Lors de la prise de fonction de Loïc Amisse, en juillet dernier, l’objectif était clair pour les Nantais : retrouver le traditionnel jeu à la Nantaise qui faisait cruellement défaut la saison passée et sous l’ensemble du "règne" d’Angel Marcos. Mais malgré deux premiers mois très encourageants, où le FCNA flirtait avec la troisième place, l'automne fut destructeur pour les coéquipiers de Mickaël Landreau, qui se retrouvent aujourd'hui 9e, à 7 points de l'Europe et à 11 de la zone des reléguables.
Dr Jekill et Mr Hyde
Pendant les deux premiers mois du championnat, Le FC Nantes a semblé retrouver ce qui a toujours fait sa force depuis l'arrivée de José Arribas, le jeu. Malgré des accrocs à Sochaux (1-2, 1e j.), Nice (0-1, 6e j.) et Strasbourg (0-1, 8e j.), les Nantais sont séduisants, même s'ils se montrent peu efficaces, avec seulement 11 buts inscrits en 10 journées. La force des Canaris en ce début de saison réside dans sa défense, qui n'a laissé ses adversaires marquer qu'à seulement six reprises lors de ses dix premières rencontres. Le club de Jean-Luc Gripond joue bien, défend bien, et se retrouve au soir de la 10e journée à la quatrième place du classement, mais le capitaine, Mickaël Landreau, ne veut pas s'enflammer : «Il faut du temps pour juger. Nos matchs sont consistants mais on ne peut pas encore parler de stabilité.» Et même s'il admet que l'objectif est de faire mieux que la neuvième place acquise l'an passé ( «histoire d'être un peu sous les feux de la rampe» ), le portier international répète que «faire le point à la mi-championnat sera déjà une première étape intéressante.»
Et il ne croit pas si bien dire. Car depuis le mois 18 octobre, date d'une victoire à Metz (3-1, 10e j.), Nantes est rentré dans une période de crise. Seulement deux succès lors des neuf matchs menant à la trève hivernale, contre cinq défaites et deux matchs nuls. Et à La Beaujoire, les hommes de Loïc Amisse n'ont été capables que de prendre quatre points en cinq matchs et de marquer huit buts en neuf matchs. Un bilan peu glorieux qui s'explique en grande partie par la disparition du jeu produit jusqu'alors. Les Nantais se montrent ainsi incapables de forcer les verrous lyonnais (0-1), parisiens (0-1), monégasques (0-1) et lillois (0-2). De plus, les joueurs nantais se montrent friables face à des moins bien classés qu'eux, avec des défaites à Montpellier (1-4) et à Lille (0-2) et des matchs nuls à Guingamp (1-1) et face à Toulouse (1-1). Nantes chute ainsi à la 9e place du classement, et se retrouve enlisé dans le ventre mou du championnat, entre les places européennes (à sept points) et la zone rouge (à onze points). Matthieu Berson, un peu las, expliquait au soir de la 17e journée que «si les objectifs étaient élevés, il faut les revoir à la baisse. Il va d'abord falloir s'occuper d'assurer définitivement le maintien.» Une phrase qui n'aurait jamais eu lieu d'être deux mois auparavant.
Les satisfactions
Le fait que Loïc Amisse n'ait recruté aucun joueur l'été dernier a pu mettre en avant la toujours performante formation nantaise. Ainsi, depuis le début de la saison, on a pu assister à l'apprentissage plutôt réussi de plusieurs joueurs, tels Fae (12 matchs, 1 but), N'Zigou (11 m., 1 b.), Toulalan (10 m.), Guillon (10 m.), Hadjadj (9 m., 1 b.) ou Glombard (6 m., 1 b.). Ce rajeunissement de l'effectif nantais est certes un pari à moyen terme, mais les jeunes de la Jonelière pourraient apporter la fraîcheur et surtout la folie qui ont tant fait défaut aux Canaris depuis trois mois. Autre grande satisfaction de ce début de saison, la solidité de l'arrière-garde nantaise. Emmenée par un Mario Yepes rayonnant, la défense jaune et verte n'a en effet encaissé que 18 buts depuis l'ouverture de la saison. Seuls Sochaux (2-1, 1e j.), Montpellier (4-1, 12e j.) et Lille (2-0, 16e j.) sont parvenus à marquer plus d'un but à Mickaël Landreau et Willy Grondin.
Au niveau individuel, les belles satisfactions nantaises se nomment Frédéric Da Rocha, Stéphane Ziani et l'énorme Mario Yepes. Da Rocha rayonne, comme à son habitude, sur son côté droit où chacun de ses débordements est synonyme de danger pour l'adversaire. Malheureusement, son rendement en buts (2 depuis le début de la saison) est inférieur à ce qu'on pourrait attendre de lui. De son côté, Stéphane Ziani, qui ne faisait pas du tout partie des plans de Loïc Amisse, a su gagner sa place grâce à son talent. Depuis, il transforme chaque ballon qu'il touche en or, ou presque, et sa vision du jeu a joué un rôle fondamental dans le bon début de parcours des Nantais. Et que dire de Mario Yepes, véritable tour de contrôle de la défense nantaise ? Son envie et son grand talent (qui va sans doute l'emmener loin de Bretagne l'été prochain) ont été indispensables dans la défense à cinq éléments du FCNA, quasi-intraitable depuis août dernier. Mais le libero colombien n'est pas le seul élément important de la défense, puisque Savinaud (à droite), Armand (à gauche) et Berson (à la récupération) ont eu un rendement excellent, tant dans leur rôle défensif que dans leur participation à la création du jeu nantais. Moins encensés mais tout aussi importants, il convient de citer les bonnes prestations de Marama Vahirua (malgré son cruel manque d'efficacité) à la pointe de l'attaque et bien sûr du capitaine Mickaël Landreau, toujours irréprochable dans les buts et pour beaucoup dans la réussite défensive de son club.
Les déceptions
Au rayon des déceptions, le manque (voire la quasi-absence) d'efficacité de l'attaque nantaise a sans doute été le premier facteur du médiocre classement actuel des Canaris. Auteurs de seulement 18 buts en 19 matchs de L1, Vahirua, Pujol et autres ont sans doute pêché par manque d'expérience au plus haut niveau. Jugez plutôt : le meilleur buteur nantais est actuellement Marama Vahirua, avec seulement 5 buts en 18 matchs disputés, devant Grégory Pujol (3 buts en 15 matchs). C'est dans ce sens que le retour de Moldovan devrait faire le plus grand bien à ses coéquipiers. D'autre part, les Canaris ont trop peu souvent été capables de produire un vrai «jeu à la Nantaise» et de déstabiliser les défenses adverses, puisqu'ils n'ont marqué deux buts et plus dans le même match qu'à seulement quatre reprises, face à Lens (2-0), à Ajaccio (3-1), Metz (3-1) et Bastia (3-1), et n'ont pris que 17 points en 10 matchs à La Beaujoire, où ils doivent faire le jeu.
Révélation de la saison 2000-2001, ce qui lui avait permis d'atteindre l'équipe de France (1 sélection) lors de la Coupe des Confédérations en Corée du Sud et au Japon, le défenseur Nicolas Gillet cherche depuis des mois et des mois le bout du tunnel. Handicapé depuis près d'un an par des blessures au genou, le gaucher n'a disputé que 5 rencontres avec les Canaris depuis le début de la saison. Autre révélation en 2000-2001, sous les couleurs de Sedan, Olivier Quint ne s'est jamais réellement imposé sur l'aile gauche nantaise. Il n'est quasiment jamais paru à son aise et n'a pas su s'imposer aux yeux de Loïc Amisse, qui a cependant aligné Quint à 11 reprises (dont quatre titularisations), n'ayant pas ou peu de solutions de rechange. Le FCNA cherche d'ailleurs à s'en débarrasser, mais le joueur ne souhaite pas partir, son contrat le satisfaisant pleinement. Hassan Ahamada, quant à lui, n'a pas su justifier les grands espoirs placés en lui depuis quelques années, lui qui était le pendant de Djibril Cissé en équipe de France des moins de 18 et moins de 20 ans. Mais il revenait de blessure, et peut à tout moment prétendre à une place de titulaire.
Le mercato et le programme à venir
L'événement du mercato à Nantes sera évidemment le retour de l'attaquant roumain Viorel Moldovan, dont le rôle de buteur sera primordial tant l'efficacité des Canaris a fait défaut depuis le début de la saison. Loïc Amisse souhaite également recruter un joueur à vocation offensive et évoluant sur le côté gauche. Pour Robert Budzynski, le directeur sportif, «l'idéal aurait été de recruter un joueur par ligne, à commencer par un arrière droit.» Mais les caisses nantaise sonnent le creux et le désir de "Bud" ressemble plus à un rêve qu'à un projet réalisable. Du côté des départs, les dirigeants nantais veulent «ne pas laisser partir de joueur cadre, sauf proposition qu'on ne peut refuser» comme l'a déclaré Jean-Luc Gripond. Le club cherche d'autre part à se débarrasser d'Olivier Quint, dont le salaire n'est pas, selon les dirigeants, à la hauteur de son rendement.
Après une qualification acquise dans la douleur à Beaujolais-Mont d'Or (2-1), le FC Nantes a fait des Coupes nationales un objectif majeur pour atteindre l'Europe. «Compte tenu des deux derniers mois, les Coupes sont devenues un objectif pour nous, a dévoilé Jean-Luc Gripond, le président nantais. L'Europe sera difficile à obtenir par le biais du championnat car nos concurrents, tels que Sochaux et Auxerre, ont pris de l'avance.» Le quart de finale de Coupe de la Ligue face au Mans, le 13 janvier, constitue donc le match le plus important du mois de janvier, même si les rencontres à Lens (10 janvier), face à Ajaccio (17 janvier)et au Mans (31 janvier) seront déterminantes pour redresser la barre en championnat.
Après des débuts laissant présager de beaux lendemains, le FC Nantes a donc éprouvé les pires difficultés à produire du jeu et à concrétiser ses nombreuses occasions. Mais le retour de Moldovan et le talent du groupe devraient permettre aux Canaris de finir la saison dans les huit premiers. Et si le FCNA gagnait une Coupe, après deux ans sans titre ?