Malgré la perte de Christophe Landrin et de Philippe Brunel, deux joueurs importants du dispositif mis en place par Claude Puel, on attendait de Lille un parcours en haut du tableau. Les arrivées des Suisses Gygax et Lichtsteiner ou de l'Ivoirien Keita, peu connus, laissaient place à une certaine incertitude, mais Claude Puel avait confiance en son turn-over, qui avait fait ses preuves la saison passée. Avec la Ligue des Champions, il valait mieux poursuivre dans cette voie, et une fois de plus, Puel a eu raison, car malgré un début de saison poussif, le LOSC a bel et bien confirmé qu'il était un rival crédible à Lyon à moyen terme.
Dure confirmationÂ…
C'est donc globalement avec le même groupe que Claude Puel se lance dans cette saison 2005/2006, avec l'ambition de confirmer, ce que peu de dauphins de Lyon ont réussi jusqu'alors. Et malgré une première victoire face à Rennes en ouverture de la saison, le LOSC est plus poussif que prévu. 12e après 5 journées, avec pourtant des adversaires à sa mesure (Ajaccio, Troyes, Sochaux, Toulouse), le club nordiste ne part pas de la meilleure des manières à la chasse au Lyon. Trop irrégulier (la faute à la Ligue des Champions ?), Lille navigue dans le ventre mou du championnat, tout en restant au contact pour les places européennes.
Car hormis face à Metz (2-0, 6e j.) et Nice (4-0, 7e j.), les hommes de Claude Puel n'ont jamais pu aligné deux victoires consécutives ! Et les défaites subies contre Paris, Monaco, Auxerre et Bordeaux semblent montrer que Lille n'a pas les épaules pour s'imposer en haut du tableau, malgré un parcours honorable en C1, avec notamment une victoire face à Manchester United. Mais le dernier match de l'année 2005 va prouver à la France du foot que le LOSC n'est pas mort. Face à Lyon, à Gerland, les Dogues s'imposent 3 buts à 1 et font redescendre l'OL, invaincu, sur terre, comme la saison précédente. Lille se place donc en 8e position à la trève, à 14 points de l'intouchable ogre lyonnais, mais à seulement deux longueurs du 2e, Lens. Rien n'est donc perdu.
Le LOSC roi du money-time
Et 2006 va démarrer de la même manière que 2005 s'était terminé. Le mois de janvier permet ainsi au LOSC de remonter à la quatrième place. Il ne descendra plus au-delà jusqu'à la fin du championnat. Le club retrouve toute sa solidité, le collectif lillois est de retour, et au coeur de l'hiver revoilà nos petits Dogues sur le podium ! Ils vont même aligner trois victoires consécutives pour la première et unique fois de la saison fin février face à Saint-Etienne (2-0, 27e j.), Monaco (1-0, 28e j.) et Le Mans (4-0, 29e j.). Les Lillois semblent donc bien partis pour confirmer leur rang, et ont la farouche envie de rattraper Bordeaux pour accrocher cette fameuse place de dauphin. Entre la 26e et la 38e journée, Lille ne perdra d'ailleurs qu'un seul match, ce qui prouve la valeur du groupe, car Puel utilise toujours autant le turn-over.
Mais malgré cette quasi-invincibilité, le LOSC va se faire peur jusqu'au bout. Car avec 5 nuls consécutifs entre la 30e et la 34e journée, Lille laisse filer Bordeaux, et voit se rapprocher dangereusement la meute de prétendants à la 3e place, dont Rennes, qui lui subtilise cette fameuse place à quatre journée de la fin. Mais les Nordistes ne s'affolent pas, et lors d'un des plus beaux matchs de la saison, battent Bordeaux (3-2, 35e j.) et reprennent le strapontin pour la C1. Ils ne le lâcheront plus, malgré le retour de Marseille sur la fin. Lille aime le suspense, se permet de perdre le derby (2-4, 36e j.), mais se rattrape en corrigeant Lyon 4-0, avant d'arracher le nul à Rennes à la 86e minute après avoir été mené 2-0. Voilà donc le LOSC à une 3e place incontestablement méritée.
Les satisfactions
Si Lille a confirmé sa bonne saison 2004/2005, c'est aussi parce que ses meilleurs éléments ont eux-mêmes confirmé leur talent. Toujours aussi impeccable, Tony Sylva dirige efficacement une des meilleures défenses du championnat, avec notamment Tafforeau et Rafael au top, et des joueurs comme Tavlaridis et Chalmé qui ne font pas la Une des journaux mais remplissent parfaitement leur rôle. Sans oublier la recrue Lichtsteiner, très bonne surprise sur le côté droit de la défense. Jean II Makoun, lui, n'est plus une surprise, c'est tout simplement un des meilleurs milieux récupérateurs de Ligue 1 depuis trois saisons. Le Camerounais est partout, défend, attaque, et son talent résonne de plus en plus ailleurs qu'à Lille. Autre lien entre l'attaque et la défense, Mathieu Bodmer a certes eu du mal en début de saison, mais il a su remonter la pente pour être de plus en plus présent au milieu du terrain nordiste et offrir la qualification à son équipe pour la prochaine C1.
On sait que Lille regorge de talent, et Mathieu Debuchy en est la parfaite illustration. Remplaçant en début de saison, le milieu droit a poussé Daniel Gygax vers le banc. Sur le front de l'attaque, deux joueurs se sont particulièrement illustrés : Kader Keita et Peter Odemwingie. L'Ivoirien, arrivé de nulle part, a su progressivement faire sa place, et termine deuxième meilleur buteur du club avec six réalisations. Quant au Nigérian, avec ses 14 buts en 26 matchs, il est devenu l'arme offensive principale de l'équipe, et s'impose comme un attaquant en devenir. Comme plusieurs de ses coéquipiers cette saison, il lui faudra confirmer, mais Odemwingie est un talent pur.
Les déceptions
Elles sont évidemment beaucoup moins nombreuses que les satisfactions. On peut néanmoins noter que le défenseur Vitakic n'a disputé que 15 matchs, au cours desquels il n'a pas été particulièrement brillant, et que l'attaquant Milenko Acimovic a été aussi régulier que son temps de jeu (12 matchs), même si son but vainqueur face à MU au Stade de France laissait entrevoir un retour au premier plan. On peut aussi regretter les blessures de Stéphane Dumont, qui n'a disputé que 9 rencontres cette saison, et qui aura du mal à retrouver sa place.
Daniel Gygax, lui, a joué, et bien joué en début de saison, mais a progressivement baissé de rythme à mesure que la saison passait. Il a finalement perdu son statut de titulaire, et n'aura disputé que 12 matchs dans le onze de départ. Le Marocain Habib Aboucherouane, lui, a certes brillé par sa frappe de balle sur coups de pieds arrêtés, mais c'est tout ce qu'il y a eu à retenir au cours de ses 12 apparitions. Mais la plus grande déception de la saison lilloise est bien Matt Moussilou. Excellent la saison passée, l'attaquant n'a inscrit que 4 buts lors de cet exercice, et a beaucoup déçu devant le but adverse, notamment en Ligue des Champions. Il s'est même fait éclipser en fin de saison par le finish en boulet de canon d'Odemwingie. La prochaine saison sera déterminante pour lui, à moins qu'il ne décide d'aller voir ailleurs.
Jusqu'où peut aller Lille ?
Disputer deux Ligues des Champions de suite, seul Lyon a été capable de le faire depuis que trois clubs français ont l'occasion de la jouer. Si Lille passe le tour préliminaire en août, il s'imposera donc comme un des meilleurs clubs français de ces dernières années. Mais il faudra également confirmer ce statut en championnat, ce qui passe par la stabilité. Claude Puel a annoncé qu'il restait à la tête de l'équipe nordiste, ce qui est un gage de continuité certain. Mais il faudra également conserver les meilleurs éléments du club, comme Jean II Makoun, qui est convoité par pas mal de pointures européennes. Mathieu Bodmer attise également quelques convoitises mais semble déterminer à poursuivre sa progression du côté du LOSC.
Lille devra également se renforcer, et se doter d'un banc encore plus étoffé et efficace. Si Moussilou ne retrouve pas son niveau, un attaquant supplémentaire sera nécessaire. Mais Claude Puel peut aussi rester fidèle à sa ligne de conduite et miser sur l'émergence des jeunes Mirallas et Fauvergue. Mais la principale interrogation lilloise reste encore et toujours le nouveau stade. Car la saison prochaine, pas de Stade de France ni de stade Bollaert, puisque l'enceinte parisienne est déjà prise et que Lens disputera la Coupe de l'UEFA. Lille doit donc trouver un stade pour sa prochaine campagne européenne, même s'il disputera le tour préliminaire de la C1 à Villeneuve d'Ascq.
Petit à petit, l'oiseau fait son nid. Loin de la pression, Lille poursuit sa progression, et, un peu à l'image de Lyon, peut travailler dans la stabilité et la sérénité au plus haut niveau. Alors, Lille futur Lyon ? Peut-être, mais réglons d'abord définitivement ce problème de stade…