aventure, aller plus loin, il faudra mieux jouer. On en est tous conscients» . Et Bixente Lizarazu de continuer, «on sait qu'on peut mieux faire et on va le faire» .. Le milieu de terrain de Chelsea, Claude Makelele, avouait à son tour que les joueurs de l'équipe de France ne «sont pas conquérants dans toutes les phases de jeu (…). Cependant, pour arriver en finale, il faudra retrouver un jeu plus fluide et plus percutant» . Même son de cloche chez le capitaine d'Arsenal, Patrick Vieira, pour qui l'équipe «n'a pas pratiqué un football aussi fluide que d'habitude» et qui admet «qu'il y a un problème défensif mais pas de défenseurs» . Loin de la langue de bois ambiante, Willy Sagnol tient la palme de l'honnêteté. «On a bien débuté, bien fini, mais, entre les deux, ça a été nul» a-t-il jugé sans concession. Car les Bleus ont encore des choses à régler avant de pouvoir prétendre à leur propre succession. Alors que la maîtrise du jeu était leur grande force, elle semble s'être envolée en même temps que leur cohésion. Certes, ils ont du faire face à un changement tactique d'un match à l'autre. Mais l'anarchie qui en a résulté est inquiétante : aucun des joueurs ne semblait trouver sa place sur le terrain, rendant la récupération très aléatoire et la défense préoccupante, voire perméable. De plus, ce flou dans l'organisation ne permet pas en français de jouer en bloc, ce qui peut faire la différence, notamment lorsque l'on joue contre des équipes regroupées en défense. Défendre en bloc, presser l'adversaire très haut pour mieux servir les attaquants, voilà ce que l'équipe de France n'a pas réussi à faire, voilà ce qui pourrait lui permettre d'aller plus loin dans la compétition.

Garder le moral

Il ne faut pas tirer sur l'ambulance dit-on, c'est un peu le sentiment que dégagent les Bleus. Leur bilan est bon, peu importe la manière dont ils l'obtiennent. Ils veulent surtout éviter de se focaliser sur leurs problèmes pour éviter de se battre eux-mêmes, de devenir, leurs principaux adversaires. Car si cette équipe en est à ce niveau de la compétition c'est avant tout parce qu'elle a un moral d'acier, une confiance sans faille. «On évolue tous dans des clubs de haut niveau, on est tous costauds dans la tête» martelait Trézéguet après France-Suisse. «Ce qui est bien, c'est que nous avons démontré une belle capacité de réactions depuis trois matches et il faudra la conserver» rajoutait Mikaël Silvestre. On comprend alors que les Bleus rechignent à débattre de leur niveau de jeu. Tous connaissent leurs qualités individuelles et tous savent qu'un déclic suffirait à les faire repartir sur de bons rails. Et si le doute commençait à s'installer dans leur tête, on ne donnerait pas cher de leur peau. Ne pas se rajouter de pression supplémentaire, continuer à travailler, voilà le mot d'ordre pour les prochains jours.

Entre prise de conscience nécessaire pour hausser le niveau de jeu et espérer aller plus loin dans la compétition et recul nécessaire à prendre pour éviter de tomber dans les affres du doute, leur coeur balance. Rester lucide, comprendre leurs erreurs pour mieux avancer tout en gardant un moral d'acier et prendre conscience de leurs lacunes pour les corriger et retrouver un niveau de jeu qui les avait amenés au sommet, voilà peut-être la recette pour arriver en demi-finale…

En direct avec les Bleus

Mercredi, les hommes de Jacques Santini se sont entraînés à huis clos dans leur retraite de Santo Tirso. Ils s'entraîneront jeudi au stade Alvalade à Lisbonne. De son côté, l'infirmerie se remplit puisque Willy Sagnol a annoncé que l'Euro était terminé pour lui après qu'il ait pris un coup sur l'avant-bras gauche, à l'endroit où il s'était fait poser une plaque après une facture en mars dernier. Inquiétude également pour William Gallas et Patrick Vieira. Le défenseur de Chelsea est touché à la cheville droite après un méchant tacle de Wicky lors du match France-Suisse. Le milieu de terrain d'Arsenal est quant à lui victime d'une contracture à la cuisse. Tous deux ne sont pas entraînés avec les autres joueurs mardi et sont incertains pour le quart de finale contre la Grèce.

A demain pour une nouvelle édition du Journal des Bleus !

Par Marie Ange Kostoff, le 23/06/2004 à 22h58
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