Une transition difficile
5 mai 2004. Chelsea-Monaco. Ibarra et Morientes envoient leur club en finale de la Ligue des Champions. Le club du Rocher est à son apogée. Didier Deschamps semble le meilleur entraîneur du monde. Morientes est redevenu le chasseur de buts qu'il avait été à Madrid. Giuly est irrésistible. Le pied gauche de Rothen émerveille. Prso se révèle une arme fatale. Mais surtout le bloc-équipe monégasque laisse rêveur. Le Champion du Monde 1998 semble avoir donné à cette équipe une cohésion exceptionnelle. Monaco est alors toujours en course en championnat. Gelsenkirchen et Porto se profilent à l'horizon. Morientes, Giuly, Rothen, Prso et Plasil se préparent à disputer l'Euro avec leurs sélections respectives. Tout va bien dans le meilleur des mondes pour le club du Rocher. Puis, patatra…Tout s'écroule… Le rouleau compresseur lyonnais passe par la Principauté. Monaco est balayé 3-0 par la bande à Deco. Le Real rappelle son protégé au bercail. Giuly voit l'Euro s'éloigner mais la Catalogne se rapprocher. L'ancien Troyen choisit le PSG. Le Croate s'envole pour l'Ecosse et ses Glasgow Rangers. Aucun Monégasque ne ramène le titre décerné au Portugal. Tout est à reconstruire…
Les héros de la saison passée restés sur le Rocher seront donc les nouveaux cadres de la formation. Bernardi, Givet, Evra, Squillacci, Rodriguez doivent être les nouveaux hommes de base de Deschamps. A ceux-là , le Bayonnais ajoute quelques mercenaires talentueux, Chevanton (24 ans), Maicon (23 ans), Diego Perez (24 ans)ou Kallon (25 ans), et en reçoit d'autres en prime, Saviola (23 ans), Farnerud (24 ans), à défaut de faire venir Anelka. Mais le recrutement ne semble pas toujours équilibré. Parfois même bizarre. Sur une équipe qui semblait s'appuyer sur un solide bloc défensif et une occupation exceptionnelle des ailes, il ne paraît ne plus rien rester. Tous les joueurs offensifs paraissent avoir le profil du petit attaquant axial. Pour preuve, aucun des nouveaux venus ne dépasse 1, 80 mètres. Le recrutement défensif est quasi-néant. En effet, seul le récent vainqueur en Copa America Maicon et le polyvalent Modesto (26 ans), plus destiné à suppléer les milieux défensifs que les arrières centraux, débarquent sur le Rocher. Le système de jeu dessiné par Didier Deschamps semble bien flou…
Et le début de saison donnera raison aux plus sceptiques, même si les résultats suivent à peu près. Malgré sa victoire à Saint Etienne lors de la première journée grâce au premier but du transfuge de Lecce, Monaco ne semble pas avoir trouvé son schéma de jeu. Après avoir débuté à quatre derrière, Deschamps passera même à cinq en cours de match avec la rentrée de Modesto à la place d'Adebayor. Les matches et les dispositifs se succèdent. A quatre derrière. Puis à cinq. A trois milieux défensifs. Voire à deux. Avec un meneur de jeu. Ou sans. Un attaquant de pointe. Ou deux. Ou même parfois trois. Mais personne n'est inquiet. L'obstacle Gorica est franchi avec brio (3-0 et 6-0) et le club accède donc en Ligue des Champions. L'entrée en matière est difficile à Liverpool (défaite 2-0) mais les deux victoires qui suivent face à La Corogne (2-1) et Olympiakos (2-1) semblent donner un ton satisfaisant. Au soir de la septième journée de championnat, Monaco est même leader de la Ligue 1. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Et pourtant…
Un bilan trompeur
Monaco éprouve les pires difficultés à développer son jeu. Du moins, le jeu qui a fait rêver toute la France. Voire un peu plus. Monaco veut devenir grand. Mais il sait que pour se faire, il se doit d'enchaîner les saisons exceptionnelles. Et cela semble très mal parti. Une date. Une seule. 22 septembre 2004. Victoire 2-1 face à Nantes. La dernière du club de la Principauté en championnat. Depuis, Monaco enchaîne les matches nuls, dont certains plus qu'honorables comme à Lyon ou Marseille, mais aussi les défaites, celle face à Nice restant la plus terrible, 4-3 après avoir mené 3-0. Mais la défaite contre le club de Loire-Atlantique aurait pourtant du être un signal d'alarme. Ce jour-là , Kallon inscrit le but de la victoire grâce à un penalty sifflé par M. Piccirillo à la 90ème minute. Mais que Monaco a souffert ! France Football ne s'y trompe d'ailleurs pas en attribuant un 5 à Flavio Roma tandis que tous les autres protagonistes monégasques doivent se contenter d'un 2, ou au mieux, d'un 3. Mais qu'importe. Le club est sur la plus haute marche du classement. Avec Lyon, Auxerre, Bordeaux ou Marseille à ses pieds…
Et aujourd'hui ? Le bilan reste toujours flatteur. Cinquième. Deuxième meilleure attaque en compagnie de Lyon et Lille notamment. Adebayor, cinq buts, et Kallon, six buts, dans le Top 10 des meilleurs buteurs. Mais certains signes ne trompent pas. L'écart avec Lyon s'est encore accru ce week-end passant à huit points. Et surtout la défense semble bien ballottée. Déjà treize buts encaissés. Peu satisfaisant pour un club qui vise le titre. Surtout lorsque l'on compare avec Lyon, cinq buts, ou Lille, six buts. Le réveil est difficile. Michel Pastor, excédé à la fin du match nul de samedi dernier face à Ajaccio (2-2), a d'ailleurs choisi de «monter prochainement à la Turbie pour parler aux joueurs pour savoir exactement ce qui se passe» . Julien Rodriguez, transparent depuis le début de saison, se voyant même crédité d'un 3,5 à la notation de L'Equipe pour sa prestation face à Ajaccio (il a notamment perdu le ballon qui a permis à Ouadah d'égaliser à la 92ème minute) déclare même, «c'est avant tout un problème d'état d'esprit. Nous ne sommes pas parvenus à gagner un match convenablement depuis le début de saison. Il faut se remobiliser.» . Histoire de faire comprendre aux nouveaux que la défense est l'affaire de tout le monde…
Et en coupe ? Pas beaucoup mieux. Monaco gagne mais ne convainc pas. En Ligue des Champions. Quatre matches. Deux défaites. Deux victoires. Mais toujours difficiles. Et souvent acquises grâce à des exploits individuels. 2-0 contre La Corogne. Deux passes exceptionnelles de Adebayor. 2-1 contre Olympiakos. Deux coups de génie des deux lutins Sud-Américains. Résultat. La qualification est loin d'être acquise. Et la réception de Liverpool dans dix jours risque de se révéler décisive. Récemment en Coupe de la Ligue. Face à Sedan. 1-0 grâce à une jolie frappe de Chevanton. Un match que Lucas Bernardi considérait déjà comme «le plus important de la saison. Le constat est simple. Ou l'on se relève. Ou l'on tombe.» . Comme quoi, la crise semblait bien se profiler au pied du Rocher princier. Mais juste se profiler pour le moment…
La situation est loin d'être catastrophique sur le Rocher. Mais le bilan comptable de ce début de saison ne saurait cacher un manque évident de cohésion dans le groupe. Pourtant, l'AS Monaco a tout pour réussir… Et doit réussir. En commençant par aller gagner à Lille. Histoire de montrer que le roc de l'année dernière ne s'est pas totalement effrité…