Les données du match :
Atteindre les demi-finales de la compétition constituait déjà un petit miracle pour le Portugal. En effet, si à l'aube de cet Euro les coéquipiers de Luis Figo faisaient figure de favoris, la défaite face à la Grèce lors du match d'ouverture avait calmé les ardeurs de tout un peuple. La qualification des joueurs de Scolari face à l'Espagne a redonné confiance à une équipe qui, depuis, se sent pousser des ailes. La qualité de ses prestations ont d'ailleurs été en s'améliorant au fil du tournoi, comme en témoigne le très bon match livré face à l'Angleterre. L'entraîneur brésilien de la sélection a réussi à constituer une véritable équipe soudée avec 11 individualités de haut niveau, chose qu'aucun sélectionneur n'était réellement parvenu à réaliser avec cette génération si pleine de talents. Les Portugais défendent bien depuis l'intronisation de Ricardo Carvalho au poste d'arrière central, en lieu et place de Fernando Couto. Son attaque réalise quant à elle un score honorable avec 6 buts inscrits en quatre rencontres. Face aux Pays-Bas, Scolari restait fidèle à son système en 4-3-3 : Devant le gardien de buts Ricardo, un ligne défensive composée de Miguel à droite, Carvalho et Andrade au centre, et de Nuno Valente à gauche, est chargée de bloquer les attaquants hollandais. Les deux joueurs de Porto Costinha et Maniche sont chargés de la récupérer le ballon et de relancer les offensives lusitaniennes. Devant eux se dresse Deco, au poste de meneur de jeu. Deux ailiers de débordement, Figo et Cristiano Ronaldo, sont chargés de prendre le défense de vitesse, et d'offrir de bons centres à un buteur livré à lui-même. Face à la Hollande, c'est Pauleta qui était titularisé en lieu et place de Nuno Gomes. Ce-dernier avait remplacé le Parisien suspendu face à l'Angleterre. En progression constante, soutenue par un public passionné, l'équipe du Portugal attaquait ce match dans la peau de léger favori.
Tout comme le Portugal, la sélection hollandaise n'aurait peut-être pas cru se retrouver en demi-finales de cet Euro, après les matches amicaux calamiteux qu'elle avait disputé au début du mois de juin (défaite 2-0 face à la Hongrie). Mais après un début de parcours hésitant (match nul face à l'Allemagne, défaite face aux Tchèques), les hommes de Dick Advocaat ont réussi à s'extirper du «groupe de la mort» pour se hisser en quarts. Là , les coéquipiers de Ruud Van Nistelrooy ont retrouvé la Suède pour une victoire arrachée aux tirs au but. La confiance et la qualité de jeu ont fait leur apparition au fil du tournoi, et c'est une équipe des Pays-Bas revigorée que l'on retrouvait contre le pays hôte. Si la défense hollandaise a parfois craqué lors de cet compétition, notamment face à la République Tchèque (3 buts encaissés), son attaque, emmenée par un performant Ruud Van Nistelrooy performant (4 buts en 4 matches) et le très prometteur Arjen Robben, peut faire plier toute les défenses du monde. Dick Advocaat, tout comme Luiz Felipe Scolari, est l'un des derniers entraîneurs au monde à faire jouer deux ailiers en soutien d'un attaquant de pointe. Celui-ci, en Hollande, s'appelle Van Nistelrooy, et la simple évocation de son nom fait trembler toutes les défenses du monde. Robben et à gauche et Overmars à droite, en remplacement d'un Van der Meyde plutôt discret face à l'Angleterre, étaient chargés de pourvoir le prédateur de Manchester United en bons ballons. Derrière eux, Seedorf organisaient le jeu devant deux milieux de terrain récupérateurs, Phillip Cocu et Edgar Davids. Stam et Bouma se positionnaient arrières centraux, secondés pour les tâches défensives par Van Bronckhorst à gauche et Reiziger à droite. Avec deux équipes aussi offensives, le spectacle risquait bien d'être au rendez-vous !
Les moments forts :
- Centre de Deco vers Pauleta. Le Parisien est trop court pour reprendre le ballon, ce qui surprend Van der Sar. Celui-ci parvient tout de même à se saisir du ballon (5').
- Figo déborde côté droit avant de servir Cristiano Ronaldo en retrait. Celui-ci tente une frappe à raz de terre, à l'angle de la surface. Le gardien hollandais capte le ballon (17').
- Le capitaine portugais grille Cocu sur son côté gauche et centre devant le but vers Pauleta. Celui-ci reprend le ballon en taclant, mais un beau réflexe de Van der Sar repousse un ballon que tout le monde voyait au fond des filets (23').
- Corner de Deco. Le ballon arrive en pleine surface sur Cristiano Ronaldo qui, d'une tête piquée, le propulse dans les buts. (25' Portugal 1-0 Pays-Bas).
- Centre de Davids côté gauche. Le ballon parvient jusqu'à Overmars au deuxième poteau. Le milieu de terrain hollandais ajuste sa reprise de demi-volée. C'est au-dessus (28')
- Lancé par Cocu, Van Nistelrooy croise sa frappe et place la ballon au raz du poteau de Ricardo. Le but est logiquement refusé pour hors-jeu (38').
- Figo, intenable ce soir, s'amuse de Van Bronckhorst sur le côté droit. Il décoche une frappe enveloppée qui vient heurter le poteau droit de Van der Sar (40').
- Coup franc excentré de Robben. Au second poteau, ni Bouma ni Stam ne parviennent à redresser le ballon dans les buts (42')
- Suite à un long ballon en profondeur, Pauleta sème la défense centrale orange et se présente face à Van der Sar. Il laisse passer un rebond, frappe en force, mais c'est trop sur le gardien, qui repousse (53').
- Figo joue un corner en retrait vers Maniche. Celui-ci, très excentré, enveloppe une frappe lointaine en pleine lucarne. Magnifique ! (Portugal 2-0 Pays-Bas, 57').
- Van Brockhorst adresse un long centre de la droite vers Van Nistelrooy. Andrade veut intervenir mais lobe son gardien du bout du pied (Portugal 2-1 Pays-Bas, 62').
- Miguel déborde sur le flanc droit et centre vers Maniche, à l'entrée des 16 mètres. La frappe de milieu de terrain est contrée (77').
- Figo et Deco se retrouvent en position de contre-attaquants face à un seul baave. Le Madrilène sert le joueur de Porto, seul face au portier de Fulham. Celui-ci repousse le tir trop mou du meneur de jeu (91').
La prestation portugaise :
Fidèle à sa philosophie de jeu, les joueurs de Luiz Felipe Scolari ont attaqué dès l'entame de match. Les débordements se sont multipliés, Figo et Cristiano Ronaldo prenant régulièrement les latéraux hollandais de vitesse. Les coéquipiers de Pauleta sont ainsi parvenus à récupérer de nombreux ballons et à les porter vers l'avant. Le score de 1-0 à la mi-temps était don logique, d'autant que les Portugais auraient pu doubler la mise sur quelques occasions. En deuxième mi-temps, sous la pression batave, la sélection du Portugal a montré qu'elle ne savait pas seulement attaquer : la défense a tenu jusqu'au coup de sifflet final, résistant aux coups de butoirs hollandais dans un dernier quart d'heure étouffant. Cette équipe très technique a néanmoins le défaut de ses qualités : certains joueurs tels que Deco ont tendance à trop porter le ballon plutôt que de jouer vite vers l'avant et de multiplier les passes. L'attaquant, hier soir Pauleta, est souvent isolé face aux défenseurs adverses. De plus, la grande majorité des actions dangereuses portugaises passent par les ailiers Figo et Cristiano Ronaldo. Bloquer ces deux joueurs, c'est paralyser l'équipe entière. Heureusement pour les Lusitaniens, aucune défense n'y est pour l'instant parvenue.
Depuis le début de l'Euro, Luis Figo prouve à ceux qui en doutaient encore qu'il est bien l'un des meilleurs footballeurs du monde. Dribbles, accélérations, centres.. toute la gamme de l'ailier est récitée par le capitaine de l'équipe, une fois de plus rayonnant hier soir. Sa rage de vaincre et son orgueil inspirent tous ses coéquipiers. Pauleta, cette fois, a eu quelques occasions et a pesé sur la défense adverse ; cela n'avait pas été le cas lors des matches du premier tour. Malheureusement, il les a manqué. La faute à un état de fatigue certain et à un manque de confiance qui grandit au fil des matches. Pourtant, il lui a manqué de peu de chose pour à nouveau déployer ses ailes. A sa décharge, son poste de buteur esseulé l'oblige à se frotter aux rudes défenseurs hollandais sans le moindre soutien. Un seul but suffirait à lui redonner la confiance et l'efficacité qu'on lui connaît. Vite, car l'avant-centre du PSG est en train de rater son Euro. Lors de ce tournoi, l'Europe aura découvert un Deco nouveau : le virtuose du FC Porto est encore là , mais il se mue tout aussi bien en premier défenseur, se battant sur chaque ballon comme si sa vie en dépendait. La volonté est là , le résultat pas toujours. Quelques grosses occasions manquées en fin de match ternissent son bilan personnel. Cristiano Ronaldo, moins présent que son «jumeaux» Figo, aura néanmoins réussi quelques percussions significatives. Auteur d'un but capital, le premier, il s'affirme décidément comme l'une des sensations du tournoi. En outre, il jouit d'un excellent jeu de tête, chose plutôt inhabituelle chez les joueurs très techniques. Costinha a assuré un travail de l'ombre important. On ne l'a pas vu, ce qui constitue la meilleure preuve de son efficacité. A ses côtés, Maniche fait figure de grande révélation de la compétition : son abattage et sa bonne présence dans les phases offensives n'ont d'égal que la beauté de son but. A-t-il au moins fait exprès de loger le ballon dans la lucarne de Van der Sar ? Sans doute que oui, au vu des images. Enfin, la défense a fait preuve d'une solidité à toute épreuve au plus fort de la domination orange. Ricardo Carvalho s'est montré sous son meilleur jour, aux côtés d'un Jorge Andrade malchanceux puisqu' auteur du but des Pays-Bas. Miguel, parfait inconnu du grand public il y a deux semaines encore, est en train de se faire un nom : ses montées rageuses ont donné le tournis aux défenseurs hollandais. Nuno Valente a tenu son couloir gauche, laissant le gardien Ricardo, peu sollicité, assurer le minimum.
La prestation hollandaise :
On en attendait un peu plus des Pays-Bas: apôtres du jeu offensif, il se sont cette fois montrés brouillons et ont manqué de percussion. En première période, seul Marc Overmars est parvenu à dynamiter l'arrière-garde batave. La défense a commis de grosses erreurs de marquage, comme sur les trois occasions de Pauleta ou le but de Maniche. Jamais les offensives oranges n'auront transpercé le mur portugais, par manque de tranchant. A la mi-temps, les hommes de Dick Advocaat étaient menéés, et c'était plutôt logique. La deuxième mi-temps, et surtout le dernier quart d'heure, va voir le réveil hollandais. Un réveil qui ressemble plus à un frémissement. La poussée batave sera désordonnée et, au final, donnera lieu à fort peu d'occasions franches malgré la présence de… trois avants-centre (Van Nistelrooy, Makaay et Von Hooijdonk), auxquels il faut ajouter deux ailiers, Van der Vaart et Robben. Beaucoup de munitions mais aucune cible atteinte…
Du côté des joueurs, Van Nilstelrooy, par sa capacité à conserver le ballon dos au but et à se créer des occasions en toutes circonstances, a une fois de plus démontré qu'il était un des tout meilleurs avant-centres du monde, sinon le meilleur. Il n'a cependant pas trompé Ricardo, son compteur personnel durant cet Euro restant bloqué à 4 unités. Overmars a sans doute été le meilleur joueur de l'équipe de Hollande pendant quarante-cinq minutes: sa vitesse d'exécution et sa précision technique auront ouvert quelques brèches, mal exploitées par ses coéquipiers. Robben, son pendant sur le flanc gauche, aura été moins en vue que lors des matches précédents. Le Milanais Seedorf n'aura pas pesé sur es débats, qu'il était dans le milieu de terrain portugais. Davids et Cocu se sont chargés des tâches défensives, sans pour autant apporter un plus décisif lors des phases offensives. Stam, d'habitude si serein, s'est cette fois montré maladroit face au pressing des attaquants adverses. Lui et Bouma semblent absents sur le premier but du Portugal. Sur le second, c'est tout le secteur défensif hollandais qui oublie de remonter sur le porteur du ballon Maniche, lequel peut armer sa frappe à loisir. Van Bronckhorst a eu toutes les peines du monde à contenir son vis-à -vis Cristiano Ronaldo. Enfin, Van der Sar a réalisé une très belle prestation, retardant l'échéance à deux reprises face aux assauts de Pauleta.
Le Portugal disputera donc la finale de l'Euro dimanche prochain face à la Grèce ou la République Tchèque. Ce serait sa première victoire dans une compétition internationale. L'occasion ou jamais pour Figo et les siens de rentrer dans l'histoire…