le 16/12/2004 à 17h00

ASSE, un aller qu'ils espèrent sans retour

Ils, ce sont les Verts, tous les Verts. Et leur retour dans l'élite du football français est toujours un évènement. Pourtant, même si l'attente était énorme, l'AS Saint-Etienne a manqué son départ. La faute à pas de chance, à l'arrivée tardive de certains cadres. Peu importe. Les protégés du Chaudron, portés par tout un peuple, ont redressé la barre. Enfin prêts à relever les défis insurmontables. A commencer par se payer par un aller sans retour…

Un retour difficile

Peut-être est-ce la couleur ? Le stade ? Ou encore son climat… Une chose est sûre, Saint-Etienne la travailleuse n'est pas comme les autres. Un club à part. Une ambiance à part. Et peut-être une saison à part. Celle du retour. Pas seulement du maillot collector «Manufrance» sur les épaules des jet-setteurs, ni de l'hymne à Johnny Repp de Mickey 3D. Surtout celui d'une équipe, portée par tout un peuple. Celui des Verts, qui, au lieu de parler de retour, se veulent optimistes et préfèrent parler d'avenir. Il y a trois mois, Elie Baup, le nouvel homme fort de l'ASSE, déclarait dans les colonnes de France Football : «Les titres, la ferveur, la passion, le passé : on sait tout ça ici. Mais, aujourd'hui, il faut plutôt prendre en considération la réalité d'un groupe qui joue le maintien.» . Et donc un aller sans retour. Plus le temps de regarder derrière. La saison commence et les regrets doivent maintenant s'envoler. Oui, mais difficile de laisser de côté les Herbin, Larqué ou autre Platini d'un seul coup d'un seul. La jeune génération le sait mieux que quiconque. Et si elle ne le savait pas, elle va rapidement l'apprendre. Saint-Etienne rate son début de saison. Une statistique pour tout comprendre. 9 points en 12 journées. Au soir du 30 octobre (défaite 1-0 à Lille), l'ASSE est 17ème. Dur à avaler pour un peuple aux aguets. Bref, un mauvais début de saison… Difficile à comprendre. Surtout sur le moment…

Mais, maintenant, les explications arrivent. On parvient enfin à saisir pourquoi la bande à Sablé a du attendre sept matches et une victoire 3-1 contre Auxerre le 22 septembre avant de connaître, ou reconnaître, le goût de la victoire en Ligue 1. Ainsi, les hypothèses sont multiples. Au soir de la cinquième journée et d'un nul contre Nantes qui les placent à la 17ème position, Jérémie Janot, gardien courage, et tout son groupe, pointent du doigt «le manque de folie devant» . Ce qui n'est pas faux. Saint-Etienne a le compteur but bloqué à trois. Seuls Piquionne, grâce à son doublé au Parc des Princes, et le jeune Le Tallec se placent dans la case canonniers de Ligue 1. Autre alternative. Des recrues récentes en manque d'inspiration. A l'image du revanchard Zoumana Camara ou de l'ancien Bordelais Pascal Feindouno pas encore au niveau qui avait fait du premier un international éphémère en 2001 et de l'autre un Champion de France 1999. Autre possibilité. Le système de jeu. Ce 4-4-2 traditionnel semble problématique. Le Guinéen ne trouve pas ses repères à droite tandis que Hellebuyk peine à être son pendant idéal à gauche. Les deux ratisseurs Sablé et Zokora se marchent un peu sur les pieds et Piquionne semble bien esseulé devant. Autre alternative, la chance. Saint-Etienne a ainsi perdu dans les dernières minutes de nombreux points comme face à Lyon ou Marseille. Dernière solution. Le chaos qui entoure les coulisses vertes. Le public n'a pas oublié que la montée reste l'oeuvre du Corse Antonetti et de son staff. Le changement de direction et à une moindre mesure le retour du coach à la casquette font ainsi grincer quelques dents. Et pas sûr que les sons stridents n'abîment pas les oreilles des valeureux Verts, tout au moins leur jeu…

Un retour victorieux

Oui, mais voilà. Les Stéphanois ne sont pas du genre à lâcher prise au premier coup de froid, et les Verts savent que dans le Forez ils peuvent parfois être rudes et nombreux. Et les petits hommes verts s'attèlent donc à trouver de nouvelles méthodes. Pas de révolution. Pas la peine. Juste des remaniements. Histoire de trouver la bonne formule offensive, placer les recrues dans une environnement idéal, retrouver le brin de chance nécessaire ou tout simplement calmer le jeu à propos de la grogne anti dirigeants… Chaque problème en son temps. Piquionne s'affiche comme l'attaquant providentiel. Il compte aujourd'hui sept buts à son compteur personnel, notamment grâce à son doublé face à Caen ce week-end (5-0, 3ème et 46ème minutes) et se permet même le luxe d'offrir quatre caviars durant ce redressement. Feindouno fait taire les rumeurs sur son adaptation dans un climat peu fréquent en Afrique Occidentale. Il totalise ainsi cinq buts et cinq passes décisives. Elie Baup se résout à faire une croix, peut-être que temporaire, sur son 4-4-2 à deux meneurs de jeu excentrés. Passage à un 4-3-1-2 . La défense ne bouge pas. Zokora est replacé dans l'axe. Hellebuyk et Sablé joue les relayeurs dans leur zone respective. L'ancien Bordelais bénéficie d'une liberté à la hauteur de son talent. Même loin de sa zone de jeu, Janot n'hésite pas à dire de lui qu'il «peut passer n'importe qui» . Et Piquionne peut enfin bénéficier d'un soutien tant attendu. Et puis la chance tourne. A commencer par ce but de Feindouno, encore lui, dans les arrêts de jeu du match face à Nice. Pour ce qui est du «conflit» avec les dirigeants, quiconque sait que quand les résultats reviennent, les problèmes n'en font pas de même… Conséquence. 14 points en 6 journées. Mieux que le voisin lyonnais. Mais surtout une 10ème place avec 23 points.

Mais à chaque réussite collective sa réussite individuelle, même si «tout le monde apporte quelque chose à l'équipe» selon les propos du petit Mendy. Et Saint-Etienne n'y échappe pas. Souvent, c'est un homme de l'hombre, un laborieux, qui relève le niveau. Et Saint-Etienne n'y échappe une nouvelle fois pas. Sans plus attendre, le lauréat. Le bien-nommé Zokora, «maestro» de son surnom, Didier de son prénom. Pur produit de l'Académie d'Abidjan fondée par Jean-Marc Guillou, l'Ivoirien est le type de joueur capable d'obtenir le statut de héros dans le Forez. Même si le coéquipier de Drogba en sélection n'a pas encore donné de passe décisive ou trouver le chemin des filets, le milieu défensif possède des qualités de don de soi et d'abnégation qui, à coup sûr, font, et feront, lever un public amateur de pareilles vertus. Replacé dans l'axe depuis le renouveau vert, à moins que ce ne soit l'inverse…, c'est tout un groupe qui bénéficie du travail d'un tel joueur. Julien Sablé, pourtant loin d'être le plus mauvais de Ligue 1 à son poste, se dit impressionné par les qualités de son compère du milieu et souligne que «Didier accélère toujours à bon escient» . Et pas manqué, le Zorro Zokora a encore rendu une partition à la hauteur de son talent lors du carton du Chaudron infligé aux pauvres Caennais. Récupération, relance longue, passe courte, course effrénée… Tout y est passé. Résultat. 5-0. Des buts en pagaille. Un blanchissage pour Janot. Une belle soirée. Mais les Verts n'en oublient pourtant pas l'essentiel. Julien Sablé, en capitaine exemplaire se demande alors entre candeur et ironie, «aujourd'hui, c'est à nous de savoir si nous sommes ambitieux ou non !» . Et lorsque l'on sait que Loïc Perrin et Abdelhazzi Kamara, purs produits du centre de formation, se sont engagés avec les Verts jusqu'en 2008, sur que l'ambition est là. Un aller sans retour…

Saint-Etienne en a marre. Marre de faire l'ascenseur entre les différents étages de nos championnats nationaux. Et force est de constater que le début d'exercice des Verts n'avait pas de quoi rassurer. Mais, les choses ont changé. Et vu les récents résultats de la bande à Sablé, sûr que les objectifs seront revus à la hausse. Tout au moins jusqu'à samedi et le déplacement prévu à Nîmes pour y affronter Istres. Histoire de voir le niveau de leur ambition…

Par Pablo Dolado, le 16/12/2004 à 17h00
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