De «surprise» à «ténor»
«Nous allons avoir un gros mois de janvier, tant par la fréquence des matchs que par la qualité des adversaires. Nous pouvons difficilement nous projeter trop loin dans le temps. Disons qu'à l'issue de ce mois nous aurons une idée un peu plus précise de ce que nous pouvons éventuellement jouer. Il sera alors temps de réviser, le cas échéant, nos ambitions à la hausse» , déclarait il y a quelques semaines Claude Puel au quotidien Le Parisien. Et après un début 2005 effectivement ardu, il était difficile de penser que le LOSC saurait trouver les ressources pour se relancer. Une victoire à l'arrachée en Coupe de France face au Mans (2-1, score acquis à la 81e minute), accompagnée d'une défaite difficile à digérer à domicile face à un Olympique de Marseille en pleine bourre venaient accréditer les thèses des plus sceptiques quant aux capacités du LOSC à tenir le rythme. Et pourtant, il faut bien avouer que Lille a prouvé au moins autant de choses cette semaine que lors des cinq derniers mois. Et ce n'était pas une mince affaire…
Deux matchs ! Il n'aura fallu que deux matchs pour que Lille se métamorphose de «surprise» à «ténor» aux yeux du grand public. Après la déconvenue marseillaise, nombreux étaient ceux qui voyaient les Nordistes s'effondrer. Il n'en fut rien ! Une réaction d'orgueil des hommes de Claude Puel écrasait les Bordelais de Michel Pavon (1-3), avec un Christophe Landrin irrésistible (noté 7 par nos confrères de l'Equipe). Et puis, quelques jours plus tard, les Loscistes se frottaient à l'ogre lyonnais. Claude Puel, comme à son habitude, ne faisait pas preuve d'un optimisme exacerbé, préférant jouer la carte de l'humilité : «Je dois avouer qu'un nul me satisferait amplement.» Une satisfaction apparemment pas partagée par les joueurs lillois, qui s'employaient à faire tomber le leader de son piédestal. Et comme c'était souvent le cas depuis le début de la saison, le Stadium Lille Métropole de Villeneuve d'Ascq accouchait d'un nouveau miracle. Au terme d'un match très accroché, le LOSC, auparavant seule équipe à avoir défait l'OL cette saison toutes compétitions confondues (c'était en Coupe de la Ligue), mettait un terme à la série des Gones. Vingt-et-un matchs sans défaite en L1, une performance qui n'aura eu raison des velléités offensives loscistes. Le LOSC s'imposait 2-1, et faisait renaître l'espoir d'une couronne de Champion qui fuit le club depuis maintenant plus de 50 ans (1954).
Et la presse en fait son gagne-pain
La presse, également, a trouvé sa nouvelle coqueluche. Les Dogues, plus habitués ces dernières années à faire l'objet d'articles de seconde zone dans les journaux, font vendre plus de papier que jamais. Pour preuve, depuis la victoire de haut rang face à Lyon, pas moins de quatre quotidiens et hebdomadaires renommés ont consacré un article conséquent au LOSC. Ainsi, Libération a constaté que «la victoire face à Lyon (n'avait) pas modifié le discours des Lillois, toujours très prudents et se refusant à affirmer trop haut leurs ambitions.» Dans le même temps, le Figaro soulignait la bonne forme d' «une excellente formation qui conjugue au présent les qualités collectives et techniques» , et, pour sa part, l'Express s'est satisfait de l'émergence d'un «indiscutable rival» à l'hégémonie lyonnaise. De beaux hommages, en somme, pour une presse pas toujours encline à étaler les prouesses sportives sur le papier. Plus pointus, nos confrères de l'Equipe ont reconsidéré les chances de sacre des cinq derniers prétendants. Un classement dans lequel les Lillois pointent à la seconde place avec Monaco, encore assez éloigné de l'indomptable Lyon (3 étoiles sur 6 contre 5 aux Gones). Pas de quoi s'enflammer, en somme. Pas encore…
Et cette médiatisation soudaine, le LOSC la doit notamment à un jeune homme de 22 ans : Matt Moussilou. Car si la force des Lillois se trouve indéniablement dans le collectif, il faut bien reconnaître que l'attaquant a su se montrer décisif (noté 8 par l'Equipe). Une soirée lui aura suffi pour s'installer en haut de l'affiche, inscrivant un fantastique doublé contre une défense qui n'avait été prise à défaut qu'à huit reprises auparavant. Une performance qui lui aura permis de ramener son compteur personnel à cinq réalisations cette saison. Un total loin des meilleurs, mais particulièrement révélateur de l'esprit de solidarité losciste. Autre poste pour un joueur tout aussi déterminant. Et c'est le portier lillois qui est l'autre star de ces dernières rencontres. Un gros match face à Bordeaux, puis une performance monumentale contre l'OL, saluée par l'Equipe avec un surprenant 9 sur 10, auront fini d'assurer aux plus fins observateurs que l'international sénégalais perdait son temps sur le banc de Monaco. Tony Silva a même reçu un vibrant hommage de l'un de ses pairs, en l'occurrence Grégory Coupet, qui a déclaré : «Nous sommes tombés sur un gardien de Lille en état de grâce, il a été super, ce n'est pas nous qui avons été mauvais, mais lui exceptionnel.» De quoi donner du baume au coeur au gardien des Dogues, même s'il se refuse encore à revoir ses ambitions à la hausse… officiellement : «Ce serait bien de pouvoir décrocher une place en Coupe d'Europe à la fin de la saison, mais c'est encore trop tôt. Nous sommes encore une petite équipe de ce championnat, une petite équipe qui travaille, on va continuer comme cela et on verra bien ce qui se passe.»
Quoi de neuf dans la boule de cristal ?
Et pourtant, il est légitime de se poser tout un tas de questions sur l'avenir du LOSC. Car s'il se refuse toujours à l'avouer, le club nordiste est maintenant devenu un sérieux prétendant à la succession lyonnaise. Et les Lillois, forts de leurs qualités, voudront continuer sur cette lancée dès ce soir face à Nice, mais aussi ce week-end, à Caen. Deux rendez-vous plus abordables que les précédents pour les hommes de Claude Puel, même si ce dernier ne veut rien laisser au hasard : «Caen et Nice sont deux équipes difficiles à manoeuvrer à domicile. Seul un collectif qui joue sur ses qualités pourra en venir à bout.» Et ces qualités, les Lyonnais les connaissent ! Car qu'il s'agisse des valeurs défensives des hommes en rouge (2e meilleure défense de L1), ou de leur potentiel offensif en contre (Bodmer, Moussilou, Makoun ou encore Landrin), les hommes de Paul Le Guen en ont expérimenté toutes les facettes…
Malgré tout ce potentiel, le LOSC ne possède pas que des atouts dans son jeu. A commencer par la plus mauvaise carte, la blessure du milieu Christophe Landrin. Le Lillois, victime d'une côte fracturée face à l'OL, ne devrait pas retrouver les terrains avant un mois, et nul doute que si le turnover imposé par Claude Puel permettra au LOSC de trouver des solutions, elles ne seront pas aussi satisfaisantes que le premier choix. Du côté de l'infirmerie, le technicien devra également composer sans Mathieu Chalmé, Nicolas Plestan et Peter Odemwingie, eux aussi convalescents. Enfin, Nice, meilleure attaque du championnat, aura la chance de recevoir des Dogues également amoindris en défense, puisque Jean II Makoun et Rafaël sont suspendus. De quoi donner des ailes aux Aiglons…
Deuxième depuis la dixième journée du championnat, les Dogues Lillois se prennent maintenant à rêver secrètement au sacre suprême. Mais sur leur route se dresse encore de nombreux obstacles. Ce choc LOSC-OL qui était annoncé comme le tournant potentiel de la saison, n'est en fait qu'une nouvelle étape franchie. La suivante est cette fin de mois, puisque Lille devra prouver sa supériorité face à des adversaires moins prestigieux. Le propre d'une grande équipe n'est-il pas de savoir engranger les points dans les situations propices ?