L'arrivée de Laurent Blanc en lieu et place de Ricardo a été plus qu'un changement d'entraîneur. Pour sa première expérience sur un banc de touche, le champion du Monde français a débarqué sur les bords de Garonne avec sa philosophie du football, aux antipodes de celle du Brésilien. Désormais tournés vers l'offensive, les Girondins de Bordeaux visent haut et ambitionnent un retour rapide en Ligue des Champions. La première moitié de saison donne raison à Blanc qui, associé à Jean-Louis Gasset, est parvenu à impulser une nouvelle dynamique à un groupe en perte de vitesse la saison dernière. Solides troisièmes, les Marine et Blanc ont pu compter sur une ossature Ramé - Planus - Diarra - Wendel - Bellion battante et efficace. Malgré des entames de matchs parfois douloureuses (7 buts encaissés dans le premier quart d'heure), les Bordelais se posent avec Lyon comme l'une des rares satisfactions parmi les grosses écuries du championnat.
Mention «assez bien»
Le bilan bordelais à la mi-temps de la saison est «assez bien» , selon l'aveu même du président du directoire de M6 et propriétaire du club, Nicolas de Tavernost. Malgré ce qualificatif sévère, pas de quoi s'affoler puisque les Marine et Blanc pointent à la 3e place de Ligue 1, à 6 points du leader et 2 de son dauphin. «Nous visons clairement une place en Ligue des Champions, l'effectif est là pour ça» , ajoute-t-il. Avec 33 points (9v, 6n, 4d), 27 buts marqués (2e attaque) contre 23 encaissés (15e défense), les Girondins campent sur la 3e marche du podium depuis la 14e journée. Classés 3e (à 9 reprises) au mieux et 8e (5e journée) au pire, les coéquipiers d'Ulrich Ramé s'imposent comme un client très sérieux à la Ligue des Champions. 10e à domicile (17 pts, 5v, 2n, 2d, 18bp, 14bc) et 3e à l'extérieur (16 pts, 4v, 4n, 2d, 9bp, 9bc), les hommes de Laurent Blanc ont forgé leur réussite sur une révolution par le jeu qui tranche avec la méthode Ricardo ou même Baup. Joueurs à domicile (parfois à leurs dépens) et solides à l'extérieur (Bordeaux a toujours gagné après avoir marqué le 1er but), les joueurs au scapulaire ont marqué 2 fois plus de buts à la maison mais en ont aussi encaissé beaucoup plus, surtout si l'on soustrait la déroute à Caen (5-0) du bilan à l'extérieur. Ce Bordeaux aux deux visages n'a jamais pu enchainer 3 victoires d'affilée ce qui l'empêche de distancer le peloton des poursuivants, mais reste sur 4 matchs d'affilée sans défaite (meilleure série : 6 matchs sans défaite). A noter, 26 033 tickets ont été écoulés en moyenne à Chaban-Delmas, soit un taux de remplissage de 75% (13e rang).
Planus et Bellion brillent, Micoud sur le grill
Une fois n'est pas coutume, les premiers compliments reviendront à l'entraîneur. Ou plutôt au duo d'entraîneurs, formé du novice Laurent Blanc et du vieux singe Jean-Louis Gasset. L'arrivée de Blanc a permis au club de conserver plusieurs de ses pièces maitresses (Planus, Chamakh) et de remotiver les troupes grâce à un nouveau projet sportif et une vision du football plus offensive. Côté joueurs, Marc Planus est le maillon fort des matchs aller. Le patron de la défense impressionne notamment par ses tacles glissés dont il est devenu le grand spécialiste en L1. Son sens aigu du placement compense largement sa taille modeste pour un défenseur central. Sa combativité et son perfectionnisme poussent ses coéquipiers à se surpasser. Joueur intelligent et compétiteur dans l'âme, Planus a soif de victoires et ça se voit sur le terrain. Avec 10 buts, David Bellion a enfin fait oublier Pedro Pauleta. Des lustres que les supporters attendaient un buteur prolifique… En baisse de régime depuis un mois, Bellion devra toutefois confirmer lors des matchs retour. Ramé, Wendel (6 buts, 1pd), Jussiê (4 buts, 2pd), Marouane Chamakh (3 pd, 2 buts), Alou Diarra (2 buts) et Fernando (3 pd) ont aussi donné satisfaction à leur entraîneur.
Côté déceptions, l'inévitable Johan Micoud (2 buts, 1 pd) semble trainer sa peine sur les terrains. Ses quelques coups d'éclat ne font pas oublier sa lenteur ni son déclin physique qui l'empêchent d'apporter sa pierre défensivement. L'autre titulaire discutable se nomme Souleymane Diawara. Pointé du doigt, le défenseur central a souvent handicapé l'équipe par ses maladresses et un placement imprécis. Partant pour la CAN, il ne devrait pas retrouver sa place dans le onze à son retour, au profit de Henrique. De leur côté, Florian Marange peine à confirmer les espoirs placés en lui tandis que David Jemmali a été victime de pépins physiques à répétition. Même s'il apporte de la vitesse au jeu bordelais, le rendement d'Alejandro Alonso (2 pd) demeure trop léger. Si son talent reste intact, Gabriel Obertan a encore beaucoup à apprendre. Sa fougue n'est pas encore canalisée et sa vision du jeu et sa lucidité restent à parfaire. Fernando Cavenaghi est devenu le chouchou des supporters mais n'est pas parvenu à gagner une place de titulaire. Il devra faire ses preuves en janvier quand Chamakh sera à la CAN. Très irrégulier dans la performance, Pierre Ducasse n'a pas convaincu Blanc. Ni Ted Lavie et Edixon Perea, cantonnés à l'équipe réserve.
Le calme plat
«Le coach n'a rien demandé pour le Mercato d'hiver. Il y a déjà un bon effectif à Bordeaux, équilibré en quantité et en qualité. Le coach est ambitieux, il a demandé un effectif ambitieux et l'a obtenu» , a confié de Tavernost. Ceci dit, si une opportunité se pointe, et s'il s'agit d'un défenseur central, le club pourrait sortir de l'ombre. Côté départs, l'attaquant colombien Edixon Perea s'est envolé pour le Brésil où il va s'engager en faveur du Gremio Porto Alegre. Comme Perea, Ted Lavie n'a pas convaincu Laurent Blanc et cherche une porte de sortie. Mais les propositions ne se bousculent pas et pourraient forcer le milieu défensif à rester six mois de plus en Gironde. De son côté, Pablo Francia est retourné en Argentine depuis la fin de saison dernière. Jean-Louis Triaud a décidé de geler son contrat mais refuse de le résilier, espérant trouver un club désireux d'accueillir le milieu offensif qui souhaite rester près de sa famille. En revanche, Cavenaghi devrait rester malgré un faible temps de jeu et tenter de s'imposer pendant que Chamakh jouera la CAN.
Avec deux points de retard sur Nancy et six sur Lyon, les Bordelais peuvent légitimement viser encore plus haut. Si le titre leur semble malgré tout inaccessible, les troupes de Laurent Blanc font désormais figure de favori dans la course à la Ligue des Champions.