le 10/02/2005 à 22h39

PSG, la fin d'un projet

L'éviction de Vahid Halilhodzic intervenue mardi soir est une péripétie de plus dans la saison cauchemardesque du PSG. Elle marque surtout la fin d'une politique entamée il y a un an et demi et qui avait pour objectif de s'établir sur le long terme. Mais à Paris, le temps passe toujours plus vite qu'ailleurs...

La crise met fin à «l'ère Vahid»

Il suffit de comparer les deux années Halilhodzic pour saisir l'ampleur du désastre de cette saison. Actuellement 12èmes de Ligue 1, les coéquipiers de Pauleta comptent 30 points (6 victoires, 12 nuls, 7 défaites). C'est 22 de moins que le leader lyonnais et seulement 7 de plus que l'AC Ajaccio, premier relégable. En 2004, à la même époque, le PSG occupait la troisième du classement et comptait 19 points de plus ! A moins d'un étonnant sursaut pendant les 13 dernières journées, il est même probable que l'exercice 2004/2005 soit le pire de l'ère Canal +. En 2002/2003, le Paris Saint-Germain, alors entraîné par Luis Fernandez, avait terminé 11ème avec 54 points. Cette saison, les Bleu et Rouge doivent encore marquer 24 points s'ils ne veulent pas porter le bonnet d'âne... A ce faible bilan en championnat s'ajoutent les désillusions européennes : malgré quelques matches héroïques, tels que la victoire contre Porto au Parc (2-0) et le match nul obtenu sur la pelouse de Chelsea (0-0), Pierre-Fanfan et les siens n'ont pu continuer leur route en 8èmes de finale. La faute à deux déroutes à domicile, contre Chelsea lors du premier match (0-3) et le CSKA Moscou lors du dernier (1-3). Egalement éliminés par Montpellier en Coupe de la Ligue, les coéquipiers de José Pierre-Fanfan n'ont plus que la Coupe de France, dont ils sont tenants du titre, pour sauver leur saison. Le 8ème de finale face à Bordeaux, dimanche, vaut très cher.

La «crise de résultat» évoquée par Francis Graille au mois de septembre s'accompagne, si l'on peut dire, d'une «crise de spectacle» . La frilosité du jeu prôné par Vahid est en effet la première cause du mécontentement des joueurs, et a fortiori, de leur fronde envers l'ancien technicien lillois. Il faut dire que le PSG n'a pas toujours été gâté par les événements : contre Lyon, Marseille ou Nice, les joueurs de la capitale se sont retrouvés à 10. Difficile dans ces circonstances de jouer la victoire... Dès le début du mois de décembre, Modeste M'Bami, lassé du jeu parisien, menace de partir : «Quand on n'arrive pas à garder le ballon ni simplement à faire trois passes, c'est frustrant» . Contre Sochaux, à l'occasion de la 18ème journée de L1, Vahid a pour la première fois positionné son milieu de terrain en losange, avec Lorik Cana en seul récupérateur et Charles-Edouard Coridon en meneur de jeu. L'essai ayant été transformé (le PSG joue bien et l'emporte 2-1), cette formule sera plusieurs fois reconduite, d'abord avec un certain succès. Mais elle n'empêchera pas les nouvelles désillusions de 2005. Dernier élément de crise, la colère des supporters. Fermement opposés aux règles de sécurité appliquées à leur égard aux abords des stades de L1, ceux-ci n'encouragent plus leur équipe depuis un mois et demi. Un climat qui a incontestablement nui aux performances de l'équipe.

Les bâtisseurs ont-ils leur place au PSG ?

Plus que la fin de la collaboration entre Francis Graille et Vahid, l'éviction de ce-dernier marque la fin d'une politique proposée par le duo lors de son arrivée à l'été 2003. Ce plan s'appuyait sur trois priorités : Paris devait assainir ses finances, retrouver la réussite dans le domaine sportif mais aussi redorer son image, le club étant parfois vu comme constamment en crise et soutenu par une frange de supporters d'extrême-droite. Pour parvenir à ses fins, Francis Graille n'avait pas hésité à engager son ami Vahid Halilhodzic pour quatre ans. Une folie dans un club qui, depuis 1998, a vu défiler Alain Giresse, Artur Jorge, Philippe Bergeroo et Luis Fernandez. Mais à vrai dire, les supporters y croyaient : ce projet semblait cohérent, solide, et pour la première fois depuis longtemps les dirigeants se décidaient à bâtir sur le long terme, comme l'a fait Lyon. Le premier pari va être tenu : réduction du budget transfert, licenciements, retraits de leur pass aux VIP du Parc... Pour Graille il n'y a pas de petites économies. Et ça marche : le PSG réduit ses dettes. Dauphin de l'OL la saison dernière et vainqueur de la Coupe de France, son premier trophée depuis 1998, le Paris Saint-Germain avait retrouvé de sa crédibilité. Et sur le terrain, le flegme d'Halilhodzic faisait oublier les excès de son prédécesseur Luis Fernandez. Paris gagné ?

Les bonnes intentions affichées l'an dernier ont volé en éclat : non seulement les résultats sportifs déçoivent, mais en plus l'image du club n'a jamais été aussi déplorable. Qu'on comprenne ou non leurs motivations, les supporters ont montré durant leur mouvement de grève une hostilité aux dirigeants et aux joueurs rarement vue dans un stade. Certains Parisiens affichent clairement leur dégoût : ainsi, Pauleta ne fête plus ses buts devant les virages comme il avait si souvent l'habitude de le faire. Les banderoles homophobes ou racistes aperçues ces dernières semaines du côté de la Porte d'Auteuil ne vont pas arranger les choses... Sur ces points précis, le ticket Graille-Halilhodzic a échoué. Nous ne sommes pourtant qu'au début du contrat du technicien bosniaque, qui s'étalait jusqu'en 2007 ! C'est bien la preuve qu'au PSG, on ne peut pas construire sur la durée : la demande de résultats est trop forte. Pour qu'un entraîneur aussi charismatique, solide et sûr de lui que Vahid ne puisse tenir plus d'une saison et demi à la tête du club parisien montre à quel point il est difficile d'y travailler sereinement. La pression des médias et plus que jamais des supporters y est intenable. Et on aura beau regretter le départ de Fiorèse, la blessure de Rothen ou la mauvaise adaptation des recrues, le constat reste le même : le PSG ne peut vivre que sur des braises.

Reconstruire, encore une fois...

Halilhodzic parti, le président Francis Graille a confié les rênes de l'équipe première à Laurent Fournier, 40 ans, jusqu'alors en charge de l'effectif de CFA. Pour l'instant, sa mission est de «redonner des couleurs» au club de la capitale. Les objectifs sportifs sont modestes : Fournier veut replacer son équipe «entre la première et la dixième place du classement» . Son apport devrait surtout se ressentir au niveau du jeu pratiqué : au système défensif de Vahid Halilhodzic, l'ancien entraîneur de l'équipe réserve opposera une tactique plus libre et davantage d'animation offensive : «Je vais jouer, jouer, en essayant de mettre une pression sur l'adversaire» . Voilà quels seront les grands principes du technicien d'origine lyonnaise. Laurent Fournier a par ailleurs prévu d'intégrer quelques jeunes de l'équipe de CFA au groupe professionnel. Histoire, selon lui, de «booster les anciens» . Enfin, l'ancien international (3 sélections) a également le remède à la grogne du public du Parc des Princes : «Je pense que si l'équipe recommence à gagner et retrouve ses vertus, les supporters seront derrière nous. Ils ont besoin d'assister à un match durant lequel les joueurs se lâchent pour nous soutenir à fond. Si on entame la rencontre tambour battant, alors le public nous suivra.» Bordeaux est prévenu, le PSG de dimanche prochain sera affamé...

Pour Francis Graille, Laurent Fournier est «l'homme de la situation» ... pour les six prochains mois tout du moins. La saison prochaine, le président parisien rêve d'engager un entraîneur de renom : les noms de Paul Le Guen, qui n'a pas prolongé son contrat à Lyon, ou d'Antoine Kombouaré circulent avec insistance. La rumeur Carlos Bianchi, comme à chaque changement de tête au Paris Saint-Germain, devrait reprendre de la vigueur. L'intronisation d'Alain Roche dans les fonctions de manager général est déjà acquise, et l'arrivée à ses côtés de Gérard Houllier, en tant que conseiller, semble imminente. Tous ces hommes ont pour point commun de connaître la maison rouge et bleu : certains y ont joué, à différentes époques, d'autres l'ont entraînée. Depuis quelques saisons déjà, les anciens tels que Raï ou Bernard Lama revendiquent une place dans l'encadrement du club auquel ils ont rendu tant de services. A Lyon, avec Santini ou Lacombe, cela a marché. A Sochaux aussi, même si le statut n'est pas le même. Francis Graille veut appliquer une nouvelle politique au PSG : celle du retour des anciennes gloires. L'avenir nous dira si ce choix est judicieux...

Le PSG est actuellement au creux de la vague. La politique mise en place par le duo Graille-Halilhodzic est arrivée à son terme prématurément et doit désormais laisser place à une autre, celle du retour aux affaires des anciens Parisiens. Mais avant de rêver à nouveau, il y a cette fichue saison à finir...

Par Julien Demets, le 10/02/2005 à 22h39
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