le 27/12/2005 à 14h51

Bilan mi-saison : Rennes

Le Stade Rennais, après un départ catastrophique, a remis de l'ordre dans ses lignes avant de se désunir quelque peu à l'approche de la trêve. Ancré en milieu de tableau, mais non loin de la deuxième place, seule une belle fin de saison comme il en a désormais l'habitude pourra atténuer un mauvais parcours en UEFA et restaurer l'ambition du propriétaire. Retour sur ce début de saison.

La superbe saison dernière du club avec une inattendue quatrième place avait fait de Rennes un sérieux outsider du Championnat. Malheureusement, l'équipe s'est endormie sur ses lauriers pendant l'été et ne s'est réveillée qu'après quelques mémorables gifles défensives. L'approche d'un dantesque mois de septembre avec une entrée en UEFA tant désirée sur les bords de la Vilaine, lui a permis de resserrer sa garde et de se relancer. Mais les blessures de joueurs cadres, la fatigue accumulée et la faiblesse mentale du groupe ont miné les derniers matches de l'année. Qu'en sera-t-il dès janvier ? Le «docteur Jekyll et Mr Hyde» de la L1 va-t-il se métamorphoser défensivement au mercato ? En tout cas, les supporters rennais ne peuvent que faire le voeu d'un visage plus hermétique pour espérer des lendemains enchanteurs.

Des Rennais sans défense

Le début de saison s'annonçait périlleux avec des oppositions contre tous les cadors du Championnat, à l'exception de deux déplacements chez les promus, Le Mans et Nancy. Après un honorable match d'ouverture, bêtement perdu (1-0) à Lille, les Rennais ont commencé à se disloquer en recevant une énième humiliation nantaise, à domicile (0-3). Le rachat attendu face au Mans a tourné au calvaire (4-0) avec, il est vrai, une expulsion dès la dixième minute… Une victoire à l'orgueil contre un OM également mal en point (3-2) n'a pu masquer une défense en ruine qui s'est définitivement écroulée à Nancy (6-0) ! Le coup de gueule de Ouaddou dans le journal L'Equipe, dénonçant un laisser aller général tout en stigmatisant le non travail défensif des attaquants, eut alors le mérite de rassembler les énergies après quelques mises au point en interne.

La réaction fut éclatante et assez surprenante ! Dans le seul mois de septembre, le club rencontra Auxerre, Osasuna (2 fois en UEFA), Monaco, Bordeaux et Lens pour 3 victoires et 3 nuls. Le premier succès à l'extérieur (0-2 à Monaco), suivi de deux belles résistances à Lens et Osasuna, pour deux 0-0, ont permis au club de se relancer complètement et de surmonter un départ catastrophique. L'injuste défaite subie à domicile face à Lyon (1-3) à cause d'une erreur d'arbitrage et les victoires à Strasbourg et à Ajaccio sur le même score (0-1) n'ont fait que conforter ce mieux être. Rennes se réinstallait dans la première moitié du classement. C'était sans compter sur la coupe de l'UEFA ! Après une brillante qualification aux dépens d'Osasuna, actuel deuxième de la Liga, les Bretons ont naïvement été battus par Stuttgart (2-0) lors de leur première rencontre à domicile avant de sombrer par manque d'efficacité, d'expérience et de mental à Bucarest (2-0), contre Donietsk (0-1) et à Salonique (5-1). Eliminés de la poule européenne sans avoir marqué un point, les Rennais en sont sortis déplumés. Même scénario, avec «l'équipe B» battue 1-0 à Montpellier en Coupe de la Ligue. En championnat, après deux défaites lors de matches qu'ils avaient pourtant dominés, à Troyes (2-1) et à Sochaux (1-0), les Rouge et Noir ont raté l'occasion de prendre place dans le «quinté» de tête. Pire, avant la trêve, à bout de souffle, ils ont chuté lors du dernier match à domicile face à St-Etienne (0-1).

A la fin des matches aller, l'équipe est dixième avec 26 points, soit trois de plus que la saison dernière… Malgré cela, elle est la plus mauvaise défense de L1 avec 30 buts encaissés et une différence de moins 9 ! Si le Stade Rennais n'a pas attendu huit mois pour l'emporter à l'extérieur comme la saison passée - déjà trois victoires cette saison - son rendement à domicile est moins performant, surtout dans la manière. Les blessures en cascade de Faty, Hadji et Utaka en début de saison, conjuguées à celle, plus grave, du capitaine Jeunechamp puis les absences plus ou moins longues de Perrier-Doumbé, Källström et d'Isaksson sur de nouveaux pépins physiques ont légitimement handicapé son parcours. Le liant entre les lignes en a pâti et la fébrilité sur les coups de pied arrêtés, avec beaucoup de buts concédés sur ces actions, n'y a rien arrangé. L'équipe flirte très souvent avec les 22 ans de moyenne d'âge et n'est pas mature pour faire front lors des tempêtes hors de Bretagne où elle réagit plus qu'elle n'agit. Une énième fois, l'entraîneur Laszlo Bölöni, avance des raisons et des buts concrets : «mon objectif est d'augmenter la précision technique de mes joueurs, leur détermination, leur agressivité, leurs responsabilités offensive et défensive. J'aimerais bien sentir où est le seuil de souffrance, d'exigence, d'envie d'exprimer les intentions de mon équipe. Je suis très curieux de voir où se situent ces seuils-là dans les prochains mois.» Le Stade Rennais va-t-il régler ses problèmes défensifs et faire une nouvelle fin de saison en boulet de canon ? Sera-ce avec les mêmes joueurs, voire le même entraîneur ? La réponse sera vite donnée après un copieux, et souvent décisif, mois de janvier.

Les satisfactions

Le géant Suédois Isaksson a eu la malchance d'être abandonné par les siens en début de saison. Il avait retrouvé ses repères avant de se blesser et son absence a été préjudiciable pour l'équipe même si son remplaçant, le jeune Pouplin, a réalisé des matches tout à fait corrects. Pour l'international Suédois Erik Edman c'est beaucoup plus que cela. Engagé in extremis à la fin août, son expérience, ses interventions et sa relance propres ont grandement amélioré la défense rennaise. Il est la bonne recrue du club. Le capitaine Jeunechamp, titularisé en milieu de terrain, avait apporté beaucoup d'allant avant qu'il ne se blesse gravement au genou. Cette grande perte pour le collectif rennais a permis au jeune M'Bia d'apparaître dans le groupe et de profiter de la blessure de Perrier-Doumbé afin de s'installer avec aisance au poste d'arrière droit. Au milieu, seul le jeune Gourcuff s'est illustré dans la régularité. Sa technique et son physique ont pris du volume avec l'accumulation des matches. Une place de titulaire indiscutable lui tend désormais les bras. Sur les ailes, Monterrubio allie souvent le brillant à domicile avec le plus que terne à l'extérieur tandis que Utaka est toujours le flamboyant dynamiteur en manque de bouquet final… L'autre jeune et bonne surprise du Stade Rennais vient de l'international espoir Briand. Mis en confiance grâce à ses belles performances avec les Bleuets, il semble avoir franchi le palier mental et physique pour s'imposer de plus en plus régulièrement au sein des Rouge et Noir et d'y faire parler sa technique, son sens du collectif et la poudre !

Les déceptions

La défense reste l'éternel et historique chantier du club. Souvent chamboulée pour blessures ou méformes, sa composition type n'est toujours pas trouvée. La faute en revient en partie aux piètres performances de l'inévitable Ouaddou, notamment coupable de grossières erreurs dont une fatale face au PSG. Il n'empêche, les blessures récurrentes de Faty et la lenteur d'Adailton malgré de très louables autres qualités n'ont pas rassuré l'ensemble pour autant. Sans oublier le recrutement fiasco de l'international suisse Rochat dont les apparitions ont soulevé l'incompréhension et confirmé son désarroi… Alors que Jeunechamp avait stabilisé l'entre jeu défensif, Didot, lui, a déçu par son inconstance et son manque de poids physique à ce poste essentiel. Källström, après quatre buts et une influence à nouveau grandissante, s'est blessé et peine à retrouver la forme du fait de son lourd physique. Sur le côté droit, Hadji a été régulièrement ennuyé par des blessures avant d'ennuyer son entraîneur par manque d'esprit collectif… Enfin, Frei a souvent semblé ailleurs sur le terrain. Plus prompt à râler qu'à se battre pour ses coéquipiers, il avait la tête soit en sélection suisse soit à son possible futur transfert…

Quel visage après le mercato ?

Une chose doit changer en 2006 pour le Stade Rennais : sa tenue défensive. Pour s'être apparemment crus plus beaux qu'ils ne le sont une remise en question de ceux qui forment l'axe central est nécessaire. Ouaddou nous épargnera peut-être ses tergiversations en s'exilant à l'Est pour rejoindre le CSKA Moscou. Cette forte probabilité amènerait les dirigeants à recruter un défenseur d'expérience capable de diriger ses partenaires de la voix et de montrer l'exemple par le geste. Reste que ce genre de phénomène est étranger à Rennes depuis fort longtemps et que sa quête est donc plus qu'incertaine… Au milieu, Bölöni exige plus de hargne et de physique au poste de numéro 6. L'on parle avec insistance de l'international espoir portugais Raul Meireles, remplaçant au FC Porto, pour occuper cette place. L'international espoir danois d'Aalborg, Rasmus Wurtz, également pisté par l'OM, est aussi évoqué. Enfin, pour suppléer les départs d'Hadji et d'Utaka à la CAN, un attaquant devrait rejoindre les rangs rennais. Le Brésilien Igor De Camargo, évoluant au FC Brussels, auteur de 9 buts en 18 matches est cité, tout comme l'international suédois Johan Elmander qui appartient au club danois de Bröndby. Toutes ces pistes restent vagues comme le sont les hypothétiques départs de Frei ou de l'entraîneur Bölöni ! Ce dernier serait en effet menacé par le bon vouloir de la famille Pinault qui a mal supporté l'humiliation européenne. D'autant plus que le coach roumain est loin de faire l'unanimité auprès de ses joueurs… Le mercato rennais devrait être actif même si les dirigeants s'en défendent. De leurs futurs choix dépendra le visage du club. Docteur Jekyll ou Mr Hyde ?

A défaut d'un discours plus ambitieux et le franchissement d'un seuil de souffrance plus élevé, les Rennais s'apprêtent à vivre une deuxième partie de saison sans adrénaline. Toutefois, avec un collectif et des joueurs physiquement retrouvés, l'après trêve pourrait leur ouvrir l'appétit et le prochain déplacement à Nantes peut être l'occasion rêvée d'avoir les crocs pour festoyer enfin sur des terres jusqu'ici imprenables. Le Stade Rennais se donnera-t-il les moyens de sa faim ? Une autre belle part est toujours attendue dans la capitale bretonne : la Coupe de France ! Seul et unique titre déjà remporté et encore envisageable à l'orée de cette nouvelle année ! Corte (CFA 2), le premier adversaire désigné n'est pas le plus corsé…

Par Marc Lepannetier, le 27/12/2005 à 14h51
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