le 14/09/2004 à 23h17

Marseille se "parinnise"

C'était écrit. Le match en terre doubiste devait être la naissance de l'OM version 2004-05, la situation idéale pour pérenniser une équipe jusqu'ici en rodage. Pourtant, les supposés sparring-partners sochaliens en ont décidé autrement. A l'instar de son grand rival parisien, le club phocéen se retrouve donc déjà dans une situation de doute…

Des signes prémonitoires

Tout semblait avoir pourtant parfaitement commencé. Laurent Batlles avait trouvé la lucarne de Ramé à la dernière minute du premier match de la saison face au sempiternel rival bordelais (1-0 à la 94ème de la première journée), Steve Marlet était parvenu à tromper Sylva malgré une retournée acrobatique totalement ratée (deuxième but du 3-0 contre Lille à la 89ème de la seconde journée). Le président Bouchet estime ainsi que le recrutement estival donnera vie à la «meilleure équipe marseillaise de ces dix dernières années» . Une équipe qui, selon Benoît Pedretti, «montrera son vrai visage qu'à partir de septembre» mais déjà auteur d'un «match solide» dixit Bixente Lizarazu dans un entretien accordé à France Football à l'issue de sa prestation face au LOSC. Et lorsque les premières défaillances arrivent, notamment à la 89ème minute du match face à Metz et le raid solitaire du virevoltant Ribéry, l'intarissable José Anigo préfère imputer la faute aux «mouches qui changent d'âne» plutôt que de se pencher sur les défaillances montrées par son équipe lors de cette quatrième journée.

Même dissimulées par le groupe olympien, la déroute messine a mis en évidence des carences évidentes. Un manque évident de rodage, notamment avec les internationaux, et, surtout, une tactique encore approximative et encore à définir restent les problèmes olympiens les plus criants. Et le stage au Maroc de la semaine dernière destiné à combler la trêve internationale et à régler les automatismes aura surtout servi à révéler ces nombreuses imperfections. D'abord, les internationaux (Barthez, Pedretti, Luyindula avec la France, Beye et N'Diaye avec le Sénégal pour ne citer qu'eux) comme les blessés (Déhu touché au mollet et Hemdani à la cuisse) n'auront pu, une fois encore, profiter de ces quinze jours pour se roder. Ensuite, Anigo aura décidé, selon ses propos, d'engager au 31 août un milieu droit pour changer de système. Quelque soit le bilan de Fabrice Fiorèse (pour l'instant d'un but et zéro passe décisive en trois matchs avec le PSG) en fin de saison, il paraît surprenant que personne au sein du club n'ait eu l'idée qu'un changement tactique risquait de s'opérer au cours de la saison. Enfin, face au modeste club de Tanger, l'équipe aura été incapable d'accélérer le jeu s'attelant à défendre le petit but inscrit en début de partie par le nouvel arrivant (1-0 grâce à Fiorèse à la 9ème minute). L'OM aura même trouvé le moyen de finir ce simple match amical à neuf contre onze (Batlles et Lizarazu se faisant expulser aux 63ème et 69ème minutes). Et comme si les problèmes internes ne suffisaient pas, José Anigo aura surtout fait parler de lui en dénonçant «les méthodes de dictateur employées» par son alter ego parisien. Fabrice Fiorèse se sera même permis de verser de l'huile en déballant son linge sale en public. Il est vrai que cette bataille rangée livrée par les techniciens marseillais et parisiens a de quoi surprendre quand on sait les lacunes que les deux clubs ont à corriger. Mais n'est-il pas plus facile de s'en prendre aux autres plutôt que de répondre de ses difficultés ?

Ca coince quelque part

Comme le dit si bien Raymond Domenech, «quelque soit le système, les joueurs doivent s'adapter» , sauf que lorsqu'il n'y a pas les joueurs… Voilà comment José Anigo pourrait finir la phrase de son illustre collègue. En effet, le coach olympien attend avec impatience de «récupérer Déhu derrière. C'est un leader. Le groupe manque de leader.» . Il doit aussi déplorer les absences conjuguées de Hemdani (déchirure à la cuisse) ou encore Ferreira rentré au Brésil au chevet de son père mourrant. Mais le problème vient peut-être plus sûrement, comme le pense Anigo, des «internationaux qui ne se rendent pas compte qu'ils jouent à Marseille et que contre l'OM, tous les adversaires jouent le match de leur saison» . Au premier rang desquels il convient de placer Benoit Pedretti. L'ex sochalien, pourtant si influant lors des premiers matchs avec une moyenne de 90 ballons joués et un but synonyme de point du match nul à Nice (1-1 lors de la troisième journée), n'aura été que l'ombre de lui-même au stade Bonnal touchant moitié moins de ballons qu'à son habitude, ratant de nombreuses passes et laissant le milieu au duo infernal Oruma-Pitau. Lizarazu (battu deux fois par Ribéry lors de la victoire messine au Vélodrome) et Luyindula (un seul but en cinq titularisations) pourtant décidé «à devenir un leader» selon l'entretien accordée à France Football le 23 août, tardent également à prendre leur responsabilité et à retrouver leur niveau de jeu. La seule satisfaction de ces dernières semaines reste finalement Fabien Barthez. Le portier marseillais aura en effet sauvé les siens d'une débâcle à Sochaux grâce à de jolis arrêts à bout portant face à Isabey ou Diawara notamment. Le quotidien L'Equipe » ne s'y est d'ailleurs pas trompé en le désignant meilleur joueur olympien de ces cinq premiers matchs avec, cependant, un faible 5,8 sur 10.

Mais ne dit on pas que si le meilleur joueur d'une équipe reste le gardien, c'est qu'il y a péril en la demeure ? L'expression est peut être un peu osée mais les errements tactiques de Anigo laissent songeur. Le Marseillais reste incontestablement l'entraîneur charismatique ( «avé l'assent» ) dont a besoin l'OM en période difficile. En revanche, il n'est pas le fin tacticien que peuvent être Lacombe ou Fernandez tous deux capables de mettre en place un plan anti-Pedretti clé de leur victoire face aux phocéens. Le Minot se cherche encore. 4-4-2 ? 3-5-2 ? Un libéro ? Un point de fixation en attaque ? Anigo hésite et demande surtout à ses joueurs un engagement à tout épreuve, secret de la réussite en Coupe d'Europe l'année dernière. Reste que ses deux libéros sont sur le flan, que le dernier joueur capable d'occuper le poste d'attaquant de pointe a fait ses valises pour l'Italie (Mido a signé à Rome le jour de l'arrivée de Fiorèse) et que les joueurs ne trouvent plus trop leurs repères. Une fébrilité est en train de s'installer qui n'est pas s'en rappeler celle des joueurs parisiens…

«On fait quoi maintenant ?»

Le quotidien La Provence a choisi, au lendemain de la défaite à Sochaux, de poser cette question en précisant que «le mal était profond. Hier soir, (dimanche, ndlr) les Marseillais n'ont pas seulement perdu leur deuxième match d'affilée, ils semblaient avoir laissé leurs idées aux vestiaires» . Et, à l'inverse des clubs français engagés sur la scène européenne, l'équipe phocéenne ne pourra noyer, voire se noyer à l'image de Paris, balayé 3-0 hier soir par Chelsea, sa déception dans un match de haut niveau. Certes, il se peut que cette situation fasse gamberger les esprits olympiens mais il se peut, à l'inverse, que cette semaine soit celle attendue par Anigo pour «se remettre en question et continuer de bosser tout en évitant de pleurnicher sur son sort» . Comme le disait si bien Benoît Cheyrou à la sortie de sa prestation en terre doubiste, l'équipe a «changé de système et les six joueurs qui jouent au milieu et devant viennent de six clubs différents et, ainsi, n'ont jamais joué ensemble auparavant» . Même si l'effectif semble expérimenté, il faut également rappeler que six des onze titulaires à Sochaux avaient moins de 25 ans et que quatre d'entre eux occupaient des postes clés (Costa (21 ans)-Pedretti (23 ans) dans l'entrejeu et Méïté (23 ans) -N'Diaye (19 ans) en défense centrale). L'équipe est donc encore en rodage et le manque de liant entre les lignes devrait s'estomper peu à peu. Fabrice Fiorèse demandait d'ailleurs dans une interview accordée à OM. Net, «du temps et de la patience de la part des supporters. On ne va pas pleurnicher sur notre sort, on va continuer à bosser. Ce n'est que la cinquième journée, dans quelques matchs, on se sera peut-être servi de ces défaites. On va vite se plonger dans le match de Toulouse pour bien l'aborder. On a une série de trois matchs dont deux à la maison, il faut à tout prix les gagner pour rester dans le coup.».

Dimanche soir, José Anigo se voulait optimiste quant aux chances de son groupe de revenir dans la course même s'il appelait tout le monde «à aller au charbon» . Persuadés que le 4-4-2 reste le meilleur système à l'image de Lizarazu déclarant que «c'est le bon schéma pour l'avenir» , les Marseillais devront optimiser leur jeu pour ce type de schéma. Il est déconcertant de voir que ni Cheyrou, ni Fiorèse ne sont parvenus, avec l'aide de leurs latéraux respectifs (en l'occurrence Lizarazu et Beye) à créer un décalage sur les cotés pourtant la carectéristique fondamentale du 4-4-2 moderne. Les coéquipiers de Luyindula ont ainsi tiré 22 fois au but sans jamais réellement parvenir à inquiéter le portier sochalien. Cependant, les Marseillais nourrissent de gros espoirs au vue de la montée en puissance des purs produits du centre de formation. Entré pour la première fois en Ligue 1 à la 70ème minute du match face à Sochaux, le jeune Sami Nasri (17 ans), récent Champion d'Europe des moins de 17 ans a, en effet, déjà apporté sa fougue et un jeu sans complexe à une formation phocéenne au fond du trou après le second but des Lionceaux. Leyti N'Diaye (19 ans), bien qu'en difficulté sur les ballons en profondeur, a montré de belles prouesses athlétiques qui ont du plaire à Guy Stéphan, son probable futur coach en sélection, venu superviser les nombreux sénégalais présents sur la pelouse de Bonnal dimanche. Auquel il faut rajouter Hamed Yahiaoui (17 ans), Ribault (20 ans) ou encore le brésilien Léo (19 ans). Reste que le groupe olympien va «se retrouver un peu plus isolé» dixit Anigo et va devoir remonter la pente tout seul. L'occasion pour le coach olympien de «voir qui a des couilles» …

Déjà dos au mur, Marseille doit absolument se reprendre face aux surprenant Pitchounes toulousains dès samedi au Vélodrome où, selon Lizarazu, «les émotions sont décuplées» . Histoire de montrer que cette équipe a bien en elle le coté Minot tant attendu par Anigo…

Par Pablo Dolado, le 14/09/2004 à 23h17
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