Nos grandes villes en manque de supporters
En cette période de rentrée, débutons par un peu de géographie et par une question qui divise Lyonnais et Marseillais depuis plusieurs décennies: Quelle est la deuxième ville de France par la taille de sa population ? Mettons les supporters des deux Olympique d'accord en les renvoyant au résultat du dernier recensement de 1999: La deuxième agglomération de France c'est ... Lille avec 1,7 million d'habitants ! Lyon (1,6) et Marseille (1,5) viennent ensuite mais loin derrière Paris dont les 11 millions d'habitants représentent près de 20% de la population française.
Mais nos grandes villes sont bien pauvres en termes de nombre de clubs et par conséquence, en nombre de supporters se rendant régulièrement au stade. En 2003, Londres possédait six clubs en Premier League (Arsenal, Chelsea, Tottenham, Charlton, Fulham et West Ham), Madrid en avait 3 en Liga (Real, Atletico, Rayo Vallecano) et la plupart des grandes agglomérations européennes (Milan, Turin, Rome, Barcelone, Manchester, Liverpool...) possèdent deux grands clubs. En France, seul Paris, si l'on compte Créteil qui végète en Ligue 2, possède deux équipes.
Après maints essais infructueux (Paris FC, Matra Racing...), Il semble qu'il soit presque impossible d'avoir deux grands clubs à Paris (c'est déjà difficile d'en avoir un !). Marseille, qui affiche la meilleure affluence moyenne et qui est la seule grande métropole de France réellement passionnée de foot, devrait peut-être essayer. Pourquoi ne pas relancer Martigues ou créer un nouveau club à Aix ?
Equipes / Population Agglomération (recensement 1999 *) / Affluences (2002-2003 **)
Paris 11.174.743 / 40.629 (***) PSG en L1, Créteil en L2
Lille (Courtrai) 1.727.525 15.599 L1
Lyon 1.648.216 / 36.718 L1
Marseille (Aix) 1.516.340 / 48.275 L1
Toulouse 964.797 / 10.051 L1 (promu)
Nice 933.080 / 13.494 L1
Bordeaux 925.253 / 27.128 L1
Nantes 711.120 / 32.421 L1
Strasbourg 612.104 / 14.759 L1
Toulon 564.823 / 0 pas d'équipe professionnelle
Lens (Douai) 552.682 / 37.129 L1
Rennes 521.188 / 18.247 L1
Rouen 518.316 / 0 L2 (promu)
Grenoble 514.559 / 5.133 L2
(*) source PopulationData.net (**) source LFP (***) cumul PSG + Créteil
Cette liste des 14 agglomérations françaises de plus de 500.000 habitants est révélatrice. Les affluences moyennes à Lille, Toulouse ou Nice sont ridicules par rapport au potentiel de leur population. Deux grandes villes (Rouen et Grenoble) n'ont pas d'équipe en Ligue 1 et, pire, Toulon ne possède même pas d'équipe professionnelle. Seuls Nantes et surtout Lens attirent au stade un nombre de spectateurs conséquent comparativement à leur nombre d'habitants.
La France n'est pas un pays de foot
Comment expliquer ces affluences médiocres ? La première réponse est la plus simple: contrairement à l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre mais aussi au Portugal, à l'Écosse, à la Grèce ou à la Turquie, la France n'est pas un vrai pays de football. Il y a peu de vrais supporters passionnés et ils sont généralement mal vus. Le Français se veut plus raffiné. Les arts, la culture, la philosophie, la mode ou la gastronomie sont plus valorisés que le sport, qui d'ailleurs a une place anecdotique dans notre système d'éducation. Seuls les grands événements (Coupe de Monde, Tour de France, Rolland-Garros, Tournoi des 6 nations) le mobilisent mais il a du mal à tenir la distance d'un Championnat.
Car le Français n'a pas l'esprit club. C'est un individualiste, plutôt frondeur. Il aime critiquer, il préfère généralement les petits aux gros et jalouse ceux qui réussissent. Il se moque facilement de ceux qui affichent la panoplie du parfait supporter (maillot, écharpe...) ce qui explique pourquoi le merchandising a tant de mal à décoller en France.
Légèrement pantouflard, mais également esthète, il aime regarder un beau match à la télévision mais rechigne à se rendre au stade quand il n'est pas sûr d'y trouver du spectacle ou que le temps ne lui semble pas assez clément. Ce manque d'esprit club explique sans doute en partie le peu de résultats de nos équipes au niveau européen, comparé au niveau de nos joueurs ou aux succès des Bleus.
La Ligue 1 est le paradis des villes moyennes
Avec le double titre lyonnais, le retour au sommet de l' OM, la remontée de Toulouse et les bons résultats lillois de ce début de saison, la tendance est peut-être en train de s'inverser. Cependant, les villes moyennes restent sur-représentées dans le Championnat de France. Quand elles s'en donnent les moyens, peut-être rencontrent-elles moins d'adversité, et, mentalité française aidant, toute leur population se mobilise derrière leur équipe, heureuse de rivaliser avec les orgueilleuses grandes cités ou la condescendante Capitale.
Dans le passé, on se rappelle les résultats exceptionnels et la popularité que connurent Reims ou Saint-Étienne. Mais il y eu aussi Nîmes, Sedan et encore aujourd'hui Bastia, Sochaux et bien sûr Auxerre. Même Monaco, qui évidemment est un cas particulier mais dont le maigre public est souvent gaussé, attire au stade une partie non négligeable de ses habitants. Enfin, le cas le plus remarquable reste celui de Guingamp dont l'affluence moyenne est pratiquement égale à l'ensemble de la population de toute son agglomération. Cela laisse rêveur.
Population Agglomération / Affluence / Pourcentage Affl./Pop
Guingamp 19.289 / 14.571 / 75,54%
Auxerre 40.945 / 10.833 / 26,46%
Bastia 54.075 / 7.579 / 14,02%
Monaco (Menton) 66.410 / 8.448 / 12,72%
Ajaccio 52.880 / 4.880 / 9,23%
Sochaux (Montbéliard) 180.064 / 15.256 / 8,47%
Lens (Douai) 552.682 / 37.129 / 6,72%
Nantes 711.120 / 32.421 / 4,56%
Rennes 521.188 / 18.247 / 3,50%
Marseille (Aix) 1.516.340 / 48.275 / 3,18%
Metz 429.588 / 13.115 / 3,05%
Bordeaux 925.253 / 27.128 / 2,93%
Montpellier 459.916 / 12.759 / 2,77%
Le Mans 293.159 / 7.364 / 2,51%
Strasbourg 612.104 / 14.759 / 2,41%
Lyon 1.648.216 / 36.718 / 2,23%
Nice 933.080 / 13.494 / 1,45%
Toulouse 964.797 / 10.051 / 1,04%
Lille (Courtrai) 1.727.525 / 15.599 / 0,90%
Paris 11.174.743 / 38.481 / 0,34%
Cette importante présence de "petits" clubs parmi l'élite est bien sûr très sympathique. Cela permet en outre de voir des matchs de haut niveau sur tout le territoire français. Mais pour réussir au plan international, il faut une concentration de moyens autrement supérieure. Ce qui implique bien sûr de l'argent, des investisseurs, une réelle volonté politique mais également de grands stades bien remplis. Et cela, seules les grandes métropoles peuvent se le permettre.
La mentalité française, qui tient à son histoire et qui n'a d'ailleurs pas que des mauvais côtés, est difficile à changer. Mais des solutions existent pour attirer le public au stade et renforcer nos grands clubs. Les deux plus faciles à mettre en œuvre sont, à mon avis, la modération du prix des places et la réduction de notre élite à 18 ou même 16 clubs.
Des prix modiques fidélisent le public et une Ligue 1 resserrée, en éliminant les plus faibles, supprimerait les rencontres les moins attractives, et donc participerait au retour du spectacle, qui fait actuellement cruellement défaut. Du spectacle et du public, c'est tout ce que réclament les entrepreneurs et les publicitaires pour que le foot rentabilise leurs investissements.