Retrouver l'Europe. Après deux années de disette, les Girondins retrouvent leurs ambitions en se maintenant dans le trio de tête. Si le spectacle n'est pas toujours à la hauteur, le réalisme et la solidité défensive de Bordeaux peuvent lui permettre d'envisager sereinement la seconde partie de la saison, fort d'une troisième place en Championnat à la fin des matchs allers.
Sérieux et régularité, marque de fabrique girondine
Si Bordeaux poursuit depuis plusieurs journées tranquillement son chemin, bien ancré dans le trio de tête, son intersaison n'a pas été de tout repos. L'arrivée de Ricardo comme entraîneur a été contestée par l'Union nationale des entraîneurs qui arguait que le technicien brésilien n'avait pas les diplômes requis pour entraîner en France. L'effectif girondin s'est malgré tout mis au travail dans l'espoir de ne pas revivre la saison passée catastrophe, enregistrant les renforts de Bruno Cheyrou et Vladimir Smicer notamment : «au tout début de la préparation, nous avions encore un peu la tête dans le sac à cause de la saison dernière. Friser la relégation quand on est habitué à jouer l'Europe, c'est difficile à digérer. Mais après un petit moment d'observation, Ricardo a commencé à mettre en place ses idées. C'est là que nous avons commencé à entrevoir un changement positif» explique le défenseur David Jemmali. Le changement s'est immédiatement fait ressentir sur le terrain : à l'occasion de la journée inaugurale de la Ligue 1 version 2005-06, Bordeaux s'est imposé sur le terrain de Marseille (0-2). Les spectateurs du Stade Vélodrome ont alors pu constater les points forts qui allaient guider le parcours des Bordelais cette saison : une défense en acier trempé, une solidarité sans failles et un sang-froid à toute épreuve.
Depuis, Bordeaux squatte les hautes sphères du classement de L1, se maintenant dans le trio de tête de la 9ème journée jusqu'à la fin des matchs aller. Le club au Scapulaire, sans faire lever les foules cette saison, se montre d'une régularité étonnante au sein d'un Championnat où une simple défaite peut vous faire chuter de cinq places, et inversement. «Ricardo apporte son expérience, son sang froid et sa rigueur. Ce qui nous différencie le plus par rapport à la saison passée, c'est l'expérience acquise par un certain nombre de joueurs. Le groupe est plus mature. Quand on mène 1-0, ils savent quoi faire pour conserver cet avantage» , explique le Président de Bordeaux, Jean-Louis Triaud. Mais Ricardo n'est pas totalement satisfait à l'heure de dresser un bilan à mi-parcours : «Concernant notre classement, honnêtement je préférerais être 4e ou 5e, mais avec quatre ou cinq points de plus. Je pense qu'on aurait pu les avoir. A ce stade ce sont les points qui comptent, pas le classement» . Les coéquipiers d'Ulrich Ramé ont de solides arguments à opposer pour conserver leur place sur le podium lors des matchs retours.
Les satisfactions
Bordeaux est en reconstruction. Le renouveau passe par la défense. Meilleure défense de L1 avec seulement 11 buts encaissés, Bordeaux semble à l'abri de mauvaises surprises en 2006. La sélection de Frank Jurietti en équipe de France a été la reconnaissance de l'efficacité de la défense bordelaise depuis le début de la saison. Marc Planus, 23 ans et formé au club, Kodjo Afanou de retour à son meilleur niveau, et David Jemmali, véritable leader d'un groupe jeune, composent l'arrière-garde girondine. D'autres membres de l'effectif se sont illustrés cette saison, à commencer par le duo du milieu de terrain, Mavuba – Fernando. Rio Mavuba s'est imposé à seulement 21 ans comme un cadre de son équipe, disputant l'intégralité des rencontres en Championnat. En plus de son travail à la récupération, l'international français participe de plus en plus au jeu offensif. Fernando Menegazzo constitue l'une des bonnes surprises de cette première moitié de la saison. Arrivé au Haillan en provenance de Catania (Serie B), le jeune milieu brésilien a surpris les observateurs de Ligue 1. Présent à la récupération, très technique et possédant une belle frappe de balle (il a d'ailleurs inscrit sur des frappes lointaines le but victorieux à Metz et contre Lille), Fernando s'est imposé sur les bords de la Gironde. Autre satisfaction, Julien Faubert. La saison passée était celle de l'éclosion d'un jeune joueur à fort potentiel, cette saison est celle de la confirmation du talent de ce milieu droit explosif. L'international Espoirs amène sa vivacité dans son couloir et a inscrit deux buts précieux à l'extérieur pour son équipe (à Marseille, et à Saint-Etienne, 1-1). Il lui reste à progresser dans ses centres. Bruno Cheyrou a effectué de bons débuts avec sa nouvelle équipe avant de se blesser et manquer les dernières rencontres de Championnat.
Les déceptions
Le bât blesse lorsque l'on évoque l'attaque. Les statistiques de Bordeaux dans ce domaine ne sont guère réjouissantes. Avec 17 buts inscrits en 19 journées, les Girondins affichent la plus mauvaise attaque parmi les huit équipes du haut de tableau se tenant en seulement trois points, toutes candidates à l'accessit en Ligue des Champions. Les hommes de Ricardo ont surtout chercher à se rassurer en ce début de saison, mais n'ont par la suite pas vraiment progressé dans la finition malgré des résultats satisfaisants. Pour preuve, la victoire contre Nantes en Coupe de la Ligue (3-1) est à marquer d'une pierre blanche puisque c'était la première fois de la saison que les Bordelais inscrivaient plus de deux buts au cours d'une rencontre. L'état catastrophique de la pelouse du Stade Chaban-Delmas n'a pas vraiment contribué à ce que les locataires des lieux produisent un jeu chatoyant et offensif, à l'image de la rencontre de la 19ème journée contre ces mêmes Nantais (0-0).
Recruté en prêt à la fin du mercato d'été afin d'apporter une touche de folie à cette équipe, Denilson n'est pas parvenu à s'imposer malgré sa réputation flatteuse. Pis, l'ailier brésilien figure en tête de liste des flops du Championnat et a vite été pris en grippe par le public : «Je sais ce que je vaux. J'ai vécu deux dernières années difficiles, mais je ne veux pas parler de renaissance. Ici, je n'ai rien à prouver. (…) S'ils (les supporters) veulent du spectacle, qu'ils aillent au théâtre» , répond Denilson. De quelles individualités peut alors jaillir l'étincelle offensive dont manque cruellement Bordeaux ? Le meilleur buteur des Girondins en Ligue 1 a inscrit 3 buts. Ils sont en fait deux à avoir atteint ce total, ce sont les attaquants Marouane Chamakh et Jean-Claude Darcheville. Chamakh a semble-t-il mal vécu son transfert avorté à Lyon lors de la dernière intersaison et s'est plaint d'avoir été écarté du onze de départ au cours des dernières semaines. A bientôt 22 ans, il peine à franchir un cap. Darcheville était quant à lui prêt à faire exploser les compteurs en début de saison, selon ses dires. Mais le Guyanais semble accuser le coup de la trentaine, restant muet depuis son doublé de la 13ème journée. Enfin, la recrue Vladimir Smicer a alterné le bon et le moins bon. A 32 ans, gêné par un passé chargé de blessures diverses, le milieu tchèque, Champion d'Europe la saison passée avec Liverpool, n'a plus 90 minutes de haut niveau dans les jambes. Son expérience et sa technique se révèlent assez précieux. Insuffisant toutefois pour doper l'attaque bordelaise.
Mercato : calme plat sur la Gironde
Les supporters girondins friands de transferts à sensation vont rester sur leur faim cet hiver : «Il n'y aura pas de changement dans l'effectif, mis a part un départ imprévu. J'ai eu une conversation avec Darcheville, il pense qu'il va rester jusqu'au bout de son contrat» confirme Ricardo. Les départs sont plutôt à prévoir pour la fin de la saison, Darcheville sera alors en fin de contrat, Mavuba a ses adeptes parmi les équipes dirigeantes de grandes écuries européennes (Real Madrid, Juventus) alors que Chamakh serait tenté de quitter son club formateur si son temps de jeu continue à diminuer. Un départ de Lilian Laslandes a été évoqué pour cet hiver (Ajaccio, Nice) mais l'attaquant de 34 ans devrait finalement finir la saison au Haillan. Concernant les arrivées, quelques noms ont été susurrés, tous dans le domaine offensif : Dejan Petkovic, 32 ans et milieu offensif de Fluminense et Marcel, attaquant brésilien de 24 ans évoluant à l'Academia Coimbra (Portugal). Evoquées il y a quelques semaines, ces pistes semblent à l'abandon. Le manque d'ambition girondine sur le marché des transferts est illustrée par les propos de Jean-Louis Triaud : «une arrivée au mercato, c'est toujours un peu délicat. Il faut trouver un joueur de qualité qui ne joue pas avec son club et qui soit opérationnel immédiatement. Les candidats ne sont pas légion. C'est pourquoi il ne devrait pas y avoir de mouvements à Bordeaux cet hiver» .
Si Bordeaux parvient à trouver la bonne formule en attaque, il sera alors très difficile d'empêcher les hommes de Ricardo de figurer sur le podium à la fin de la saison. La régularité et la défense girondine seraient alors justement récompensées dans un Championnat qui fait la part belle aux équipes défensives et solidaires.