Allez, ça suffit. Trop, c'est trop. A chaque fois, c'est pareil avec l'Olympique lyonnais. Un concert d'exclamations admiratives. Un flot ininterrompu de louanges. Ca devient fatigant. Trop de superlatifs tue le superlatif. Alors qu'il n'y a vraiment pas de quoi en fouetter un chat. Lyon, finalement, n'a rien accompli d'extraordinaire. C'est vrai, son parcours en championnat est pour l'instant sans précédent. Certes, il n'y a aucune concurrence qui tienne la route face à l'équipe de Jean-Michel Aulas, loin devant avec 50 points glanés en une demi-saison, la meilleure attaque et la meilleure défense. Oui, l'OL a une nouvelle fois gagné le respect de l'Europe du foot en mettant à genoux le Real Madrid, malgré les deux Fabio d'en face (Maître Capello aux manettes et le champion du monde et Ballon d'or Cannavaro). Oui, Lyon n'a subi qu'une seule défaite en 28 matches disputés cette saison, toutes compétitions confondues. Bon, d'accord, ce qu'accomplit Lyon n'a rien d'ordinaire.
Cinq mois idylliques
Force est donc de constater une nouvelle fois - ça fait cinq ans que ça dure - une certaine supériorité des locataires de Gerland, le club rhodanien ayant annoncé la couleur dès ses premiers matches et n'ayant jamais baissé de régime depuis. A chaque mois son exploit. Trois victoires pour ses trois premiers déplacements du mois d'août. Six victoires et la tête du Real (2-0) en septembre. Une leçon de prestige administrée à Marseille au Vélodrome en octobre (1-4). Une qualif' sans forcer pour les 8èmes en C1 et un retour incroyable sur le vaillant Valenciennes (mené 1-0 à la 87ème minute, l'OL l'a finalement emporté 2-1) pour le mois de novembre. Et pour finir 2006 en beauté, un scalp en règle du dauphin lensois sur sa pelouse (0-4) pour s'ouvrir l'appétit avant les fêtes. L'accident survenu à Rennes (1-0) et les deux matches nuls concédés à Gerland contre Toulouse (1-1) et Monaco (0-0) sont les seuls points abandonnés en championnat par l'OL (16 victoires), qui s'est également qualifié pour les demi-finales de la Coupe de la Ligue (victoires contre le PSG, avec exactement le même scénario que contre Valenciennes, puis contre Nancy).
Le tout sans avoir été épargné par les blessures, notamment devant. C'est bien simple, Lyon a fini la saison sans un seul attaquant de pointe de métier. «Il faut être le meilleur entraîneur du monde pour obtenir les résultats actuels avec l'équipe dont je dispose actuellement» , déclarait alors Gérard Houllier avec toute la modestie du monde. Fred, Benzema, Carew et Wiltord ont en effet trouvé le moyen de se blesser tous les quatre en même temps. Qu'importe, le bienheureux entraîneur a sorti un atout surprise de sa manche. Toute la France le sait désormais, Florent Malouda est un avant-centre (presque) aussi insaisissable que lorsqu'il joue milieu offensif gauche. Et quand l'international déserte à bâbord pour faire une pige dans l'axe, Hatem Ben Arfa trouve le moyen de revenir en grâce aux yeux de son entraîneur, et s'empare du poste pour l'intérim. L'effectif du quintuple champion de France semble ainsi définitivement taillé pour pallier à tous les imprévus. Même lorsqu'ils s'accumulent. Ceux que l'OL agacent évoqueront bien les coups de pouce du corps arbitral pour expliquer une telle régularité dans la performance (et on ne peut nier une certaine réussite des Lyonnais dans les décisions prises). Mais la vérité est là : Lyon, même amoindri, reste sans rival.
Des individualités au top
A l'heure actuelle, les Lyonnais disposent en effet pour chaque poste de ce qui se fait de mieux en Ligue 1, y compris pour les doublures. Un Kim Kallström, plus souvent remplaçant que titulaire malgré des prestations de haute volée, serait titulaire plus qu'indiscutable au sein de n'importe quelle autre équipe du championnat, tout comme d'autres joueurs comme Clerc, Berthod, Diarra ou Carew. Tous ont le niveau pour jouer régulièrement dans les plus grands clubs européens, et l'ont prouvé sans cesse depuis le début de la saison. Si l'on voit Coupet s'employer si peu (tout en restant décisif quand il le faut), c'est parce que sa défense se bonifie de jour en jour. Cris est toujours aussi rayonnant, et a trouvé avec le Monégasque Squillaci un complément parfait dans l'axe de la défense. A gauche, Abidal a retrouvé tout son mordant après une Coupe du Monde pourtant éprouvante, alors qu'à droite, Clerc et Réveillère se mènent la vie dure, avec un niveau de performance toujours très élevé (avantage au second, plus souvent titulaire).
Au milieu de terrain, Jérémie Toulalan, fraîchement débarqué de Nantes, fait apprécier son volume de jeu et sa hargne dans la récupération, au point de reléguer Alou Diarra sur le banc sans que ce dernier l'ait vraiment mérité. A ses côtés, le Portugais Tiago (5 buts toutes compétitions confondues) a commencé en trombe, avant de subir une (toute petite) baisse de régime. Quant à Juninho (bien relayé par Kallström, durant ses quelques absences), il a fait du Juninho : neuf buts, dix passes décisives (dont cinq en cinq matches de Ligue des champions), quatre coups francs-directs. Enfin, en attaque, Florent Malouda est rayonnant et efficace (9 buts en Ligue 1 et en C1, 4 passes décisives), tout comme l'étaient Fred (7 buts) et Benzema (6 buts) avant leurs blessures respectives. Wiltord (6 buts) a toujours cette faculté à se montrer décisif dans les situations les plus difficiles. Enfin, Ben Arfa s'est enfin acheté un sens du collectif, et l'a mis au service de son immense talent avec réussite lors des derniers matches.
En fait, le seul à avoir un peu déçu s'appelle John Carew. Souvent blessé, inconstant, le géant norvégien a certes réussi une énorme performance face au Real Madrid à Santiago Bernabeu (2-2, auteur du premier but), et fait passer Fabio Cannavaro pour un obscur défenseur de Série B italienne. Mais il s'agit de son seul fait d'arme cette saison (avec un but inscrit face à Nancy). Et face au niveau de la concurrence, l'ancien joueur de Valence pourrait faire les frais de l'arrivée du retour possible du Brésilien Nilmar lors du Mercato qui s'est ouvert lundi. Luis Fernandez, nouvel entraîneur du Betis Séville, serait sur les rangs pour l'accueillir. Enfin, côté arrivées, l'OL s'est officiellement positionné pour acquérir Frédéric Piquionne. Histoire d'éviter de nouvelles mauvaises surprises en Ligue des Champions, où la profondeur du banc fait souvent la différence. Mais Piquionne est stéphanois. Autant dire que l'affaire semble loin d'être réalisée.