le 28/12/2005 à 20h35

Bilan mi-saison : Lille

Après s'être hissé à la deuxième place du championnat la saison dernière, le plus dur restait à faire pour le LOSC : confirmer. Un pari en partie réussi puisque les hommes de Claude Puel ont pris place dans le wagon des poursuivants de l'OL, aux côtés des autres favoris. Le récent succès à Gerland et un parcours honorable en Ligue des Champions montrent que les Nordistes peuvent, cette année encore, déjouer les pronostics. A condition d'être plus réguliers...

Il y a un an, à pareille époque, Lille occupait la deuxième place de Ligue 1 avec 36 points, à trois longueurs des Lyonnais. Douze mois plus tard, sans Landrin ni Brunel partis sous d'autres cieux, les voilà huitièmes (30 points). Lyon, avec ses 44 points, est déjà irrattrapable. Pourtant, on ne peux pas dire que les coéquipiers de Jean II Makoun aient déçu. Dans un championnat plus homogène que l'an passé, ils restent en course pour les premières places : Lens, le second, ne compte en effet que deux points d'avance sur eux. Le club nordiste devra pourtant accélérer la cadence s'il veut gravir les marches qui le séparent de l'Europe. Quand on a goûté à la Ligue des Champions, on ne peut plus s'en passer...

Des victoires, mais pas de série

Malgré un succès contre Rennes (1-0) lors de la 1ère journée, les débuts lillois vont être laborieux : s'ensuit un 3-3 chanceux à Ajaccio (égalisation de Mathieu Debuchy dans les arrêts de jeu), une défaite à domicile face à Troyes (2-1) puis deux nouveaux matches nuls, contre Sochaux et Toulouse (0-0- à chaque fois). Après cinq rencontres, les joueurs de Claude Puel occupent la 12ème place du classement. Ils vont tout de suite relever la tête en battant successivement Metz (0-2) et Nice (4-0). Mais depuis, en 12 journées, le LOSC n'a plus été capable d'enchaîner deux victoires. A domicile, ou plutôt au Stadium Nord, les coéquipiers de Tony Sylva sont pourtant intraitables : ils y gagnent six fois, pour un nul et deux défaites. C'est hors de ses bases que le club marque le pas : défait à Bordeaux, Auxerre ou Paris, des concurrents directs aux premières places, il n'avait jusqu'alors pris les trois points qu'en terre messine, chez la lanterne rouge. C'était avant la victoire à Lyon (3-1) lors du dernier match aller, qui fait presque oublier le reste.

«Mes joueurs doivent apprendre à être plus réguliers.» Cette phrase, lâchée par Claude Puel après l'élimination de son équipe en Coupe de la Ligue à Monaco (1-0), résume la première moitié de saison lilloise. Le LOSC compte 8 victoires, 6 nuls et 5 défaites. Des chiffres qui reflètent les difficultés des Dogues à enchaîner les bons résultats. En caricaturant, on pourrait presque dire que leur parcours épouse la courbe suivante : victoire, nul, défaite. Ils peuvent toutefois se féliciter de posséder, avec 26 buts inscrits, la troisième meilleure attaque de L1. Une statistique qui s'explique par quelques gros scores (4-0 contre Nice, 3-1 à Lyon) et des solutions offensives variées. Le danger vient de partout : Odemwingie compte 5 buts, Makoun 4 buts, Moussilou et Debuchy 3 buts... Douze joueurs différents ont marqué ! Et dire qu'on assimile souvent le LOSC à une équipe défensive... L'arrière-garde étant elle aussi des plus solides (15 buts pris, 5ème de L1), Lille possède une des meilleures différences de buts du championnat (+11).

Les satisfactions

Voilà trois ans que Jean II Makoun règne sur l'entrejeu du LOSC. Mais cette saison, en plus de ratisser tous les ballons et de lancer la plupart des offensives nordistes, le milieu de terrain camerounais s'est offert le luxe d'inscrire quatre buts de la tête ! En défense, on parle peu du Brésilien Rafael Schmitz. Sans doute est-ce dû au fait que la propreté de ses interventions est devenue habituelle. L'entame de la saison fut plus compliquée pour son compère Tavlaridis : désireux de partir, fâché avec Puel, le Grec a été écarté des terrains pendant cinq rencontres aux mois d'août et de septembre avant que le coach lillois ne le réintègre à son onze-type. Depuis, le jeu de tête et l'agressivité de l'ancien Gunner sont presque redevenus les mêmes qu'en 2004/2005. A 29 ans, le capitaine Grégory Tafforeau signe peut-être sa meilleure saison au club : solide derrière, il apporte également beaucoup en attaque grâce à ses débordements, en témoigne sa passe décisive pour Milenko Acimovic sur le seul but des Dogues en Ligue des Champions face à Manchester.

A propos d'Acimovic, en voilà un qu'on ne pensait plus revoir à ce niveau ! Partant durant l'été, le Slovène a peu à peu refait son trou au point de devenir l'atout technique du LOSC. Les supporters n'oublieront pas de sitôt son but face aux Red Devils ! Au poste de milieu droit, le très combatif Mathieu Debuchy a fait oublier Christophe Landrin. Comme Acimovic, il marque des buts décisifs : c'est lui qui donne un avantage définitif à son équipe lors du fameux 3-1 à Lyon. Avec cinq buts, Peter Odemwingie a déjà dépassé d'une unité son total de l'an dernier. Profitant de la méforme de Moussilou, et malgré une blessure à l'automne, le Nigérian de 24 ans, vif et complet, est devenu le titulaire de l'attaque. Quant à Tony Sylva, il continue sur la lancée de la saison dernière. Mathieu Chalmé et Geoffrey Dernis, sur qui l'entraîneur ne semblait plus vraiment compter en début de saison, ont finalement disputé la quasi-totalité des rencontres de C1. C'est le sobre Dernis qui s'en est le mieux tiré.

Parmi les recrues, le latéral suisse Stefan Lichtsteiner est celle que Claude Puel a le plus utilisée. Si ses premiers pas furent inquiétants, il s'améliora par la suite, faisant étalage d'une technique supérieure à celle des autres joueurs de son poste. Kader Keita a suivi une trajectoire semblable, mais encore plus prononcée. Jusqu'au derby de la 18ème journée, on se demandait pourquoi Puel l'avait recruté. Ses deux excellentes prestations contre Lens puis Lyon ont fait taire les détracteurs.

Les déceptions

Au rayon des déceptions, Matt Moussilou arrive en tête : grand artisan de la deuxième place des Dogues l'année dernière, le buteur nordiste peine à tenir le même rythme cette saison. Transparent dans le jeu, maladroit à la finition, son rendement ne se limite pour l'instant qu'à quelques beaux mais trop rares gestes techniques, comme son lob face à Saint-Étienne (2-0) lors de la 12ème journée. En coupe d'Europe, il n'est pas non plus parvenu à marquer au Stade de France, alors qu'il était le seul Lillois «à domicile» . Doit-on qualifier la demi-saison de Mathieu Bodmer de décevante ? Oui, dans la mesure où on promet beaucoup de ce joueur. Sa lenteur au milieu de terrain lui fait parfois perdre des ballons faciles. Mais ce serait oublier un début de championnat excellent et quelques bons matches de temps à autre, hélas trop espacés. Le stoppeur Milivoje Vitakic joue beaucoup moins que l'an dernier. Il faut dire que lors de ses rares apparitions, dans l'axe ou sur un côté, il s'est montré assez lourd, contre Bordeaux notamment.

Parmi les recrues, le Marocain Hicham Aboucherouane a pour l'instant surtout brillé sur coups de pied arrêtés. C'est un très bon tireur de coups francs mais dans le jeu, on ne le voit pas beaucoup : il ne participe pas assez à la construction des actions et ne pèse pas sur les défenses adverses, chose que sa technique devrait pourtant lui permettre. Daniel Gygax a commencé la saison dans la peau d'un titulaire au poste d'ailier droit, mais a perdu sa place au profit de l'excellent Mathieu Debuchy. Comme Aboucherouane, ses qualités individuelles ne sont pas remises en cause. Ses premiers matches étaient même très encourageants, avant qu'il ne passe à côté du choc face à Monaco. Il est simplement tombé sur un Debuchy meilleur que lui en ce moment. Le remplacement de l'international suisse par son concurrent à la mi-temps du match Lille-Nantes en est la parfaite illustration.

De quoi demain sera-t-il fait ?

Fidèle à ses habitudes, Claude Puel ne devrait pas bouleverser son effectif durant le mercato : il l'a lui même construit et lui accorde une totale confiance. Tout juste a-t-on entendu parler du Suisse Xavier Margairaz, qui évolue au FC Zurich. Le nom de ce milieu de terrain offensif avait déjà circulé à Lille cet été, mais le club zurichois, qui avait déjà cédé Gygax, avait tenu à le conserver. A moins de 22 ans, Margairaz a déjà connu les joies de la sélection nationale. Autre piste, celle qui mène à Grégory Christ, un jeune français de 23 ans évoluant à Charleroi. Ce milieu offensif au physique trapu a inscrit trois buts cette saison en 17 rencontres de championnat belge. Enfin, le journal L'Equipe a avancé l'hypothèse de la venue de Paulo Cesar Peixoto, un attaquant de 25 ans qui a disputé quatre matches de Ligue des Champions cette saison avec le FC Porto. Quant à la rumeur du retour de Pascal Cygan, toujours à Arsenal, elle ressemble plus à un fantasme de supporter qu'à une possibilité crédible, le LOSC étant déjà bien armé en défense centrale.

Par ailleurs, comment ne pas évoquer l'interminable feuilleton du stade Grimonprez-Jooris ? Engagé il y a des années, le projet d'agrandissement de l'enceinte lilloise se heurte à l'hostilité de deux associations de sauvegarde du patrimoine, qui ont porté l'affaire devant le Justice. Hier, le Conseil d'Etat a confirmé l'annulation du permis de construire, prononcée une première fois le 7 juillet dernier. Le LOSC à Grimonprez, c'est donc fini. Reste maintenant à trouver un emplacement pour bâtir le nouveau stade où évoluera l'équipe. Là encore, les choses traînent : la mairie souhaite implanter un stade intra muros, tandis que Michel Seydoux, le président du club, préfère une solution plus rapide, quitte à s'installer dans l'agglomération. Tant que durera la construction, les fans ne pourront revenir à GJ, et devront se contenter des tribunes éloignées du terrain et non-couvertes du Stadium Nord. Ce n'est pas encore demain que les Dogues joueront à domicile...

Avec ou sans recrues, les Dogues seront confrontés à un défi de taille en deuxième partie de saison : faire partie des deux, voire trois équipes qui réussiront à se hisser en tête du groupe de poursuivants actuel. Ils sont huit, de Lens à Saint-Etienne, à se tenir en trois points, loin derrière le leader lyonnais. Pour y parvenir, les hommes de Claude Puel devront faire preuve d'une plus grande régularité en battant leurs adversaires directs dans la course à l'Europe.

Par Julien Demets, le 28/12/2005 à 20h35
Ça a fait le BUZZ actuellement