En conservant son technicien en chef, le Brésilien Ricardo, Bordeaux s'était pourtant donné les moyens de confirmer le bel exercice 2005/2006. «Bel» certes sur le plan défensif et en terme de palmarès – 2e derrière l'OL - mais beaucoup mois sexy dans l'aspect offensif. Sensible aux critiques visant les sorties la saison dernière de sa formation, Ricardo avait prévenu tout le monde d'entrée : il souhaitait qu'à l'avenir son équipe propose un fond de jeu plus conséquent. Force est de constater que pour le moment, son message n'est pas passé…
Tâtonnement
Après six journées de championnat, l'ancien dauphin de l'Olympique Lyonnais se retrouve à sept unités du quintuple champion de France. S'il n'y a pas encore péril en la demeure dans la conquête d'un possible titre en fin de saison, on est forcément en droit de se poser bon nombre de questions. En fait, celle-ci découle directement des résultats enregistrés par la formation girondine.
Contraints de faire avec les moyens du bord – ou ceux en tout cas que ses dirigeants ont bien voulu lui donner – Ricardo, s'il a déjà fait le choix des hommes, peine à trouver le système le mieux adapté à son onze-type. D'abord gêné par l'absence d'un ailier gauche que ni Alonso, ni Francia ni Darcheville n'ont remplacé à ses yeux,le technicien brésilien a déjà proposé deux tactiques différentes cette saison : le 4-4-2 et le 4-2-3-1. Hormis une victoire face à Nice (3-2) à Chaban-Delmas, les Bordelais n'ont jamais remporté le moindre succès dans la deuxième configuration. Et les deux autres victoires girondines (Lorient, Toulouse) l'ont été avec le premier schéma.
Coup de bambou ?
Le système tactique bordelais demeure assez flou, d'autant que certains éléments de la saison passée flanchissent peu à peu. Etincelant en début d'exercice, Julien Faubert est à la peine. Grisé peut-être par son premier but en sélection (le syndrome Mendy) ou tout simplement en baisse de forme, son expulsion lors du choc face à l'OM est symptomatique du manque de sérénité girondine. Henrique, toujours aussi présent sur l'homme, l'est de moins en moins en terme de placement. Et quand Fernando n'est pas là dans l'entrejeu pour épauler Rio Mavuba, l'animation offensive et défensive des Bordelais s'en ressent.
Débarqué du Werder Brême cet été pour afficher la volonté offensive de son club cette saison, Micoud déçoit. Très attendu par les spécialistes, les supporters bordelais et ses propres partenaires, trop peut-être d'ailleurs, l'ancien international peine à retrouver la fluidité et la spontanéité qui fait la force de son jeu. Du coup, ce dernier se retrouve toujours à évoluer assez bas, plus en remiseur qu'en distributeur. Bordeaux développe l'essentiel de son jeu sur les flancs (Wendel, Faubert) et quand ces derniers ont les ailes coupées par l'équipe adverse, comme ce fut le cas au Vélodrome récemment, c'est tout l'équilibre bordelais qui se lézarde.
Toujours pas de vrai buteur
L'heure n'est pas encore grave mais les hommes de Ricardo ont déjà perdu trois grands rendez-vous (Lyon, Lille, Marseille), trois revers déjà pour une formation qui n'a baissé pavillon que cinq fois l'an passé. Pis, Ramé est allé chercher à neuf reprises le cuir au fond de ses filets. La solidité défensive des Girondins n'est plus aussi affirmée que la saison passée. La principale force du bloc bordelais – rigueur et solidarité- lui fait défaut et cette dernière n'est pas compensée par un meilleur allant offensif. Si Darcheville (deux buts face à Nice) s'est réveillé, il n'y a guère que Chamakh ou Faubert à se montrer satisfaisants dans ce domaine.
Il est encore trop tôt pour juger une recrue telle que Wendel, qui plus est quand celle-ci est en pleine phase d'adaptation. En revanche, il est inquiétant de voir qu'une équipe qualifiée en C1 s'affiche avec si peu d'arguments en comparaison avec la concurrence. Chamakh et Darcheville ont déjà montré leurs limites la saison passée. Si leur travail défensif est intéressant, les deux joueurs se montrent encore trop imprécis à l'heure de conclure. Bordeaux manque toujours d'un «killer» à la pointe de son attaque. Pauleta n'a toujours pas trouvé de successeur. Afin de densifier son secteur offensif, Ricardo souhaitait enrôler Kalou (PSG), Menez (Monaco), Frau (PSG), Daniel Carvalho (CSKA Moscou). Trop cher. Denilson, pourtant prêt à rester et malgré ses efforts n'a pu s'entendre financièrement avec la direction, Pour le bien de sa politique prudente, Bordeaux a tout intérêt à reprendre sa marche en avant. Sinon, certains vont devoir se retrouver face à leurs responsabilités…
Attendu au tournant, Bordeaux n'est pas vraiment au rendez-vous. Les Girondins n'ont pas encore décollé en championnat et la justesse de leur effectif pourrait leur porter préjudice à l'avenir. Ligue 1, Ligue des Champions, Coupe de la Ligue et Coupe de France, le programme est chargé…peut-être un peu trop pour les protégés de Ricardo, mal à l'aise à l'heure de confirmer leur tenue de l'an passé.