D'habitude, un entraîneur quitte son poste - de gré ou de force - lorsque le courant ne passe plus dans le vestiaire ou que l'actionnaire ou le président décide de changer de projet sportif. Au Stade Rennais, le problème n'est pas là . Guy Lacombe a certes pris la place de Pierre Dréossi sur le banc mais assurera la continuité plutôt que la rupture. Adoubé par son prédécesseur à qui il aura à rendre des comptes, l'ancien coach du PSG aura des pouvoirs limités. Comme l'intitulé de son poste l'indique, son rôle premier sera d'entraîner et suivre l'équipe au jour le jour. De son côté, Dréossi n'a pas quitté le club, loin de là . Lui qui portait deux casquettes depuis juin 2006 a délaissé celle encombrante d'entraîneur pour se recentrer pleinement sur celle de manager général. Cela ne ressemble pas vraiment à une mise au placard... Dans ces conditions, pourquoi Dréossi s'est-il mis en retrait, et cela permettra-t-il de relancer l'équipe ?
Dréossi se sentait-il responsable des mauvais résultats de l'équipe ou n'était-il tout simplement pas à l'aise dans ce rôle ? «Quand on est manager général, on est à un poste où il faut prendre des décisions. Je pense qu'il était temps de changer. Ca fait partie des choses de la vie d'un club, sans panique, sans conflit, sans crise. Aujourd'hui, il ne manque pas grand-chose à cette équipe mais il lui manque quelque chose. Je fais confiance à Guy Lacombe. Je sais qu'il va trouver vite ce quelque chose qui manque» , a commenté Dréossi qui se met ainsi en retrait des projecteurs au moment où le club vit une situation très difficile sportivement. Incapable de trouver ce petit quelque chose ? Voulant créer l'électrochoc ? Toujours est-il que Dréossi gardera la mainmise sur les dossiers sportifs, recrutement en tête. Et pourquoi pas, car son rang le lui permet, un droit de regard sur la composition de l'équipe. Dans ces conditions, l'effet espéré aura-t-il lieu ? Peut-on à la fois miser sur la continuité en maintenant Dréossi à un poste clé et attendre dans le même temps un électrochoc insufflé par l'élu Lacombe ?
La faute de l'entraîneur ?
Le groupe vivait plutôt bien et le courant passait entre les joueurs et Dréossi. Telle est la version officielle. Dans ces conditions, nommer un nouvel entraîneur en cours de saison demeure un paradoxe. Mais derrière les paillettes, certains cadres au caractère fluctuant vivaient mal le turn-over imposé par Dréossi et trainaient des pieds dernièrement à l'entraînement. Dans ces conditions, la nomination par l'ancien entraîneur d'un nouvel entraîneur réputé intransigeant demeure un paradoxe. Une manière de briser la spirale infernale ? Le Stade Rennais n'a plus gagné depuis le 28 octobre et reste sur 6 défaites d'affilée en championnat. 20 ans que les supporters n'avaient pas vu ça. Si le problème venait de Dréossi, son maintien au poste de manager général n'est-il pas problématique ? Le mal est certainement ailleurs. Ou alors le Mercato sera très agité en Bretagne. Car entre les détracteurs de Dréossi (Mickaël Pagis et Jérôme Leroy selon la rumeur, mais non confirmé par les intéressés) et ceux de Lacombe, réels (comme Pagis) ou à venir en raison de ses méthodes... Rien ne dit que le caractère trempé de Lacombe se mariera bien à ceux tout aussi forts de Sylvain Wiltord, Pagis et Leroy par exemple, trois joueurs clés de l'équipe.
«J'ai peut-être une autre façon de travailler, d'autres mots, d'autres attitudes ou convictions. J'essaierai d'amener ce que je sais faire» , a déclaré l'ancien entraîneur des Lionceaux, qui retrouvera notamment Pagis dont il n'avait plus de nouvelles depuis l'épisode sochalien. Essayer d'amener ce petit quelque chose qui fait défaut au SRFC depuis un mois. Oui, mais quoi ? Qu'est ce qui fait défaut à Rennes, pourtant annoncé comme un outsider très sérieux au podium mais qui n'a plus gagné un match depuis qu'il y est monté ? Pourquoi ce club qui bâtit pierre après pierre depuis plusieurs années, ne parvient pas à franchir le cap pour s'installer définitivement comme un prétendant à la Ligue des Champions ? La faute à Dréossi ? Rien n'est moins sûr. Hasard ou coïncidence, l'état de forme d'une petite poignée de joueurs semble avoir une influence considérable sur les résultats.
Comme celle de Jérôme Leroy par exemple. Le milieu de terrain est capable du meilleur comme du pire et se trouve actuellement dans une période de vaches maigres (3 buts entre la 7e et la 12e journée et puis c'est tout). Les performances individuelles en dents de scie de Jimmy Briand (3 buts entre la 4e et la 10e journée), de Sylvain Wiltord (titulaire un match sur deux, 3 buts seulement, tous en octobre) ou encore d'Etienne Didot (actuellement blessé) se répercutent nettement sur les prestations collectives. Rennes conserve un fort potentiel avec de nombreux joueurs talentueux, un mélange de jeunesse et d'expérience, mais doit désormais travailler la régularité. Cela ne peut passer que par une implication individuelle accrue sur la durée. Lacombe s'est mis au boulot dès mardi avec un staff remanié et à parfaire, accueilli sous les applaudissements par 200 Rennais lui souhaitant la bienvenue mais qui attendent de voir. Car l'ancien coach du PSG aura certainement un rôle de psychologue important afin de remettre ses troupes sur les rails. Mais est-ce vraiment sa qualité principale ? Une vilaine rumeur court à ce sujet…
Guy Lacombe passait un premier test jeudi soir en Coupe de l'UEFA. L'électrochoc escompté n'a pas eu lieu. Les Rennais ont accroché le nul à domicile face au Dinamo Zagreb (1-1) à deux minutes du terme de la partie, après avoir été dominés la majeure partie du match. Conséquence : une élimination sans gloire de la compétition. Une déception de plus pour les Bretons qui n'auront que trois jours pour digérer avant de défier Toulouse au Stadium.