le 02/02/2005 à 21h20

Sochaux en équilibre

Malgré le départ de ses joueurs clé durant l'intersaison, le FC Sochaux est parvenu à se maintenir dans la première partie du classement. Toutefois, l'équipe de Guy Lacombe n'a pas retrouvé son standing de l'an passé. Fin de cycle ou début d'un nouveau ?

Des résultats en dent de scie

L'été 2004 a été meurtrier du côté de Sochaux : la plupart des cadres de l'équipe ont changé d'air après avoir remporté la Coupe de la Ligue et décroché une belle cinquième place en championnat. Benoît Pedretti, capitaine des Lionceaux et symbole d'un centre de formation performant, a rejoint l'Olympique de Marseille. L'attaquant Pierre-Alain Frau a quant à lui préféré répondre aux avances de l'OL, triple champion de France en titre. Mickaël Pagis, joker de luxe la saison dernière, fait aujourd'hui les beaux jours du RC Strasbourg. Enfin, début août, c'était au tour de Maxence Flachez, pilier de la défense sochalienne, de quitter la Franche-Comté pour l'En Avant Guingamp. Pour compenser ces pertes, le président Jean-Claude Plessis a misé sur des joueurs confirmés tels que Lionel Potillon, âgé de 30 ans, et Romain Pitau, 27 ans, tous deux rompus aux joutes de Ligue 1. Il a également recruté des footballeurs inconnus des spectateurs français tels que le Brésilien Ilan, venu de l'Atletico Paranaense. A l'aube du championnat 2004-2005, nombre d'observateurs étaient sceptiques sur le sort du nouveau Sochaux.

Depuis le début de la saison, l'équipe de Guy Lacombe alterne mauvaises passes et périodes d'euphorie. Après sept journées de L1, les coéquipiers de Mickaël Isabey n'occupaient que le 14ème rang du classement avec 7 points (deux victoires, un nul et quatre défaites). Puis, entre la 8ème et la 15ème journée, les Lionceaux vont enchaîner cinq succès et trois nuls. Cette série, conclue par une victoire éclatante à Monaco (3-1), contraste nettement avec la précédente. Elle a surtout permis à Sochaux de revenir sur le podium. Mais décidément, les hommes de Guy Lacombe cultivent le paradoxe : après le triomphe à Louis II s'ensuivit une nouvelle série noire : jusqu'à la 21ème journée, quatre défaites et deux nuls vont jalonner le parcours des Jaunes, qui retombent à la 10ème place. Les trois échecs successifs à domicile face à Lens, Paris puis Lyon firent oublier que Bonal, quelques mois auparavant, était un stade imprenable. Et puis, depuis la mi-janvier, les Doubistes ont à nouveau remonté la pente : ils restent sur deux succès et un résultat nul. Au final, le bilan du club est l'un des plus équilibrés de France : les coéquipiers de Jérémy Mathieu sont 7èmes avec neuf victoires, sept matches nuls et huit défaites.

Cette fois-ci, c'est la bonne !

Lassés de jouer aux montagnes russes, Teddy Richert et les siens espèrent ne plus connaître de rechute. Pour y parvenir, il leur est nécessaire d'acquérir une plus grande régularité. Quelques statistiques laissent à penser que les Sochaliens vont y parvenir. Depuis le début du championnat, la défense mise en place par Guy Lacombe a encaissé 23 buts, ce qui constitue le huitième meilleur total de L1. On constate pourtant une nette amélioration dans ce secteur. En effet, les filets de Teddy Richert n'ont plus tremblé depuis trois rencontres : face à Bordeaux, à Marseille et contre Nice. C'est la première fois que le portier des Lionceaux reste aussi longtemps invaincu cette saison. Ce redressement a une explication toute simple : la réception de Bordeaux coïncidait avec le retour en défense centrale de Sylvain Monsoreau, blessé depuis le mois d'août. Titulaire à chaque rencontre, l'international espoir stabilise une défense qui avait plus que besoin du retour de son patron. Guy Lacombe peut enfin aligner sa défense-type, lui qui a si souvent hésité entre Ibrahim Tall, Omar Daf ou même Grégory Paisley pour seconder Souleymane Diawara dans l'axe.

L'attaque a elle aussi retrouvé ses vertus. Avant de recevoir Bordeaux, les coéquipiers de Santos n'avaient plus marqué depuis 180 minutes. Cette fameuse 22ème journée va être le déclic tant attendu par les supporters de Bonal. A un quart d'heure de la fin, les deux équipes tenaient encore le 0-0. Et puis Zorro est arrivé ; ou plutôt, Monsoreau est arrivé. D'un coup de tête rageur, «Sly» a donné l'avantage aux siens. Regonflés par cette ouverture du score libératrice, les hommes de Guy Lacombe vont mettre l'arrière-garde bordelaise au supplice. Et c'est au jeune Jérémy Menez que va revenir l'honneur de porter la marque à 4-0. Le tout en seulement 15 minutes ! Cette démonstration a en outre permis aux Lionceaux de mettre fin à une série de trois défaites consécutives à domicile. Lors de la rencontre suivante à Marseille, le feu d'artifice va laisser place à la maîtrise. Au terme d'une rencontre rondement menée, Michaël Isabey et les siens gagnent 2 buts à 0 grâce à Santos et Pitau. Le match nul concédé à domicile la semaine dernière contre Nice illustre les limites d'une équipe encore en manque de réalisme, mais qu'importe : la machine sochalienne est enfin lancée et compte bien, cette fois, ne pas s'enrayer.

Jeremy Menez, la révélation

«Personnellement, je n'ai jamais vu un gamin aussi doué.» Le compliment est signé Philippe Anziani, entraîneur de l'équipe réserve sochalienne. Il s'adresse à Jérémy Menez, la sensation de ce début d'année. Agé de 17 ans, l'attaquant des Lionceaux a marqué les esprits le 22 janvier dernier face à Bordeaux en inscrivant trois buts en 12 minutes. Jamais un joueur aussi jeune n'avait réussi une telle performance dans toute l'histoire du championnat de France ! La nouvelle coqueluche du Stade Bonal a commencé à faire parler de lui au mois de mars dernier lorsqu'il a signé son premier contrat pro, d'une durée de trois ans. A l'époque déjà, Arsenal et Manchester United étaient intéressés par le joueur. Mais Sochaux a mis tous les moyens en oeuvre pour que le prodige reste au bercail. Menez, acte II : au printemps dernier, l'attaquant peroxydé devient champion d'Europe des moins de 17 ans sous les ordres de Philippe Bergeroo. Le 7 août, face à Ajaccio, il foule pour la première fois une pelouse de Ligue 1, avant d'inscrire son premier but en pro à Monaco lors de la 15ème journée (3-1). Le triplé réalisé contre Bordeaux consacre le joueur au plus haut niveau. Menez démontre à chaque match une technique et une vitesse au-dessus de la moyenne. Face à Bordeaux, ses trois buts ont tous été marqués d'une manière différente, le dernier étant une merveille de frappe piquée face à laquelle Ulrich Ramé n'a rien pu faire. L'attaquant sochalien doit maintenant confirmer. Son entraîneur est là pour le lui rappeler : «Pour lui le plus dur commence, confirme Guy Lacombe. Beaucoup de gens vont commencer à le caresser dans le dos. Il a une marge de progression importante mais il va lui falloir passer des paliers au niveau de la constance, de l'hygiène de vie notamment.» Lucide, Menez déclare : «il faut que je continue a travailler» .

Au vu de son effectif, nul doute que le club du président Plessis a un bel avenir devant lui. De nombreux jeunes joueurs sont désormais indiscutables en équipe première : c'est le cas de Jérémy Mathieu, 21 ans, dont l'abattage et la puissance font merveille sur le côté gauche. C'est le cas également de Sylvain Monsoreau, l'un des meilleurs défenseurs du championnat. La jeunesse de l'effectif doubiste se vérifie également avec l'international marocain Jaouad Zaïri, 22 ans, dont le temps de jeu ne cesse d'augmenter. A 24 ans, le buteur Ilan conserve lui aussi une marge de progression importante. Mais pour que Sochaux tutoie à nouveau les sommets de la Ligue 1, il ne faut pas que ce vivier soit pillé par les grands clubs : Lyon a fait de Jérémy Mathieu l'une des ses priorités pour la saison prochaine. Depuis plusieurs saisons déjà, le PSG suit de près Sylvain Monsoreau. Autant d'exemples qui montrent que la politique sportive du club franc-comtois ne peut s'inscrire sur le long terme ; elle est constamment soumise aux intérêts des clubs plus huppés et plus riches. C'est un équilibre précaire.

Après une période difficile, Sochaux a relevé la tête. Toutefois il sera difficile d'accrocher une place européenne cette année. Il s'agit davantage d'une saison de transition : l'an prochain, s'il reste le même, l'effectif doubiste sera l'un des plus beaux de France.

Par Julien Demets, le 02/02/2005 à 21h20
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