Pour la deuxième fois en moins de cinq ans, le FC Nantes a sauvé sa peau en Ligue 1 à la dernière journée, en battant sur sa pelouse, le FC Metz (1-0). Il s'en est pourtant fallu de peu pour que le plus vieux pensionnaire de L1 (42 saisons) n'aille goûter les plaisirs de la division inférieure. Un miracle diront certains tant la situation se montrait critique pour les Canaris. Sauvés grâce à leur victoire mais surtout grâce aux défaites combinées de Caen (face à Istres 2-3) et Bastia (face à Strasbourg, 0-2), les Nantais sont passés tout près de l'échafaud, au terme d'une saison particulièrement agitée.
Chronique d'une descente aux enfers
Le début de la saison laissait d'ailleurs augurer les difficultés qu'allaient connaître les Nantais tout au long de l'année. Débutant l'exercice 2004-2005 sur une courte défaite à Metz (0-1), les hommes de Loïc Amisse enchaînent les résultats moyens malgré un début de calendrier favorable, notamment face à Bastia (1-1, 2e j.) ou Saint-Etienne (0-0, 5e j.). Il leur faut ainsi attendre la 6ème journée pour enfin prendre les trois points de la victoire face au promu, Istres (1-0). La machine nantaise semble alors lancée. Hormis un faux-pas à Monaco (1-2, 7e j.), les Canaris battent tour à tour Lens (1-0, 8e j.), Strasbourg à La Meinau (2-0, 9e j.) puis Paris à la Beaujoire (1-0, 10e j.). Le FC Nantes, 7ème, occupe alors sa meilleure place au classement mais ne va pas cesser de dégringoler.
Six défaites et trois matches nuls plus tard, les Canaris terminent l'année 2004 à la 17ème place du classement, à la porte de la zone rouge. Leur dernière victoire remonte au 16 octobre face au PSG (1-0) et le groupe est au bord de l'explosion. Le capitaine, Mickaël Landreau prend alors les choses en main et mène la révolution de certains joueurs qui veulent la tête de Jean-Luc Gripond et, par répercussion, celle de Loïc Amisse. L'entraîneur ne résiste pas et est remplacé par Serge Le Dizet. La mission maintien est en route mais le club continue d'aligner les performances aléatoires. Le groupe vivote et reste dans le ventre mou du championnat jusqu'à la 30ème journée, persuadé que la relégation ne le concerne pas. Et pourtant, avec seulement sept points pris sur 24 possibles et une terrible défaite face à Sochaux lors de l'avant-dernière journée (0-1), le FC Nantes se retrouve à la 19ème place du championnat. La suite est connue de tous mais il a bel et bien fallu un miracle pour sauver les Canaris !
Les satisfactions
Difficile de trouver des motifs de satisfaction après une année pareille. Reste que la charnière défensive nantaise a été beaucoup plus performante que ce à quoi on pouvait s'attendre après les départs de Sylvain Armand, Mario Yepes et Jean-Hugues Ateba. Cinquième meilleure défense du championnat avec «seulement» 38 buts encaissés, soit à peine trois de plus par rapport à la saison précédente, la charnière défensive nantaise a finalement globalement tenu le coup. La relève de la garde n'a donc pas démérité, et ce malgré un turn-over important, Viveros, Caceres, Cetto, Delhommeau ou Guillon n'ayant chacun effectué qu'à peine plus de 25 matches (12 pour Caceres). Mais Nicolas Savinaud (36 matches), le «patron» a su tenir ses troupes et apporter une stabilité essentielle à sa défense. Autre satisfaction, comme souvent à Nantes, l'émergence de quelques jeunes pousses comme Ca ou Keseru.
Comme souvent au terme de la saison, Mickaël Landreau apparaît dans les meilleurs joueurs de son équipe. Il ne s'est pas départi des qualités qui ont fait de lui un gardien international et reste le titulaire indiscutable dans les cages. Mais c'est au milieu que les satisfactions sont les plus grandes, notamment avec Jérémy Toulalan, aujourd'hui convoité par les plus grands clubs et notamment l'Olympique Lyonnais, qui en a fait l'une de ses priorités. Infatigable récupérateur, il a cherché à faciliter le travail de ses coreligionnaires, Olivier Quint ou Frédéric Da Rocha (entre autres), eux aussi très actifs.
Les déceptions
On apprend de ses erreurs dit-on. Les Nantais devront donc vite digérer la leçon s'ils ne veulent pas retomber dans les mêmes travers la saison prochaine. Oublié en effet le jeu à la Nantaise, un jeu simple mais vif, à une touche de balle, porté vers l'avant. Car si en début de saison, les Canaris ont tenté de développer ce jeu, ils l'ont peu à peu perdu. Certes, ce fameux jeu à la nantaise ne suffit pas à marquer des buts et n'est pas la meilleure solution, surtout quand on manque de cohésion et d'envie collective et que l'équipe adverse trouve les moyens de vous priver de ballon. Mais le résultat est là . Une 17ème place au classement et surtout une perte d'identité qui ajoute un peu plus d'amertume au bilan nantais.
«Je crois qu'on est devenu des joueurs moins bons sans le ballon. Donc celui qui l'a est souvent en difficulté (…) Si l'on réussit un truc de temps en temps, c'est juste parce qu'il y a deux ou trois joueurs qui comprennent la même action au même moment. Or, c'est trop irrégulier. Ce n'est pas une culture qu'on a tous» confirmait ainsi Nicolas Savinaud dans les colonnes de France Football. Et si Serge Le Dizet a tenté de remettre en place un tel jeu, sans cohésion dans l'équipe, entre les lignes, sans véritable fond de jeu, comment en effet parvenir à s'en sortir ? Car si les joueurs on fait preuve d'un bel état d'esprit lors du dernier match du championnat, on peut leur reprocher un certain laxisme qui aurait pu leur coûter cher. Ce n'est qu'au pied du mur qu'ils ont réagi, devant finalement en partie leur salut à la Providence et non, seulement, à leur envie de s'en sortir.
Si la défense s'est montrée globalement performante, on peut toutefois penser qu'une charnière défensive plus stable, aux automatismes encore plus poussés, aurait pu rendre encore plus de service à son équipe. Mais c'est en attaque que les critiques sont les plus vives. Aucun attaquant n'a ainsi véritablement émergé au cours de la saison comme Pujol mais surtout Vahirua avaient pu le faire les saisons précédentes. Hormis Mamadou Bagayoko qui a en partie tenu son rang d'attaquant en inscrivant 7 buts cette saison, les flèches nantaises n'ont pas atteint leur cible si facilement. Bratu (2 buts) ou Diallo (4 buts), certes arrivé en cours de saison ou Keseru (3 buts), dans une moindre mesure au vu de son intégration tardive par Serge Le Dizet et de sa blessure en fin de saison, n'ont pas véritablement su s'imposer, laissant à Nicolas Savinaud, un défenseur, le soin de leur damer le pion avec 6 réalisations ! Difficile alors pour l'équipe d'avoir toute la confiance nécessaire envers ses attaquants pour espérer faire la différence lors de matches à haute-tension…
La saison prochaine
Dans l'incertitude quant à son avenir administratif, le FC Nantes n'a guère de réelles possibilités d'envisager l'avenir pour le moment. Certes, le Groupe Dassault a garanti les pertes du club (estimées à 4,5 millions d'euros) devant la DNCG afin que celle-ci valide le budget de 54 millions d'euros du club. Mais l'avenir administratif du club de Loire-Atlantique reste dans le flou et rend donc la situation sportive précaire. Jean-Luc Gripond, n'aura pas survécu aux critiques de tous bords et ne sera plus désormais que le président délégué en charge du secteur administratif du club, chargé de la gestion quotidienne mais sous les directives de Rudi Roussillon, un proche de Serge Dassault. Et alors que Serge Le Dizet avait été confirmé dans ses fonctions, les rumeurs d'une retour de Vahid Halilhodzic en Loire-Atlantique circulent. Rudi Roussillon aurait en effet contacté l'ancien entraîneur du PSG afin que celui-ci deviennent entraîneur-manager du club. Il faudra donc attendre le 28 juin prochain et la réunion du Conseil d'administration de la SASP (Société Anonyme Sportive Profesionnelle) du FC Nantes pour connaître clairement le nouvel organigramme du club et donc les principaux axes de réflexion et de réorganisation sportive.
En attendant d'y voir plus clair, le FCNA doit tout de même préparer la saison prochaine. Hormis Ahamada parti à Belenenses, aucun départ officiel n'a été enregistré du côté de la Loire-Atlantique. Bagayoko (Nice, Blackburn), Bratu (Rapid Bucarest), Caceres (Brésil, Mexique), Capoue (Mouscron), NZigou (Mouscron), Viveros ou Yapi (Shakhtar Donetsk) et comme chaque année de Mickaël Landreau pourraient être sur le départ mais rien n'est encore fait, beaucoup attendant le conseil d'administration du 28 juin pour se décider. C'est à ce titre que Jérémy Toulalan hésite encore à rester au sein du club malgré les forts appels du pied de l'Olympique Lyonnais. S'il semble très intéressé par le défi rhodanien, le jeune milieu de terrain pourrait se voir opposer le refus du FC Nantes qui l'a déclaré intransférable. Reste que les Canaris, qui ne disposent que de 4 millions d'euros pour recruter ne pourront résister longtemps à la pression financière de Lyon, bien plus à l'aise pour convaincre les clubs récalcitrants… Côté arrivée, les Nantais ont d'ores et déjà enregistré la signature d'une doublure pour Mickaël Landreau, Tony Heurtebis (Brest) ainsi que celle du défenseur messin, Franck Signorino. En attaque, on a longtemps parlé de l'arrivée du Caennais, Sébastien Mazure, mais celui-ci serait plus près de l'AS Saint-Etienne. Le Marseillais, Habib Bamogo (30 matches, 5 buts) serait également sur les tablettes.
Les Nantais veulent se convaincre et rassurer. Cette saison 2004-2005 n'a été qu'un accident, la prochaine sera bien meilleure, crient-ils tous en coeur. Mais cette politique de l'autruche a-t-elle du bon ? Car peut-on encore parler d'accident lorsqu'un club est sauvé deux fois de la relégation lors de la dernière journée du championnat en cinq ans ? Seul l'avenir le dira…