Depuis trois saisons, Lille ne jure que par la stabilité. L'effectif nordiste n'avait donc subi que quelques retouches durant l'intersaison avec notamment le départ du milieu gauche Geoffrey Dernis pour Saint-Étienne et l'arrivée du Brésilien Michel Bastos pour le remplacer. L'attaquant messin Souleymane Youla avait également rejoint les Dogues pour compenser le départ de Moussilou à Nice.
Le jour et la nuit
Un parcours régulier au Stadium Nord (5 victoires, 3 nuls et une défaite inattendue contre Toulouse), des succès convaincants à l'extérieur (3-0 à Valenciennes, 3-1 à Nancy) et une fin d'année passée à la cinquième place, tout proche du podium : à l'issue du cycle aller, le LOSC ne semblait pas devoir quitter le haut du tableau. Cerise sur le gâteau, à moins que ce ne soit le gâteau lui-même, Bodmer et les siens avaient obtenu une qualification historique pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions en s'imposant à San Siro face au futur vainqueur de la compétition, l'AC Milan (2-0). Un match qui, comme beaucoup d'autres, démontrait la solidité, l'efficacité et la qualité du jeu lillois : certes, les Nordistes n'offrent pas le spectacle flamboyant dont est capable l'Olympique Lyonnais dans ses meilleurs jours, mais peu d'équipes écartent le jeu et remontent le terrain aussi rapidement que celle de Claude Puel. Bref, rien ne laissait prévoir l'écroulement des mois suivants.
On ne mesurera jamais l'impact psychologique que la double-confrontation face à Manchester United en C1 a laissé dans les esprits lillois. Supérieurs aux Mancuniens lors du match aller, les coéquipiers de Tony Sylva vont s'incliner sur un coup-franc roublard de Ryan Giggs, qui a tiré avant que le mur n'ait eu le temps de se placer. Quelques minutes auparavant, un but d'Odemwingie avait été refusé pour une poussette du Nigérian sur Vidic. Le match retour ne fera qu'enterrer un peu plus les rêves des supporters. Puni par l'UEFA pour les débordements de certains supporters des deux camps à Bollaert, le LOSC quittera la plus prestigieuse des compétitions européennes avec le sentiment d'avoir été le dindon de la farce. Fatigue, manque de motivation, faiblesse offensive ? Toujours est-il qu'à partir de cette élimination, les joueurs de Claude Puel ont signé un parcours de relégable : 10 revers, 5 succès et 4 nuls. Ou comment passer du statut d'outsider (5ème à la trêve) à celui d'anonyme (10ème en fin de saison)…
Satisfactions et déceptions
Difficile de trouver des satisfactions dans l'effectif lillois, les stars ayant sévèrement décliné après la trêve. Seul Jean Makoun a fait preuve de régularité sur l'ensemble de la saison. Le Camerounais est l'âme de sa formation. Bodmer (8 buts, tous lors des matches aller) a montré pendant une demi-saison qu'il pouvait être ce milieu relayeur et buteur que beaucoup voient en lui depuis ses débuts en Ligue 1. Malgré un creux en hiver, Kader Keita a confirmé qu'il était le dribbleur le plus rapide du championnat doublé d'un buteur régulier (9 réalisations). Tafforeau et Chalmé font leur travail sobrement. Cabaye et Plestan, très techniques malgré leurs postes défensifs, représentent l'avenir du club : hélas, le premier s'est blessé en fin de championnat et le second a peu à peu faibli. Recruté durant le mercato, Obraniak a montré beaucoup d'envie et de vivacité dans son jeu. Prometteur, même s'il court parfois un peu dans le vide… Finalement, le seul joueur à avoir suivi une trajectoire ascendante est le Brésilien Michel Bastos : transparent jusqu'en décembre, il a retrouvé sa place dans le couloir gauche grâce à quelques buts importants inscrits contre Lens ou Sedan. Sa frappe puissante en a fait le tireur de penalties attiré du LOSC.
Qui aurait dit lorsqu'il a ouvert le score à Nantes (5ème journée) que Peter Odemwingie venait d'inscrire le dernier but de sa saison en L1 ? Les statistiques du Nigérian (aucun but sur les 24 derniers matches) font peine à voir et ne sont pas étrangères au mutisme offensif des Lillois durant les matches retour (16 buts en 19 rencontres, un chiffre gonflé par quelques cartons, notamment un 4-0 contre Troyes). Youla (2 buts), Fauvergue (4 buts) et Mirallas (2 buts) ont marqué ponctuellement mais le LOSC ne disposait cette saison d'aucun buteur digne de ce nom. En défense, Schmitz et Vitakic ont peu à peu disparu des compositions d'équipe de Puel. Le premier avait pourtant réussi un bon début d'exercice. Malgré un doublé contre Troyes, le milieu récupérateur Stéphane Dumont n'est plus le pilier de l'équipe qu'il était avant sa blessure. Un constat qui s'applique également à Debuchy. Lichtsteiner ne progresse pas et reste confiné à un rôle de bouche-trou. Enfin, le gardien Tony Sylva ne montre plus la même assurance. Il se déchire rarement mais ne rapporte plus beaucoup de points à sa formation.
Fin de cycle à Lille ?
Voilà trois saisons que le LOSC parvient à conserver ses meilleurs éléments en dépit des offres d'autres clubs français ou étrangers. Mais cette fois, Claude Puel doit se résoudre à perdre certains de ses joueurs les plus talentueux : si Makoun a prolongé son contrat, Bodmer, lui, est annoncé à Lyon. Kader Keita pourrait le suivre. Quant à Efstathios Tavlaridis, il est sur le point de signer à Saint-Etienne. En dépit de quelques avertissements ou expulsions stupides, le Grec reste le défenseur le plus solide du LOSC, le plus difficile à dominer physiquement. C'est donc une perte importante. La recrue Youla n'a pas convaincu Puel et pourrait faire ses valises pour Strasbourg, tout juste promu en Ligue 1. Fauvergue et Chalmé ont également quelques pistes. Privés de temps de jeu, Schmitz, Vitakic ou Lichtsteiner ont tout intérêt à faire leur valise. Bref, la fameuse stabilité lilloise, gage de réussite depuis trois ans, peut voler en éclat. Le plus dur commence peut-être pour Puel : reconstruire le LOSC après le départ d'une génération dorée.
Et pour reconstruire, l'ancien coach de Monaco devrait pouvoir s'appuyer sur une manne financière importante : les départs conjugués de Bodmer et Keita, s'ils se concrétisent, rapporteraient au moins 20 millions d'euros au club. Mais on n'imagine mal les dirigeants nordistes faire des folies. Cet argent ne sera sûrement pas dépensé dans son intégralité, Puel préférant miser sur des joueurs d'avenir, quitte à laisser le Nantais Dimitri Payet filer à Saint-Etienne. Pour l'instant, seul le défenseur latéral gauche du FC Metz Franck Béria a signé. Mais la priorité du marché estival lillois concerne l'attaque : privé d'un buteur compétitif cette saison, le LOSC s'est la plupart du temps rabattu sur ses milieux Bodmer (8 buts) et Keita (9 réalisations) pour faire la différence. Sans eux, le potentiel offensif des Dogues risque d'être indigent… On parle du Lorientais André-Pierre Gignac (21 ans, 9 buts en L1 cette saison) ou du Caennais Yoan Gouffran (15 buts en L2). L'arrivée d'un nouvel avant pourrait précipiter le départ de Peter Odemwingie, dont on ne sait plus trop quoi penser… Enfin, Puel comptera sur son centre de formation où se trouvent les titulaires de demain : Mirallas, Makiese, Franquart ou Rami.
Après être devenu en quelques saisons l'une des valeurs sures du championnat de France, le LOSC devrait rentrer dans le rang avec le départ de quelques-uns de ses meilleurs éléments. A moins que Claude Puel ne fasse de nouveau des miracles…