La promesse du président lensois Gervais Martel, formulée il y a deux ans, résonne encore dans la tête des supporters : «Lens doit aller deux fois en Ligue des Champions d'ici 2009» . Pour cette année, c'était raté, les Artésiens n'ayant terminé l'exercice 2004/2005 qu'à la 7ème place de Ligue 1. Pour ne pas passer de nouveau à côté d'une place sur le podium, la majorité de l'effectif et l'entraîneur Francis Gillot ont été maintenus durant l'intersaison ; seuls Yohan Demont (AC Ajaccio), Aruna Dindane (Anderlecht) et Issam Jemaa (Espérance Tunis) sont arrivés. La stabilité allait-elle payer ?
Lens, roi des sprints
Depuis quelques années, les Sang et Or réussissent de très bons débuts de championnat avant de freiner subitement. Un constat qui s'est encore vérifié cette saison : après une défaite à Nantes (2-0) lors de la 1ère journée, les coéquipiers de Charles Itandje alignent trois succès dont un 7-0 retentissant contre Auxerre le 20 août. Beaucoup voient alors le Racing parmi les équipes susceptibles de titiller l'Olympique Lyonnais. Hélas, entre la 5ème et la 15ème journée, Lens ne gagne qu'une fois et accumule dix matches nuls ! Au bout de ce surplace, une décevante 9ème place. Mais en bons sprinters qu'ils sont, les hommes de Francis Gillot obtiennent trois victoires lors des quatre derniers matches aller et décrochent in extremis, dans un championnat serré où quelques succès suffisent à gravir des montagnes, le titre de vice-champion d'automne. Autre point positif, Lens, en dépit de ses trop nombreux résultats nuls, n'a perdu qu'une fois en un demi-championnat.
Conscient que cette position de dauphin tient un peu du miracle, Gervais Martel négocie au mercato le prêt de l'attaquant Pierre-Alain Frau, rarement titulaire à Lyon. Hélas, les mois de janvier et février sont terribles : quatre revers, dont un à Bollaert face à Nancy (2-1) et une gifle à Rennes (4-1), trois nouveaux matches nuls et un seul succès contre la lanterne rouge strasbourgeoise (2-1) repoussent l'équipe artésienne au 11ème rang, loin des prétendants à l'Europe que sont Bordeaux, Lille, Rennes ou l'OM. Comme durant la phase aller, les Sang et Or lancent alors l'opération redressement : ils gagnent contre les «petits» Ajaccio, Troyes, Sochaux et Metz, et grignotent peu à peu la pente qui les sépare du haut du tableau. La défaite à Saint-Étienne pour le compte de la 35ème journée est effacée le week-end suivant par le net succès sur Lille dans le derby du nord (4-2). Tout se joue finalement lors du dernier match : mené 1-0 par Nantes, Lens inverse la tendance et l'emporte 3-1. Dans le même temps, Bordeaux égalise contre l'OM et Lille revient à 2-2 face aux Rennais. Au coup de sifflet final, Lens est quatrième, son meilleur classement des matches retour.
Les satisfactions
Les coéquipiers de Yohan Demont ne se sont inclinés qu'à six reprises sur l'ensemble du championnat. Un chiffre encourageant que seuls Lyon (quatre revers) et Bordeaux (cinq), les deux premiers du classement, ont amélioré. Preuve que Lens aurait pu, en convertissant certains de ses matches nuls en victoires, se mêler à la course au podium. Les Sang et Or peuvent également se féliciter de posséder un jeu tourné vers l'offensive que peu d'équipes de L1 osent encore adopter : 7-0 contre Auxerre, 4-3 à Paris, 4-2 face au LOSC... Cousin et sa bande se sont parfois fait plaisir. Il faut dire que Gillot peut compter sur un effectif fourni en attaque : Cousin, Aruna, Jussiê, Frau et Thomert ont chacun inscrit au moins 5 buts. Hélas ces velléités offensives confinent parfois à la naïveté : contre Paris, par exemple, pour le compte de la 16ème journée, le RCL a mené 4-1 avant de se faire remonter deux buts en toute fin de match. Et six fois cette saison il a eu l'avantage au score avant d'être rejoint. Attaquer c'est bien, gérer c'est mieux.
Le portier lensois Charles Itandje s'est bien remis d'une saison 2004/2005 plus délicate que les précédentes. On l'attend maintenant en équipe de France si Fabien Barthez quitte la sélection après le Mondial. Retenu par le Raymond Domenech pour aller en Allemagne, Alou Diarra est déjà , lui, un Tricolore à part entière. Cette saison encore, il a imprimé sa puissance à l'entrejeu lensois, tout en restant dangereux sur les phases offensives grâce à son jeu de tête et sa frappe puissante. Daniel Cousin, dont le départ était quasiment acquis l'été dernier, constitue désormais l'arme offensive numéro un de Francis Gillot : auteur de 13 buts en L1 et de 5 autres en C3, le Gabonais a enfin montré qu'il était plus qu'un joueur d'appoint. Hilton est l'un des meilleurs défenseurs centraux de France et marque régulièrement des buts décisifs. A ses côtés, le Brésilien Jussiê a fait parler sa technique. Quant à Benoît Assou-Ekotto, l'une des révélations de cette saison, il figure parmi les seuls spécialistes du poste d'arrière gauche de notre championnat.
Les déceptions
Satisfaisant, mais peut mieux faire. Voici en quelques mots le bilan qu'on pourrait tirer de la saison lensoise. Le Racing a trop souvent partagé les points (18 matches nuls en tout, soit presque un demi-championnat) pour espérer jouer les premiers rôles. Les Artésiens n'ont exploité tout leur potentiel qu'en de rares occasions : contre Auxerre en début de championnat (7-0), au Parc des Princes fin novembre contre le PSG (4-3) ou contre Lyon au stade Félix Bollaert (1-1 après l'égalisation du Lyonnais Wiltord dans les arrêts de jeu). Avec plus de régularité, mais aussi plus d'efficacité, les Sang et Or se prépareraient peut-être à l'heure actuelle à disputer la prochaine Ligue des Champions. Francis Gillot admettait dernièrement : «Le mois de janvier a été catastrophique, mais on perd à Bordeaux et à Auxerre alors qu'on ne le méritait pas.» Le réalisme, l'éternel problème lensois...
Mais pourquoi Jemaa a-t-il été recruté ? L'attaquant tunisien a foulé les terrains de L1 à six reprises en championnat, ne récoltant en tout que 170 minutes de jeu (un peu plus en Coupe UEFA) ! On pourrait poser la même question au sujet de Guillermo Rodriguez. Arrivé en janvier pour occuper le flanc gauche de la défense lensoise, l'Uruguayen n'a disputé que 73 minutes de jeu. Le voilà déjà reparti en Amérique du Sud. Nicolas Gillet, recruté l'an dernier, n'est toujours pas parvenu à faire son trou au sein de la défense centrale. L'ancien Nantais, barré par le duo Hilton-Coulibaly et titularisé seulement onze fois en championnat, devrait quitter le Pas-de-Calais. Quant à l'Ivoirien Dindane, branché sur le courant alternatif, on attend plus de constance de sa part l'an prochain. Les meilleures années d'Eric Carrière semblent définitivement derrière lui, même si l'ancien Lyonnais reste capable de gestes décisifs lorsqu'il entre en jeu. Autre déception mais d'un autre genre, le départ de Jérôme Leroy à mi-saison. Après des débuts pourtant étincelants, cette soudaine «fuite» du capitaine lensois restera une énigme.
Lens veut s'installer
Lassé de jouer avec les nerfs de ses supporters, Lens aimerait se fixer dans le haut du classement. Dans un souci de stabilité, l'effectif actuel sera en majorité conservé, comme le confirmait récemment le directeur général du club Francis Collado : «Je ne pense pas qu'il y aura beaucoup de départs. Cela va se situer entre un et trois et les arrivées se feront en fonction» . Lachor ayant rallié le promu Sedan, le RCL devra se trouver un arrière gauche. Mais surtout, et c'est une nouveauté du côté du Pas-de-Calais, une place plus grande sera laissée au sein de l'effectif aux joueurs du crû. Ainsi Gervais Martel, tout en soulignant l'éclosion des Assou-Ekotto, Lacourt et Khiter, insiste-t-il sur la nécessité de disposer de «30 à 40% de jeunes joueurs formés au club» . Et justement, le défenseur Kamil Zayatte (21 ans) et l'attaquant Jimmy Kebe (22 ans) viennent de signer leur premier contrat pro avec leur club formateur.
Le coach Francis Gillot, aux commandes de l'équipe depuis un an et demi, a lui aussi été reconduit, recevant au soir de la dernière journée de L1 un vibrant hommage de la part de son président : «J'ai beaucoup d'amitié pour Francis» a lancé Martel, avant d'ajouter que «depuis qu'il est arrivé au milieu de l'année dernière, je crois qu'on a eu un Lens qui a vraiment confirmé. Francis, c'est quelqu'un qui joue volontairement vers l'offensive, que ce soit à domicile ou à l'extérieur» . Bref, à Lens, pour la saison prochaine, on prend les mêmes et on recommence ! Signalons enfin qu'en cas de disqualification de la Juventus de Turin ou du Milan AC en Champion's League, le club artésien pourrait bénéficier d'une place en tour préliminaire de la plus prestigieuse des compétitions européennes. Mais il ne s'agit que d'anticipations, mieux vaut donc pour les Lensois se concentrer sur leurs échéances réelles. On parle souvent trop vite de qualification en C1...
Lens a sauvé sa saison sur le fil : une simple qualification pour la Coupe Intertoto n'aurait pas répondu aux ambitions du club. Objectif pour l'an prochain : rester dans le haut du classement, en évitant si possible de faire trop de matches nuls...