Le tsar londonien
Chelsea est souvent assimilé aujourd'hui à un club construit de toute part grâce aux fonds du milliardaire Roman Abramovich. Tels le Real Madrid ou le Milan AC, les puristes voient à travers ces équipes, des stars au cachet gigantesques engagées autant pour l'image que pour l'apport footballistique. Pourtant, le club londonien existait bel et bien avant l'ère Abramovich (le Russe est arrivé à la tête du club durant l'été 2003). Une Super Coupe d'Europe (1998), deux Coupes des Coupes (1971, 1998), un titre de champion d'Angleterre (1955), trois coupes d'Angleterre (1970, 1997, 2000) et deux Coupes de la Ligue (1965, 1998) attestent que Chelsea n'a pas attendu son riche président pour engranger des titres. De plus lors de la Ligue des Champions 2000, l'équipe londonienne était déjà réputée comme une formation cosmopolite (seulement deux Anglais titulaires : Le Saux et Wise).
Toutefois par rapport aux autres saisons, l'année 2005 semble être l'année des Blues. En effet, Chelsea truste la première place de la Primer League et est très bien placée pour regagner un titre de champion d'Angleterre convoité depuis 50 ans (le seul et dernier titre remonte à 1955). Après 27 journées de championnat, l'équipe menée par José Mourinho compte neuf points d'avance (68 points) sur Manchester United et onze sur Arsenal. Autant dire qu'il est très improbable que le sacre de champion échappe aux Blues. De plus, Chelsea n'a connu qu'une seule fois la défaite cette saison (1-0 à Manchester City lors de la 9ème journée sur un penalty d'Anelka) et affiche depuis le début de l'année une facilité déconcertante. Les statistiques parlent d'elles même huit victoires d'affilée entre la 18ème et la 25ème journée et surtout une place de leader intouchable depuis le 6 novembre 2004.
Chelsea survole donc cette Primer League et attend de trouver un adversaire à son poids. Adversaire tout trouvé en la personne de Barcelone. Ce tirage au sort survenue dès le stade des huitièmes de finale s'annonce déjà comme une finale avant l'heure (surtout compte tenu de la qualité de jeu des deux équipes). Cependant aucune formation ne craint l'autre. «C'est un tirage difficile pour nous, mais ça l'est aussi pour les Catalans» affirme Didier Drogba, heureux de se frotter à l'équipe la plus «joueuse» du continent. L'ancien marseillais ne cache pas ses objectifs : «Ce serait bien de gagner les deux (ndlr : Primer League et C1) ! Cette saison, on a vraiment l'équipe pour aller loin dans toutes les compétitions.» Didier Drogba a faim et avec lui toute l'équipe londonienne veut sortir ses griffes pour montrer à l'Europe que les Blues sont plus que de simples outsiders au titre de champion d'Europe. On sait très bien qu'une très bonne défense réussit souvent devant une très bonne attaque. Chelsea serait donc à priori favori des huitièmes de finale pour contrarier l'armada offensive du FC Barcelone.
Terry – Gallas : le coffre-fort
Lors de l'intersaison, l'arrivée de José Mourinho (vainqueur de l'UEFA et vainqueur de la Ligue des Champions en deux ans avec Porto) avait alimenté les colonnes des quotidiens britanniques. Jugé trop arrogant et trop sur de lui (on se souvient des coulisses de Manchester United - Porto en quart de finale de C1 l'année dernière), le Portugais s'est pourtant très vite adapté au jeu anglo-saxon. «Il a effectué un recrutement intelligent, très ciblé. Les joueurs qu'il a choisi lui donnent d'ailleurs entièrement raison» appuie Drogba, l'attaquant ivoirien. L'effectif de Chelsea est à ce titre un des plus riches en terme de possibilités qu'il est donné de voir en Europe. Sur les 27 matches joués en championnat par les Blues, il faut noter que six joueurs sont indéboulonnable dans le onze des titulaires : Lampard, Cech, Terry et Gudjohnsen ont joué l'intégralité des matches (27) et Makelele et Paulo Ferreira en ont joué 26.
Composée d'attaquants de talent (Drogba, Gudjohnsen, Robben, Kezman, Forrssell) et de milieux totalement complémentaires (Smertin, Lampard, Cole, Duff, Makelele,Tiago…), l'équipe de Chelsea se repose paradoxalement totalement sur une défense totalement hermétique menée par la paire Terry - Gallas. Depuis le 12 décembre dernier lors du match nul 2-2 rapporté de Highbury, les filets de Cech n'ont pas tremblé, soit un record de 961 minutes. Le verrou parait impossible à faire sauter pour les équipes adversaires tant le onze des Blues semble se mouvoir comme un seul organisme : le fameux bloc-équipe. Ne serait-ce pas d'ailleurs l'expression la plus couramment employée l'an passée pour parler de Porto ? Claude Makelele insiste sur cette impression de confiance : «C'est vrai qu'on est très solidaires. Notre base défensive nous sert d'assise, après quoi nous pouvons faire la différence devant à tout moment. Mais notre équilibre vient de notre base défensive» . Oui, mais à ce rythme là (8 buts seulement encaissés), Chelsea pourrait pulvériser le record des «Invincibles» de Preston North End en 1888-1889 à condition que les Blues restent sous la barre des 15 buts encaissés.
A voir jouer, l'équipe londonienne ressemble étrangement au champion d'Europe en titre, le FC Porto. Lorsque Chelsea défend, Chelsea analyse et de déplace comme une seule entité, comme ce fameux bloc-équipe encore plus sur que celui du champion portugais la saison passée. Le secret de la réussite ? Mourinho. Non pas que le stratège lusitanien ait une formule particulière, mais il est toujours animé par la même doctrine : la gagne. «Il a des principes, mais ce n'est pas le type d'entraîneur qui, quoi qu'il arrive, reste figé sur un schéma. En cours de match, il peut changer plusieurs fois de dispositifs» analyse Drogba à propos de son coach. Mourinho est donc un druide, un sorcier du football qui ressent les choses avant qu'elles ne se produisent. Actuellement depuis trois ans, peu de monde a réussi à contrecarrer ses plans. A quand l'exorcisme ?
Les cadres de l'ombre
Au rayon satisfaction, il faut bien reconnaître que Chelsea est au beau fixe : les recrues apportent toutes satisfactions : la défense est imperméable, les victoires s'enchaînent. Pourtant ce qui fait la force des Blues c'est les postes clés de l'équipe. Non pas les attaquants ou le gardien, mais les milieux axiaux. A ce titre on peut attribuer tout le mérite à deux joueurs : Lampard et Makelele. Frank Lampard est réellement le poumon de l'équipe. Dans son rôle, il fait très penser d'ailleurs à Neil Webb, l'homme aux huit poumons de Manchester United vers la fin des années 80. Lampard est à la fois un récupérateur, un passeur, un finisseur et un meneur d'hommes : le capitaine parfait des Blues. Makelele est plus défensif que Lampard mais son rôle n'en est pas moins important. Apportant une expérience non négligeable à se partenaires, le Français est la pièce maîtresse de l'équipe. «Claude est ce qui se fait de mieux en Europe» dixit son coéquipier et ami Didier Drogba.
Malheureusement, s'il existe bien un sujet sur lequel on peut reprocher à Chelsea de ne pas se distinguer, c'est sans aucun doute les déceptions. C'est simple, d'un unique point de vue comptable, il n'en existe aucune. Outre les départs lors du mercato de joueurs qui n'ont jamais réussi à s'adapter au jeu de Mourinho (Babayaro, Mutu), les déceptions sont bien superficielles. Toutefois, nous retiendrons comme échec la défaite de Chelsea à Porto (2-1) lors de la dernière journée de poule de la Ligue des Champions. Le coach portugais a ainsi raté son retour dans l'enceinte du stade du Dragao. Néanmoins, les circonstances étaient particulières car, déjà qualifiés, les Blues avaient aligné une équipe réserve.
Qui peut arrêter le parcours des Blues ? Comptant qu'une seule défaite en championnat, on imagine mal ce qu'il pourrait se passer pour que le titre échappe à Chelsea. La clé de la réussite : une préparation des échéances au jour le jour. Petr Cech confirme : «on ne pense pas au futur, on prend les choses une par une, on ne se concentre que sur le match le plus proche» . Une psychologie payante.