le 21/04/2005 à 23h04

Lille lance le sprint

En battant samedi son voisin lensois, Lille a fait la bonne opération de cette 33ème journée de L1. Dauphins de Lyon au classement, les hommes de Claude Puel comptent désormais 3 points d'avance sur Marseille en ayant joué un match de moins. La Ligue des Champions n'est plus un rêve mais bien un objectif.

Le déclic istréen

L'écrasante victoire face à Istres (8-0) lors de l'avant-dernière journée n'était que le premier succès du LOSC depuis le 23 janvier. Ce jour-là, à l'occasion de la 22ème journée, Philippe Brunel et les siens avaient infligé sa première défaite de la saison en championnat à l'Olympique Lyonnais (2-1). Entre-temps, sept matches nuls et une défaite à Bastia (3-1) avaient entaché le parcours des Nordistes, quatrièmes au soir de la 30ème journée, après un nouveau 0-0 à Saint-Etienne. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce passage à vide. Tout d'abord, il est possible que la victoire face à Lyon ait provoqué un petit relâchement dans les rangs nordistes. La fatigue de l'effectif lillois n'est sans doute pas étrangère non plus à cette mauvaise passe. Il faut dire que depuis dix mois, Moussilou et les siens n'arrêtent pas : face aux Sang et Or, ils ont disputé leur 53ème rencontre de la saison ! Le «trou» des mois de février et mars n'avait donc rien d'illogique, mais il a fragilisé la position du LOSC : longtemps second, le club se retrouvait au pied du podium et donc absent de la prochaine Ligue des Champions avant la réception des Istréens.

Les supporters lillois espéraient une victoire à l'occasion de cette 31ème journée, ils ont eu un festival. Les coéquipiers de Christophe Landrin l'ont l'emporté 8-0, un score inédit depuis huit saisons et une victoire de l'OL face à l'OM en 1997. Comme si toutes les carences du LOSC depuis deux mois s'étaient envolées d'un seul coup, les Nordistes ont fait preuve durant toute la rencontre de vitesse, de réalisme et de solidité défensive face à une équipe sudiste complètement déboussolée. Bilan du carnage, les joueurs de Puel ont repris la seconde place du classement aux Marseillais. Feu d'artifice d'un soir ou véritable résurrection ? Ce genre de résultats est trop irrationnel pour qu'on puisse en tirer un quelconque enseignement ; pour le LOSC, le plus dur était donc de confirmer. Et quelle meilleure occasion que le derby du Nord pouvait offrir une deuxième victoire aux blancs, et ainsi confirmer leur renouveau ? Au terme d'un match brouillon, Brunel et les siens ont arraché la victoire en toute fin de match sur un penalty marqué en deux temps par le jeune Nicolas Fauvergue. Pas de doutes, les Dogues ont de nouveau les crocs !

L'attaque a retrouvé son efficacité

Dans une certaine mesure, le regain de forme lillois trouve son origine dans l'élimination du club en Coupe de l'UEFA. Cette compétition brûle beaucoup d'énergie, surtout quand elle vient récompenser un parcours en Coupe Intertoto entamé dès le mois de juillet, comme c'est le cas du LOSC. La défaite 1-0 concédée à Auxerre en huitièmes de finale retour, le 17 mars dernier, après un 0-0 à l'aller, a donc été un mal pour un bien : elle a permis aux Dogues de trouver un second souffle. Ce n'est pas l'AJA, sur la pente descendante depuis quelques semaines, qui dira le contraire... Autre point fort du LOSC, sa défense : l'arrière-garde nordiste ne souffre absolument pas du turn-over instauré par Claude Puel. Tavlaridis, Vitakic, Plestan ou Schmitz ont tour à tour pris place dans l'axe, Chalmé, Angbwa ou Tafforeau occupant les côtés par alternance. Quelle que soit la formule adoptée, le résultat est le même : Lille n'a encaissé que six buts durant ses huit matches sans victoires, et un seul depuis. Trompé, en tout, à 22 reprises, Tony Sylva est le gardien le mieux protégé de Ligue 1 derrière Coupet (Lyon a pris 20 buts), loin devant le Monégasque Roma (30 buts).

Le problème venait donc de devant. Avec 33 buts au soir de la 30ème journée, ce secteur présentait un bilan moyen. Les 8 buts face à Istres ont tout changé : désormais, l'attaque de Lille talonne celle de l'OL (43 buts inscrits contre 45). La différence du but du LOSC (+21) est même la seule à rivaliser avec celle du futur champion de France (+25). Des chiffres qui traduisent l'euphorie du buteur Matt Moussilou, auquel rien ne résiste actuellement. Son principal fait d'arme cette année remontait au doublé réussi face à Lyon fin janvier. Réputé pour sa vitesse, Moussilou se voyait souvent reproché son manque de réalisme. Contre Istres, l'attaquant originaire de La Courneuve a transformé ses quatre occasions ! Le joueur de 23 ans tente d'expliquer son insolente réussite : «Depuis quelques jours, les sensations revenaient, les terrains étaient meilleurs et le temps plus chaud, mais de là à en marquer quatre…» Samedi, contre Lens, c'est de nouveau lui qui a ouvert le score d'un plat du pied plein de sang-froid. Son bilan personnel cette saison est de 10 buts en championnat. La moitié a été marquée lors des deux dernières journées. Matt Moussilou semble bien avoir pris son envol.

L'horizon s'éclaircit

A six matches de la fin de saison, les Dogues sont plus que jamais dans la course à la Ligue des Champions même si l'entraîneur Claude Puel refuse pour l'instant d'afficher clairement ses ambitions : «l'important pour nous maintenant c'est de continuer à se concentrer et à prendre trois points à chaque match pour aller le plus loin possible.» Participer à la plus prestigieuse des compétitions européennes n'aurait rien d'usurpé pour une équipe qui a occupé la deuxième place du championnat à dix-neuf reprises. Le déplacement à Monaco, prévu le 10 avril mais reporté au 1er mai suite à la mort du Prince Rainier, fera figure de finale pour deux candidats Ã  une place sur le podium. Si le LOSC obtient un bon résultat en terre monégasque, la C1 ne sera plus très loin... Pour faire bonne figure sur la scène européenne, les dirigeants du club nordiste tâcheront de ne pas perdre les meilleurs éléments de l'effectif. Si le départ de Christophe Landrin, annoncé au PSG, est déjà acquis, celui du capitaine Brunel ne devrait finalement pas avoir lieu, le joueur étant sur le point de prolonger. Côté arrivées, on parle de l'ailier droit d'Ajaccio Yohan Demont, originaire de Valenciennes. Une chose est sûre : la présence lilloise en Ligue des Champions achèverait de convaincre des recrues potentielles.

Enfin, comment ne pas évoquer le feuilleton Grimonprez-Jooris 2 ? Souhaitée par le club, les supporters et la mairie, le projet de réaménager le stade qu'occupait le club jusqu'à l'an dernier se heurte à la réticence de plusieurs associations de défense du patrimoine. Le 20 avril, le Conseil d'Etat a cassé la suspension du permis de construire retenu par la cours d'Appel de Douai. Autrement dit, GJ2 vient de marquer un point. Mais la décision finale ne devrait intervenir qu'au mois de juillet. Le président de la LFP Frédéric Thiriez s'est vivement impliqué en faveur du projet, dénonçant «l'intégrisme» des associations : «Quand on veut défendre un site historique, on essaie de le mettre en valeur. Ce serait le cas en construisant un stade beau et neuf à la place d'un autre vieux et moche.» Depuis le début de la saison, les Dogues évoluent au stade de Villeneuve-d'Ascq, qui ne peut que contenir 20 000 personnes. Une capacité insuffisante en vue des joutes européennes. Au cas où Lille se qualifie pour la Ligue des Champions, la possibilité de jouer à Felix Bollaert, l'enceinte du RC Lens, ou au Stade de France, a été évoquée.

Deux victoires, et ça repart ! Dans la lutte très serré pour la seconde place, le LOSC a pris une petite longueur d'avance sur ses poursuivants marseillais et monégasques. Emmenée par un Matt Moussilou étincelant, l'équipe de Claude Puel voit désormais l'avenir en grand.

Par Julien Demets, le 21/04/2005 à 23h04
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