A mi-parcours, les Lillois ont de quoi se satisfaire. Une seconde place à l'image des excellentes performances des joueurs nordistes, et un jeu vraiment séduisant malgré les nombreux départs. Et avec quatre points d'avance sur leur poursuivant le plus proche, l'AJ Auxerre, les joueurs de Claude Puel semblent les seuls à pouvoir tenir le rythme imposé par l'ogre lyonnais, qui file à toute allure vers son quatrième titre consécutif de champion. Un parcours de toute beauté, qui est à mettre à l'actif d'un état d'esprit remarquable. Solidarité, respect des consignes de jeu, solidité défensive ont permis à toute une génération de jeunes joueurs d'émerger ! Après 19 journées, Lille se reprend à rêver d'un nouveau titre, récompense qui fuit le club depuis 1954.
Un turn-over efficace
Et pourtant, les dogues n'ont pas démarré la saison comme un dauphin potentiel se doit de le faire. Avec quatre points en autant de matchs, et une lourde défaite face à l'OM (3-0), on pensait le LOSC reparti pour une saison en demi-teinte, dans le ventre mou du championnat. Une situation certainement due aux matchs de coupe Intertoto, qui avaient considérablement alourdi son calendrier. Mais il n'en fut rien. Après ce départ laborieux, Lille a subitement haussé son niveau de jeu, enchaînant six victoires d'affilé (de la 5e à la 10e journée) entre les mois de septembre et d'octobre en championnat. Par la suite, une succession de bons résultats (match nul face à Monaco, Paris Saint-Germain et victoires sur Istres, Saint-Etienne et Nantes, notamment) ont amené les nordistes sur la seconde marche du podium. Mais pourquoi un tel succès, alors que le LOSC est l'une des équipes qui a disputé le plus de rencontres cette saison (32 matchs entre le championnat, la coupe Intertoto, l'UEFA et la coupe de la Ligue) ? Voici la réponse du technicien des Dogues : «Depuis le début, on prend les matches les uns après les autres. On essaie de concerner tout le monde, d'appliquer un turnover qui est pour l'instant bien accepté. C'est un peu la force de notre début de saison. Il faut continuer en espérant que l'on garde cette qualité de jeu et surtout cet enthousiasme, cette volonté de toujours vouloir faire plus.»
Et c'est là la première raison qui justifie le succès nordiste : le turn-over imposé par Claude Puel à ses joueurs. Une véritable marque de fabrique loscienne depuis le début de la saison. Ils sont déjà vingt-cinq à avoir porté le maillot blanc (ou rouge à l'extérieur) en match officiel depuis le début de la saison. Et seul un joueur a été titularisé à chaque fois, en la personne de l'ancien portier remplaçant de Monaco, l'international sénégalais Tony Sylva. Tout en laissant souffler ses joueurs, Claude Puel à toujours maintenu une ossature stable, puisque pas moins de sept joueurs ont joué seize matchs et plus en championnat. Une stratégie payante mais évidemment nécessaire, lorsque l'on sait que les Lillois ont débuté la saison avec l'épuisante coupe Intertoto, porteuse d'espoir puisqu'elle offre un billet pour l'UEFA, mais souvent dévastatrice pour les participants en championnat, qui se remettent rarement de cette reprise avancée. Mais une chose est sûre : ce turn-over, au delà d'avoir aidé au repos des joueurs, a véritablement créé un groupe soudé, porté par une saine émulation en son sein. Une ambiance qui semble ravir les joueurs, comme le souligne le latéral gauche et vice-capitaine Grégory Tafforeau : «C'est vrai que tant qu'on aura cet état d'esprit-là , on pourra faire de grandes choses. On n'a pas de joueurs extraordinaires dans l'équipe, on est tous solidaires, on joue les uns pour les autres et pour l'instant, ça fait la différence» . Peu d'équipes aujourd'hui peuvent en effet se targuer de posséder une vingtaine de titulaires en puissance…
Une défense de fer
Autre élément de satisfaction, la défense. Intraitable à domicile comme à l'extérieur, le dernier rempart lillois a démontré qu'il n'avait rien à envier aux plus réputés de l'hexagone. Onze buts encaissés, une performance qui place les Loscistes en troisième position derrière l'OL (décidément !) et Bordeaux. Mais quel est le secret de cette défense, pourtant peu expérimentée (Tafforeau 28 ans, Schmitz 24 ans, Tavlaridis 24 ans) ? L'envie assurément, comme l'illustre à lui seul le soldat grec Stathis Tavlaridis. Avec un rendement proche de la perfection, le joueur s'est dévoilé tout au long de cette première partie de saison. Impérial dans les airs, disposant d'une technique de bonne facture, Tavlaridis s'est vite imposé comme la tour de contrôle du système lillois. Aujourd'hui, l'ancien gunner est même aux portes de sa sélection championne d'Europe, puisque premier sur la liste après l'excellent duo Kapsis-Dellas. Bien sûr, il n'est pas le seul à tenir la baraque avec brio en défense. On peut également signaler les performances du milieu défensif camerounais Jean II Makoun, ou encore la régularité au plus haut niveau de Grégory Tafforeau.
Autre point que nous avons évoqué auparavant, le gardien Tony Sylva. Barré par Flavio Roma à Monaco, Didier Deschamps avait finalement accepté de le laisser partir. Aujourd'hui, il est tout simplement irréprochable, et sait se montrer présent dans les moments décisifs (comme à Caen, avec ce penalty arrêté à la dernière minute, qui avait permis au LOSC de s'imposer 2 à 0 dans les arrêts de jeu et d'empocher les trois points.). Le gardien sénégalais, titulaire indiscutable avec sa sélection, l'est maintenant avec son club et le plaisir qu'il éprouve à fouler les pelouses se ressent dans son efficacité.
Mais la réussite lilloise ne vient pas que de ses joueurs à vocation défensive. Pour preuve, l'émergence de celui qui est l'une des révélations de l'année : Mathieu Bodmer. Milieu polyvalent, le jeune joueur formé à Evreux (22 ans) est aussi à l'aise en attaque qu'en défense. Depuis le début de l'année, il s'est montré aussi bien apte à distiller des caviars aux attaquants qu'à donner un coup de main plus que bienvenu en défense. Une polyvalence qui a attiré les regards sur lui, puisque l'OL, le PSG et même le Milan AC ont déjà porté un oeil attentif sur ses qualités.
Pas de buteur attitré
Un seul bémol vient ternir le bilan lillois : l'attaque. Et encore, puisque celle-ci est loin d'être inefficace. Mais paradoxalement, alors que la défense lilloise est menée par Tavlaridis, le milieu par Bodmer, il n'existe pas de meneur au sein de l'attaque lilloise. Aucun buteur ne se détache vraiment des autres. Ainsi, Philippe Brunel domine légèrement les débats avec cinq buts, suivi par Moussilou et Dernis auteurs tous deux de trois réalisations. Encore une preuve de cette solidarité qui veut que tout le monde attaque et défende ensemble, serait-on tenté de penser. Et pourtant, ce manque soulève un problème, à terme.
S'il est clair que les Lillois se sont montrés impressionnants jusqu'ici, nombreux sont les sceptiques qui s'interrogent quant à l'état de forme des Dogues. Tous ces efforts en UEFA, en Intertoto et bien sûr en championnat se paieront-ils en fin d'exercice ? Si c'est le cas, force est de reconnaître qu'un attaquant décisif, capable de porter à lui seul les espoirs nordistes sur un match, serait plus que bienvenu. C'est l'un des rares atouts dont ne disposent pas les Loscistes. Et avec les échéances à venir, c'est inquiétant, puisque les Lillois, non content d'avoir à défendre leur seconde place en Ligue 1, sont plus que jamais en route pour une belle aventure en UEFA, après s'être brillamment qualifiés pour les 16e de finale à l'issue des phases de poule (première place de leur groupe). Une aventure dont on ne souhaiterait pas voir la fin. A ce sujet, Claude Puel avait déclaré à juste titre : «Il nous faudra une incessante remise en question, beaucoup d'humilité, souffrir ensemble et rester concentrés, sans jamais s'égarer ou se disperser à travers les sollicitations médiatiques ou autres, car nous n'avons que peu de marges de manoeuvre en comparaison des grands clubs possédant des individualités capables de faire la différence à tout moment.» Quoi qu'il en soit, Claude Puel et ses hommes peuvent savourer le moment présent, puisque Lille est en train d'accomplir une saison d'anthologie, à cent mille lieux des piètres performances de la saison passée.
Le LOSC est en pleine évolution. Alors que le chantier du nouveau Grimonprez-Jooris a été accepté, les joueurs de Claude Puel ravissent les spectateurs de Stadium Lille métropole de Villeneuve d'Ascq, mais nul doute qu'ils voudront s'atteler à décrocher une place européenne dans l'objectif d'inaugurer leur nouveau stade. Et pourquoi pas en Ligue des Champions ?