le 27/06/2004 à 10h04

Le Journal des Bleus

Les Français doivent se rendre à l'évidence, ils n'ont pas proposé un niveau de jeu assez élevé pour pouvoir continuer l'Euro. La chance les a quitté, le «Messie» Zidane n'a pas pu faire de miracles et est tombé, comme les autres hommes de l'équipe de France. Les Bleus doivent toutefois se relever et repartir, car après cette défaite, une nouvelle page se tourne…

Des Bleus dépités mais lucides

«C'est avec beaucoup de tristesse que nous quittons cette compétition» regrettait Robert Pirès. «On tombe de haut» rajoutait Louis Saha dépité. «Globalement, je suis très déçu» finissait Marcel Desailly après la défaite de l'équipe de France face à la Grèce et à son élimination en quart de finale de L'Euro. Tous les joueurs sont évidemment déçus, frustrés de ne pas avoir su, avoir pu, hausser leur niveau de jeu pour aller plus loin dans la compétition. «Il existe un sentiment de tristesse, de vraie déception, de frustration» analysait lucidement Bixente Lizarazu après le match. Car les Bleus semblent enfin avoir admis leur problème de niveau de jeu. On peut aisément comprendre que pour ne pas donner des atouts supplémentaires à leurs adversaires, les Bleus se soient tus sur leurs carences individuelles et collectives. Mais après leur défaite, ils semblent plus lucides, plus «honnêtes» , admettant enfin qu'il y avait des lacunes dans leur jeu. Beaucoup reviennent sur les problèmes offensifs qu'a connu l'équipe de France. «Il nous a manqué un peu de réussite, de détermination et de confiance, notamment devant le but» avouait Louis Saha. Un aveu d'impuissance que partage Lizarazu. «Nous avons eu pas mal d'occasions mais nous n'avons jamais réussi à en concrétiser une» . Quant au capitaine Zidane, son honnêteté tranche avec la langue de bois de certains. Quant Lizarazu affirme avoir eu le sentiment «d'avoir essayé, jusqu'au bout, avec les autres» , Zidane avoue clairement, «nous n'avons pas joué à notre niveau. C'est simple. On n'a pas joué pendant 45 minutes puis on a commencé à jouer quand on a pris le but. C'est difficile de commencer quand on prend un but, surtout quand on ne joue pas tous en harmonie, dans le même sens. On a plus joué par à coups qu'en construisant le jeu» . La réaction trop tardive des Bleus pèse dans les esprits. Jérôme Rothen était, lui aussi de l'avis de son capitaine. Il aurait fallu «rectifier le tir, ce qui a été fait, mais c'était trop tard (…). Il fallait réussir un match complet» .

Les joueurs reviennent également sur le manque de «chance» qu'ils ont eu au cours de ce match. Cette fois elle ne leur a pas souri. Car leur bonne fortune a certainement caché une partie de leur lacune. Le match contre l'Angleterre n'aurait pas dû être gagné et peut-être aurait-il fait réagir les joueurs plutôt que de leur donner une confiance sans base solide, qui ne reposait sur aucun jeu sûr. Les Bleus l'ont eux-mêmes avoué après le match contre la Grèce, «on n'a pas eu le petit grain de chance qui aurait pu faire basculer le match» affirmait Silvestre. Et s'en remettre à la chance n'est jamais bon signe pour une équipe, c'est alors la preuve que quelque chose cloche et que l'on doit s'en remettre au sort pour espérer gagner.

Les Bleus n'ont jamais semblé trouver la faille face à une équipe une nouvelle fois regroupée en défense. «Les quatre équipes que nous avons rencontrées ont produit du jeu mais en ayant comme principe défensif de nous proposer un bloc compact où les dix joueurs de champ se positionnaient devant leur gardien. Ayant des espaces réduits, nous n'avons pas eu la spontanéité et la lucidité nécessaires pour faire la différence» , constatait, impuissant, Jacques Santini à l'issue de la rencontre. Le sélectionneur, dans un entretien au journal L'Equipe concédait toutefois que l'équipe de France avait «une trop faible qualité technique pour pouvoir percer les blocs adverses» , qu'elle avait fait preuve d' «un trop gros déchet dans les passes, les centres et surtout au niveau de la première passe spontanée.» , rajoutant que «le manque de lucidité dans les dernières minutes de la rencontre ne [lui] avait pas permis de revenir au score» . Mais là encore, comme depuis le début de l'Euro, si les Bleus avouent leur lacune, c'est du bout des lèvres, préférant avant tout mettre sur le compte du jeu adverse, leur difficulté à marquer. «On s'est heurté à une équipe qui procédait avec de longs ballons et qui défendait bien. Et elle a marqué sur l'une de ses rares occasions. C'est dommage mais c'est souvent le cas quand une équipe comme la France joue pour gagner ses matches et s'expose donc face à une équipe qui, elle, joue pour ne pas perdre» expliquait Willy Sagnol resté dans le sillage de ses coéquipiers. Les Grecs «ont eu deux occasions et ont marqué un but» osait même ajouter Robert Pirès un brin de mauvaise foi. Mais il est trop facile de se cacher derrière le système de jeu adverse pour expliquer la défaite. Comme l'affirmait Bixente Lizarazu il y a quelques jours, si les adversaires de l'équipe de France ont trouvé des parades, aux joueurs de proposer des «contre-parades» . Les Bleus savaient avant l'Euro et depuis leurs titres de Champion du Monde et d'Europe, qu'ils étaient les hommes à battre et que, face à eux, ils ne trouveraient pas d'équipe jouant les attaques à fond, risquant de se faire prendre en contre par une équipe aussi rapide que la France.

La fin d'une époque

Cette défaite sonne-t-elle le glas d'une équipe née en 1996 ? C'est en tout cas dans l'esprit de nombre de joueurs et surtout de Robert Pirès, pour qui une page se tourne. Santini part à Tottenham, Desailly quitte la sélection par la petite porte, Lizarazu le suivra peut-être même si on peut penser que son tempérament l'empêchera de finir sur une si mauvais note. «C'est sans doute la fin d'une génération car en 2006 il restera très peu de joueurs qui auront gagné en 1998» ajoutait Lilian Thuram qui pourrait bien, lui aussi, quitter l'équipe. Les Bleus avaient vu leur effectif renouvelé déjà lors de cet Euro où quelques jeunes avaient été intégrés. Mais quel visage aura alors l'équipe de France en 2006 ? Car tous pense déjà à cette coupe du Monde «allemande» qu'ils doivent préparer, les phases éliminatoires débutant dans un mois et demi. Peut-être pour oublier une partie de l'échec grec, les Bleus semblaient déjà tournés vers l'avenir. «Il va falloir maintenant passer à autre chose, à la qualification pour la Coupe du Monde 2006» se résignait Robert Pirès. «On fera le bilan plus tard. Il nous faudra revenir plus fort pour les éliminatoires de 2006» éludait Desailly qui ne sera pas de l'aventure. Quant à Jérôme Rothen dont la carrière internationale ne fait que commencer, il tente de transformer l'échec en motivation, pour avancer. «C'est la fin de l'aventure et cela fait mal. Il faut que l'on transforme cette déception en motivation pour attaquer les qualifications à la Coupe du Monde 2006» . La page est tournée, une nouvelle génération arrive, mais sera-t-elle aussi dorée et talentueuse que la précédente, la question reste ouverte…

Les Grecs en liesse

Côté grec, les interrogations sont moins nombreuses et, pour une fois, moins philosophiques. Les joueurs d'Otto Rehhagel savourent un exploit qu'ils ne sont pas près d'oublier de sitôt. «Cela fait une énorme sensation. Une très grande joie. C'est une victoire qui va faire le tour du monde. C'est le résultat de trois ans de travail où j'ai essayé d'inculquer un esprit d'équipe à une formation qui misait sur ses individualités» exultait le sélectionneur de l'équipe grecque. «Nous avons réalisé une grande performance face à une très grande équipe. Cette accession aux demi-finales est le plus grand moment du football grec. Tous les Grecs, où qu'ils soient, doivent se sentir fiers, avoir le sourire et se réjouir de cette victoire» rajoutait le héros du soir, Angelos Charisteas, auteur du but contre la France. Les Grecs ont démontré qu'ils ne doivent pas, eux, leur qualification à la chance. Car on ne bat pas le Portugal et le France, on ne tient pas en échec les Espagnols par hasard. Dopés par cette victoire historique, leur confiance est décuplée et ils espèrent maintenant aller très loin dans la compétition. «Maintenant, tout est possible» concluait Charisteas. Qui pourra en effet arrêter cette équipe Grecque ?

C'est la fin d'une époque, le début d'une autre. L'équipe de France va changer de visage. Le sélectionneur part, certains joueurs cadres aussi. De jeunes joueurs viendront bientôt faire leurs armes en équipe de France et apporter un peu de fraîcheur à une équipe qui est apparue, parfois, en fin de cycle au cours de cet Euro. Des échecs de 2002 et 2004, les Bleus devront tirer des leçons, pour ne pas refaire les même erreurs et pour progresser. La maison bleue est tombée, mais il faut vite la reconstruire, plus grande, plus belle, car les éliminatoires de la Coupe du Monde 2006 commencent très bientôt...

Par Marie Ange Kostoff, le 27/06/2004 à 10h04
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