Les 30 points au compteur de l’OM ne sont pas du goût de Christophe Bouchet, président du club, et encore moins de celui des supporters marseillais, le public le plus fervent mais aussi le plus exigeant de France. La situation est critique en L1, Monaco est désormais à 12 longueurs (avec un match en plus), et Lyon, Paris, Sochaux et Auxerre précèdent le club au classement. En coupe d’Europe, finie la Champion’s League et retour en «consolante» , la Coupe de l’UEFA. Au cœur de la crise, la situation de Perrin menacée et les premières critiques à l’encontre de Christophe Bouchet après une «lune de miel» d’une saison avec les aficionados olympiens.
La grande désillusion ?
Après un recrutement impressionnant cet été (arrivées notamment de Drogba, Mido, Vachousek et Beye), l’OM figurait parmi les grands favoris de L1. Dix ans après le titre en Ligue des Champions qui fait toujours la fierté du club et de la ville, sur la Cannebière on se voyait bien remporter le titre. Il reste 21 rencontres à disputer, mais les ambitions risquent d’être revues à la baisse ou d’être déçues. Avec 10 victoires pour 7 défaites, le parcours n’est pas celui d’un champion en puissance. Pourtant, le début de saison des Phocéens était très prometteur : leaders après 6 rencontres, puis deuxième derrière Monaco jusqu’à la onzième journée, tout allait bien pour Perrin et ses troupes. Et puis il y a eu le «couac» Barthez (voir par la suite) et une série négative de 5 revers en 8 rencontres. Cependant, tout le monde a vilipendé les dirigeants pour leur communication, il est vrai maladroite, mais ne doit-on pas plutôt se pencher sur le jeu et les adversaires ? Les défaites ont toutes, hormis celle à Strasbourg au cœur de l’affaire Barthez, été concédées face à d’autres grosses écuries de L1 : Bordeaux (revigoré par l’arrivée de Michel Pavon au poste d’entraîneur, 1-0), Lyon (4-1), Paris (1-0) et Monaco (2-1). L’OM prend ses points face aux «petits» de L1 avec application et détermination mais n’est plus capable de remporter un «choc» , pour preuve, le «match de l’année» , face au rival parisien. Ce match, que les supporters avaient eux-mêmes décrété plus important que la rencontre face à l’immense Real Madrid, a une nouvelle fois été perdu et confirme la mauvaise série de Perrin. De même, l’opposition contre Lyon démontre une incapacité du groupe à gérer la pression et les rencontres délicates. Bouchet ne s’avouait pas vaincu mais reconnaissait : «Il est encore trop tôt pour parler d'échec en championnat, même si perdre contre tous nos principaux rivaux est déjà en soi un revers» . En référence aux deux matchs en retard qui peuvent ramener le club à la deuxième ou troisième place, il déclarait après la victoire sur Toulouse : «On n'est plus dans le bon wagon du championnat de France, mais on peut y ressauter très vite» .
Le parcours européen de Marseille est encore plus décevant que celui réalisé en championnat : seulement une victoire (3-0 sur le Partizan Belgrade) et un nul (toujours face au Partizan, 1-1), sinon, uniquement des défaites. Les deux autres adversaires proposés étaient d’un autre calibre : le Real Madrid (défaites 4-2 puis 2-1) qu’on ne présente plus et le FC Porto, vainqueur de la Coupe de l’UEFA la saison passée (défaites 3-2 puis 1-0). Ces rencontres face à des «calibres» européens ont de nouveau prouvé l’incapacité pour l’équipe de se transcender, même face à un Real déjà qualifié et qui n’affichait pas une motivation débordante. Le nul obtenu lors de la dernière rencontre à Belgrade 1 à 1 reverse les Olympiens en UEFA, où il seront opposés aux Ukrainiens de Dniepr (match aller le 26 février, retour le 3 mars). Cette troisième place a été obtenue au terme d’un match certes combatif des Marseillais, mais de qualité médiocre et où les Serbes auraient pu s’imposer si Gavanon n’avait pas sorti un grand match et si les attaquants de Belgrade n’avaient pas offert à leur public un festival de maladresses devant le but.
Revenons sur «l’affaire Barthez» , et surtout sur la situation d’Alain Perrin, entraîneur contesté. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à l’officialisation de l’arrivée de Barthez sous forme de prêt, juste avant la rencontre à Strasbourg. Le président Bouchet annonce le recrutement du gardien de l’Equipe de France, 3ème gardien à Manchester, à un moment où personne ne conteste Runje. L’équipe est déstabilisée et repart avec une valise d’Alsace (4-1). Les joueurs ne comprennent pas le remplacement de Runje et cela perturbe l’équipe, comme l’indiquait Didier Drogba sur le site de l’OM : «Nous avons été très touchés par la situation de Vedran. Nous l'avons mal vécue, et peut-être que cela a joué dans l'enchaînement de défaites de cet automne» . En plus d’être maladroite, l’annonce est hâtive et se révèlera ensuite fausse : le prêt d’un joueur hors période de transfert et soumis à une dérogation de l’UEFA. Problème, l’instance européenne n’avalise pas le prêt, en ne considérant pas la blessure du troisième gardien marseillais (Carrasso) comme un élément suffisant. Cette affaire mal gérée est le premier incident de parcours du duo Bouchet-Perrin. Si le premier devrait s’en remettre assez aisément en ayant reconnu «une erreur de communication» , la situation est bien plus délicate pour le second. Le projet de faire venir Barthez a mis en lumière le clash entre le gardien croate et son coach, puisque les deux hommes ne s’adressent quasiment plus la parole. De même, le soutien massif des joueurs au portier montre une incompréhension, voire un ressentiment vis-à -vis du technicien marseillais. Côté supporters, on appréciait aussi beaucoup le dernier rempart de l’équipe, et même un des héros de l’épopée de 93 ne fait pas l’unanimité.
Cette affaire accompagnée de la série qui l’a suivie est venue à bout de la patience du public. Les dernières rencontres au Vélodrome ont été marquées par des «Perrin démission» . Le public prouve ainsi sa versatilité en reniant ce qu’il a adulé à la première déroute. On reproche en plus à l’entraîneur son important turn-over et ses changements tactiques. Concernant l’avenir de son entraîneur, le président Bouchet se plaît à répéter qu’ «Alain Perrin ne prendra pas de recul» , en poursuivant : «Alain Perrin se reconnaît une part de responsabilité, tout comme les joueurs et le président. Il n'y a pas de responsable unique. Tout changer ne rime à rien» . On ne sait pas trop ce qu’entend Bouchet par «prendre du recul» , cette phrase semble néanmoins écarter le maintien au poste de manager mais le remplacement au poste d’entraîneur, évoqué par certains avant la trêve. Dans la même déclaration, le président ajoutait que «la répartition des rôles peut avoir son importance dans le staff» , que faut-il en déduire ? La solution la plus probable est l’adjonction à Perrin d’un entraîneur adjoint, à savoir José Anigo, jusqu’ici entraîneur de l’équipe de CFA marseillaise. Les deux techniciens se seraient rencontrés avant Noël, mais rien de nouveau depuis, donc impossible de savoir où en est le «remaniement» interne. Pour ce qui est des relations avec les joueurs, cela semble s’être amélioré, et ce grâce à une «réunion de vestiaire» pour revenir sur les différents points de rupture entre le coach et son groupe. A la suite de cette mise au point, Camel Meriem indiquait : «Il nous a demandé si nous étions avec lui. Nous lui avons répondu que tout le monde tirait dans le même sens» .
Les satisfactions
Le meilleur sur cette demi-saison a sans conteste été l’Ivoirien Didier Drogba. Il affiche 9 buts et 5 passes décisives à son compteur personnel et impressionne par sa vitesse d’intégration dans le groupe. Il faut rappeler que ce joueur de 25 ans évoluait encore en L2 il y a seulement trois saisons, avec Le Mans. Sa progression fulgurante, avec 17 buts sous les couleurs de Guingamp la saison passé, en avait fait l’un des joueurs les plus recherchés du championnat cet été. L’OM qui a eu le dernier mot ne s’y est pas trompée : combatif, rapide et spectaculaire, ce joueur a tout pour s’imposer dans ce club. Petite particularité, il a inscrit 7 de ses 9 réalisations au Vélodrome. Son association avec Mido s’améliore et le duo promet beaucoup, sous condition que le ballon lui parvienne de meilleure manière. Mido, Ahmed Hossam de son vrai nom, joue dans un registre quelque peu différent, il a inscrit 5 buts en 14 rencontres de L1 et 2 en C1. L’Egyptien (26 sélections, 13 buts est plutôt finisseur, il profite d’un physique plus massif que son compère (1m90 pour 81 kilos) et dispose d’un jeu de tête remarquable (on se souvient par exemple de son but contre le Partizan). Les supporters marseillais apprécient beaucoup ceux qui fait preuve d’une combativité hors pair. Le public réclamait dans le passé des joueurs qui «mouillent le maillot» , les voila servis avec cette paire d’attaquants.
Outres ces deux joueurs qui sortent du lot, on note les débuts prometteurs de Jérémy Gavanon, qui a sauvé son équipe (et sans doute son entraîneur) en n’encaissant pas un second but synonyme de dernière place en Ligue des Champions. Son intérim dans les buts s’est terminé avec la validation du prêt de Barthez. On note aussi le bon état d’esprit du groupe, même au cœur de la crise, ce qui n’était pas franchement dans les traditions olympiennes. Didier Drogba déclarait à ce propos : «Il y a une bonne ambiance dans le groupe. Mais pour retomber dans l'euphorie du début de saison, il faut des victoires…» . Finis les déclarations tapageuses, les coups d’éclat et le licenciement de l’entraîneur après trois revers successifs. Le club retrouve une stabilité qui donne des résultats sur le long terme, avec comme exemples des clubs comme Lyon, Sochaux ou Auxerre. Depuis deux saisons, Christophe Bouchet s’attache à créer une équipe, et la gestion de cette crise montre une belle sérénité, même sous la pression du public et malgré le cas Barthez, qu’on qualifiera d’ «erreur de parcours» . Les joueurs les plus utilisés dans l’effectif ont sans surprise été Runje (16 rencontres en L1, 7 en C1), Drogba (16/8) et Van Buyten (15/8).
Les déceptions
Individuellement, la grosse déception de ce début de saison est le Tchèque Stepan Vachousek (15 apparitions). On attendait beaucoup, sans doute trop, de ce jeune milieu gauche (24 ans). Il a du mal à s’imposer dans le dispositif marseillais où il devrait jouer un rôle de créateur. L’ex-pensionnaire du Slavia Prague a du souci à se faire pour sa place de titulaire. En effet, son compatriote Rudolf Skacel, 24 ans aussi, a évolué avec brio à son poste face à Strasbourg en Coupe de France.
Collectivement, cette fois, pas besoin d’être entraîneur pour remarquer que cette équipe manque de créativité et d’un meneur de jeu talentueux. Camel Meriem est la seule lueur sur ce plan au milieu de terrain ; peu utilisé au départ, il a fini par entrer dans les plans de Perrin et il totalise désormais 12 apparitions et un but. Drogba et Mido sont donc difficilement pourvus en bons ballons, le retour de Dos Santos sur le côté droit pourrait résoudre en partie ce problème, puisque Perrin pourrait l’utiliser dans un rôle différent de celui de Johnny Ecker. Le technicien pourrait mettre en place un schéma tactique modifié, donnant aux arrières latéraux un rôle plus offensif. Cela permettrait aussi de mettre plus en valeur les qualités d’Habib Beye (notamment sa vitesse) qui s’est bien repris après un début de saison délicat.
Le mercato et le programme à venir
Sur le marché hivernal, l’évènement dans la cité phocéenne est bien sûr l’arrivée, ou plutôt le retour, de Fabien Barthez, gardien de l’EdF (63 sélections). Mise à part cette bonne opération, comme dans la majorité des clubs, la situation financière ne permet pas d’envisager de «gros coups» . Le président Bouchet déclarait «A part Fabien Barthez, il n'y a pas d'arrivée programmée dans l'équipe professionnelle» . Avant le match contre Strasbourg en CdF, il indiquait à TF1 que «pour acheter il faudra vendre» . Pour les départs, Sytchev est en contact avec un club russe (peut-être le Torpedo Moscou) et souhaite quitter la Cannebière pour augmenter son temps de jeu et espérer participer à l’Euro 2004. Meïté alimente aussi les rubriques «transfert» , son nom est évoqué du côté de Monaco ou d’Auxerre, mais la piste ajaïste s’éloigne avec les rumeurs autours de l’international tchèque Bolf. Toujours en défense centrale, le géant belge Van Buyten intéresserait la Roma, mais Bouchet a indiqué que les propositions faites ne satisfaisaient pas les exigences du club. Ecker aurait quant à lui des pistes en Angleterre, il pourrait être tenté par un départ pour éviter la difficile concurrence de Dos Santos. On évoque aussi du changement pour Laurenti (il pourrait être prêté à Ajaccio), pour Fernandao (en contact avec Saint-Etienne) ou encore pour Pérez (il pourrait s’exiler outre-Manche). Si quelques départs se confirment, la priorité devrait être le recrutement d’un milieu offensif. Les dirigeants marseillais avaient d’abord envisagé un retour en France de Gallardo, mais le joueur ne peut signer en France avant le mois de juin, en raison d’un accord passé avec les dirigeants monégasques. Eric Carrière aurait aussi pu rejoindre les rangs de l’OM mais la piste ne semble plus d’actualité.
Pour sa rentrée, Marseille a disposé de Strasbourg en 32ème de finale de Coupe de France, aux tirs au buts, après un nul 1-1. Cette rencontre a définitivement réconcilié Barthez et les supporters puisqu’en un match il a presque fait oublier Runje : deux tirs au but arrêtés et un inscrit, celui qui donne la victoire à son équipe. En championnat, le mois de janvier sera crucial pour l’OM, comme l’indique le président phocéen : «Ces cinq premières semaines de l'année seront la clef de tout. On y verra alors plus clair, notamment lorsque nous aurons disputé nos deux matchs de retard» . Au cours de ces cinq prochaines semaines, Marseille se rendra, en plus de ses deux rencontres reportées, chez deux équipes : Auxerre (le 10 janvier) et Sochaux (le 31 janvier). Ces déplacements seront autant de tests, face à deux clubs encore en course pour la Ligue des Champions. A cela s’ajouteront la réception de Lens et Ajaccio et le seizième de finale de CdF.
Si Marseille n’a pas su mettre son jeu à la hauteur de ses ambitions au cours des dix-sept premières journées de L1 tout n’est pas perdu pour autant. Les deux rencontres en retard laissent un petit espoir pour le championnat, et l’UEFA semble propice à un parcours intéressant pour l’OM. Cette compétition, taillée sur mesure pour les clubs comme Marseille, serait une belle manière de célébrer les dix ans de la victoire en C1.