le 07/06/2007 à 17h44

Bilan de fin de saison : Rennes

Le Stade Rennais est une nouvelle fois passé d'un départ catastrophique à une remontée fantastique. Au final, le premier tombeur de Lyon a seulement échoué à dix secondes de la Ligue des Champions. Tout au long des 38 journées, le coeur des Bretons a balancé entre joies et regrets. Retour sur le parcours 2006/2007 des Rouge et Noir.

La superbe série de huit victoires la saison dernière avec une fin bêtement gâchée avait fait de Rennes un imprévisible partant au début de la saison. Impression confirmée avec un nouveau début de championnat calamiteux dû aux pertes de Frei, Källström et Gourcuff à l'intersaison et aux absences sur blessures de Didot, Edman, Mensah et Utaka. Les trois départs, non compensés en quantité et en qualité par les seuls Br. Cheyrou et Moreira, avant l'arrivée in extremis de Melchiot à la fin août, ont plombé les deux premiers mois des Rennais. Enfin au complet, l'équipe s'est alors mise en route pour revenir petit à petit vers le haut du classement. Reste que ces énièmes points perdus dès l'entame sont encore plus regrettés cette saison avec une place en Ligue des Champions amèrement manquée d'un souffle. Surtout quand ce dernier est accentué par des points adverses pris en dehors du rectangle et offerts sur un tapis vert…

Une équipe difficile à battre

Le calendrier du début de championnat s'annonçait périlleux : dans les faits il l'a bien été. Avec une juvénile équipe, les venues de Lille et de Monaco ainsi que les déplacements à Marseille et à Valenciennes se sont soldés par un seul petit point glané face aux Monégasques. Dernier du classement à la fin août, le club a alors pu bénéficier d'un effectif au complet pour se sortir de cette mauvaise passe. A la mi-octobre, la rentrée et l'envie contagieuse de Didot ont coïncidé avec deux victoires de suite à domicile face à Auxerre (2-1) et Nice (1-0). La confirmation de cette évolution a été le point d'orgue des matches aller et l'exploit européen de la mi-saison, la victoire 1 à 0 devant l'ogre lyonnais ! Depuis ce haut fait datant du 4 novembre et jusqu'à la fin du Championnat, le Stade Rennais a seulement chuté deux fois à l'extérieur, Toulouse et Auxerre sur le même score de 1-0, et deux fois à domicile face à Marseille et Sedan, là aussi sur un résultat identique de 0-2. Entre-temps, au lendemain d'un changement de présidence avec l'éviction d'Emmanuel Cueff par la famille Pinault et son remplacement à la tête du club par Frédéric de Saint-Sernin, l'équipe est allée cueillir un premier et précieux succès en déplacement à Bordeaux (2-1). Une performance espérée en terre girondine depuis 33 ans ! Une deuxième levée consécutive à Nantes a également été lourde de sens pour tous les supporters (2-0) ! Cette victoire a fait partie des onze derniers matches de la saison où les Rennais sont restés invaincus (5 victoires et 6 nuls) et ont remonté les places l'une après l'autre. Avec notamment l'un des plus beaux match du Championnat et un succès remporté à domicile aux dépens de Toulouse (3-2). Hélas, une vague de supporters nantais et une tête du Lillois Fauvergue à dix secondes de l'épilogue de la saison pour une fatale égalisation ont stoppé les Rouge et Noir aux portes de la Ligue des Champions.

A la fin de l'exercice 2006/2007, l'équipe a donc obtenu la quatrième place avec 57 points et s'est qualifiée pour disputer l'UEFA. Elle possède la deuxième défense de L1 avec 30 buts encaissés, le record du club et donc le plus faible total de toute son histoire en L1 ! Rennes est, après Lyon, l'équipe qui a concédé le moins de défaites avec seulement neuf matches perdus. Les parcours à domicile, le 6ème de la L1, et à l'extérieur, le 5ème, ont été satisfaisants. C'est en attaque, la 15ème du Championnat, que le bât a blessé avant que l'équipe ne retrouve des marques plus honorables lors des matches retours avec l'efficacité trouvée au sein de la paire Briand-Utaka. Pierre Dréossi, le néo manager-entraîneur du club, a finalement réussi une saison qu'il prédisait «de transition» . On n'oubliera cependant pas les deux inexcusables éliminations à domicile lors des coupes nationales face à deux adversaires hiérarchiquement inférieurs...

Satisfactions et déceptions

Rennes a bâti sa saison sur une défense individuelle et collective de plus en plus sûre. Logiquement, c'est surtout dans ce compartiment que les joueurs se sont distingués. Le jeune gardien Simon Pouplin, après quelques hésitations dues à son âge, s'est affirmé au fil des matches comme un réel espoir à ce poste. Le Néerlandais Mario Melchiot a rapidement apporté son expérience, sa puissance physique et son allant sur le côté droit. Il a été sans conteste la meilleure recrue du club à l'intersaison. Plus sobre, le Suédois Erik Edman a retrouvé son niveau après des pépins de tous ordres. En charnière centrale, malgré deux ennuis musculaires, le Ghanéen John Mensah a confirmé qu'il était un très grand défenseur et l'assurance tous risques du club. A ses côtés, Grégory Bourillon n'a cessé de progresser pour devenir une valeur sûre mais il a été malheureusement stoppé par une blessure aux ligaments du genou. Jacques Faty, trop souvent remplaçant à son goût, a profité de la deuxième blessure de Mensah puis de celle de Bourillon pour effectuer quelques bons matches. Formé au club, le très jeune Guillaume Borne a également fait quelques intérims très prometteurs. Au milieu du terrain, Stéphane Mbia a fait apprécier son abattage physique mais c'est le retour d'Etienne Didot, après plusieurs mois d'absence, qui a été salvateur. Sa hargne, son pressing exercé et sa justesse de jeu ont transformé le collectif breton. Avec lui, l'équipe n'a plus perdu, ou presque… Après des débuts très inquiétants, Bruno Cheyrou a retrouvé un physique et un très bon niveau. Il s'est même imposé comme un leader naturel.

Cependant, les réelles révélations des Rouge et Noir proviennent tout naturellement de son centre de formation (classé cette année au premier rang français) qui s'est encore distingué le week-end dernier en remportant les titres de Champion de France des réserves professionnelles et des moins de 18 ans. En tête de proue, Jimmy Briand ! Il est l'auteur d'une deuxième partie de saison canon où ses appels offensifs et son abnégation défensive n'ont même pas nui à une efficacité devenue redoutable : surlignée par 9 buts et 5 passes décisives ! Il vient d'être récompensé en étant appelé chez les Bleus ! Frustré par son manque de temps de jeu, sa saison a réellement pris son envol lors de la victoire à Bordeaux et de sa première association avec John Utaka à la pointe de l'attaque. Avec une brillance retrouvée, le Nigérian, faiseur de spectaculaires différences dont ses 11 buts marqués, a singulièrement changé le cours offensif de la saison rennaise lors des matches retour. Buteurs et passeurs l'un pour l'autre, les compères se sont alors parfaitement entendus pour affaiblir la plupart des défenses de L1. Deux autres ex-pensionnaires du centre de formation ont montré leur talent sur les côtés : à gauche l'international Espoirs Sylvain Marveaux, à la fine technique et buteur en plusieurs occasions avec 5 réalisations ; à droite un autre Breton, Romain Danzé, buteur lors de sa première titularisation. Il ont été les symboles de la philosophie rennaise qui a parfaitement su allier sa talentueuse jeunesse à des joueurs beaucoup plus chevronnés et désireux de transmettre leur expérience.

En milieu défensif, on a regretté la rechute de Cyril Jeunechamp (2ème rupture des ligaments d'un genou en deux ans) qui a troublé le milieu rennais. Plus offensivement, Olivier Sorlin a été par trop intermittent. Même constat pour Olivier Monterrubio, promu capitaine, qui a été largement en-dessous de ses qualités affichées les saisons précédentes et dont le départ au mercato pour Lens n'a, en fin de compte, pas été préjudiciable. Malheureusement pour l'équipe, Olivier Thomert, son remplaçant venu de Lens, n'a pas montré grand chose et a semblé un peu perdu. Daniel Moreira, lui, a bien eu l'esprit à Rennes mais la confiance et les jambes pour marquer lui ont manqué. Avec zéro but, il est l'impensable fiasco de la saison rennaise…

Quel visage la saison prochaine ?

La première et cruciale mission de Pierre Dréossi, l'homme à tout faire du Stade Rennais, est entamée depuis quelques mois déjà : faire prolonger les cadres de l'équipe. A la surprise générale, le plus convoité d'entre tous, le Ghanéen John Mensah a récemment renouvelé d'un an. A l'inverse, Jacques Faty, libre de tout contrat, a déjà signé à l'OM mais il ne faisait pas partie des titulaires. Il sera avantageusement remplacé par le solide défenseur international Suédois Petter Hansson, en provenance du club hollandais de Heerenveen. En revanche, Mario Melchiot n'avait signé qu'un an et il est aussi en fin de contrat. Son importance, sur et en dehors du terrain, a été d'un tel bien que sa perte définitive serait préjudiciable pour le club. Tout comme le possible départ du capitaine et enfant du pays Etienne Didot qui hésite encore à reconduire son aventure sous ses couleurs de toujours. Pour les deux, la réponse devrait être donnée sous peu. De leur présence ou non, dépendra en partie le recrutement rennais et ils seraient alors numériquement remplacés par des arrivées. En attaque, le tandem Briand-Utaka est très demandé sur le marché mais ils sont sous contrat pour encore deux ans et le club n'est naturellement pas enclin à les laisser filer. Pour se renforcer et étoffer l'effectif en prévision de la Coupe UEFA, le club a la prioritaire intention de recruter un milieu de terrain accélérateur de jeu et capable de distiller les dernières passes ainsi que de marquer quelques buts. On reparle encore et toujours du Croate de Portsmouth Niko Kranjcar… Si Daniel Moreira venait à partir, un attaquant de très bon niveau pourrait épauler ou suppléer un des deux brillants buteurs de cette saison. Pour le reste, Pierre Dréossi devrait redonner sa confiance aux joueurs présents ainsi qu'aux belles pousses du centre de formation qui ne demandent qu'à s'épanouir. En premier, on pense au très talentueux attaquant Jirès Kembo-Ekoko !

Avec patience et continuité, le Stade Rennais a enfin atteint son premier objectif en s'installant régulièrement dans le premier tiers du classement. A l'image de son organisation, c'est en misant sur la stabilité qu'il pourra prétendre à plus. Sans Coupe depuis trop longtemps et après avoir flirté avec la Ligue des Champions, les buts à venir sont trouvés. Avec toutes les forces de la saison passée et l'ajout d'un zeste de talent en plus, les visées ne semblent pas chimériques. Pour les atteindre, il s'agira cette fois de ne surtout pas rater le début de saison. Avec six matches de L1 au mois d'août, une première tendance sera vite dessinée. Reste à la colorier en Rouge et Noir !

Par Marc Lepannetier, le 07/06/2007 à 17h44
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