Pas de miracle à Metz
Marseille n'a pas su se relancer mardi soir à Saint-Symphorien en n'obtenant que le résultat nul (1-1) sur la pelouse de Metz. C'est le premier score de parité de la saison pour l'OM mais ce n'est pas le début d'un renouveau. Si les joueurs phocéens se sont créés un certain nombre d'occasions lors de la première période, il aura fallu une énorme bévue du gardien messin Ludovic Butelle – un dégagement directement dans les pieds de Didier Drogba – pour que les Marseillais reviennent au score. A l'issue de la rencontre, José Anigo s'avouait pourtant «satisfait de ce résultat. On a réalisé un bon match, on a été présent dans les duels, mes joueurs ont montré beaucoup de choses intéressantes» , a ajouté l'entraîneur olympien.
Même son de cloche chez les joueurs. A l'instar de ses coéquipiers, le néo-phocéen Démétrius Ferreira affirmait avoir fait «un match correct. Un point à l'extérieur, c'est toujours satisfaisant surtout qu'on a su revenir au score» . Et de conclure : «Il faudra garder le même état d'esprit pour les prochains matchs» . Le discours du coach et des joueurs marseillais est tout à fait cohérent. Après la défaite subie au Stade Vélodrome contre leur grand rival, le Paris Saint-Germain (1-2), tous avaient le besoin urgent de se rassurer. Mais s'ils n'ont pas subi le jeu des messins, les Olympiens connaissent encore trop de défaillances collectives et individuelles.
La solidarité ne suffit pas
Les premiers coupables, et certains l'ont reconnus eux même après l'éviction d'Alain Perrin, sont les joueurs. Certes, aucun reproche ne peut leur être fait dans le domaine de la combativité et de l'état d'esprit. Sous l'ère Perrin comme sous l'ère Anigo, les Marseillais mouillent le maillot. Les rencontres contre le Real Madrid (2-4 et 1-2), Bastia (3-1), Lens à domicile (3-2) et le Paris Saint-Germain en Coupe de France sont des matchs références de ce point de vue. Appliqués depuis le début de la saison, puis soudés après l'annonce de l'arrivée de Fabien Barthez qui devait amener Vedran Runje sur le banc ou même sur la liste des transferts, les joueurs phocéens sont solidaires et ne rechignent pas à aider leurs partenaires dans la difficulté. José Anigo l'annonça d'ailleurs dès son arrivée au club : «J'ai l'avantage d'hériter d'un groupe magnifique, en qualité et humainement» .
Le problème, il faut le chercher sur le plan du jeu. Sur la Canebière et même partout en France, tout le monde le sait, il manque à l'OM un meneur de jeu, capable de conserver le ballon, de jouer court et de créer le déséquilibre dans l'axe grâce à quelques dribbles déstabilisateurs. Depuis qu'Anigo a repris l'équipe première, Camel Meriem s'y est essayé, mais son style – une bonne qualité de passe mais du jeu souvent trop long et latéral – ne correspond pas à l'attente des supporters marseillais. En observant Daniel Ljuboja sous les couleurs du PSG – qui joue, lui, en neuf et demi –, les dirigeants du club marseillais semblent avoir compris : ils viennent d'enrôler le milieu offensif du Sporting Club de Bastia, actuel second meilleur passeur de la Ligue 1 à égalité avec Yann Lachuer (8 passes chacun), Laurent Battles.
Autre souci de taille, le secteur défensif. José Anigo constate : «Notre système à quatre n'est pas du tout efficace. Nous avons pris quatre buts en deux matchs – deux contre Lens en championnat et deux contre le PSG en Coupe de France –, c'est beaucoup trop, surtout quand on a travaillé à l'entraînement et décrypté le jeu de l'adversaire» . Du coup, le manager marseillais a innové et concocté à Metz une défense à trois éléments axiaux, avec Van Buyten, Christantval et Meïté. Résultat ? Un seul but encaissé, mais n'est-ce pas déjà trop compte tenu du score final ?
Anigo a du boulot
De nombreux joueurs de l'effectif ont les qualités pour permettre à Marseille de relever la tête. Avec encore un match de retard à disputer – à Montpellier –, l'OM n'est potentiellement qu'à un point du trio composé de Lyon, Auxerre et Sochaux. Mais pour cela, certains des joueurs phocéens doivent se remettre en cause. Daniel Van Buyten n'est pas le roc impressionnant qu'il était la saison passée, Philippe Christanval n'a pas retrouvé son niveau d'antan, Johnny Ecker est trop nerveux, Stepan Vachousek est emprunté, Camel Meriem est fragile, … Entre Fabien Barthez qui retrouve peu à peu ses sensations – il est l'auteur d'arrêts décisifs face à Paris et Metz – et Didier Drogba, tout simplement impressionnant (12 buts en 19 matchs de L1), les autres joueurs de l'équipe doivent absolument élever leur niveau de jeu.
Evidemment, les joueurs ne sont pas les seuls responsables des difficultés que rencontre aujourd'hui l'OM. Alain Perrin, de par sa faculté à s'entêter dans ses choix et du fait de son rapport – trop froid – avec les joueurs, a payé pour ses erreurs. La chance aussi n'est pas au rendez-vous. Au moment où José Anigo a repris l'équipe, de nombreux joueurs étaient – et sont encore – indisponibles : Manuel Dos Santos, Vedran Runje, Brahim Hemdani, Sébastien Perez, tous blessés, Steve Marlet qui revient petit à petit, et Mido, Sylvain N'Diaye, à la Coupe d'Afrique des Nations. Avec Fernandao prêté à Toulouse et Dimitry Sytchev, fraîchement vendu au Lokomotiv Moscou selon le site Internet du club russe – l'OM n'a pas encore confirmé –, Anigo est contraint de faire confiance aux jeunes de la CFA. C'est ainsi que Mathieu Flamini et Rachmane Barry ont pu faire leur apparition contre Lens, Paris et Metz.
Après la rencontre contre le Paris Saint-Germain, José Anigo a relevé les lacunes de ses joueurs. S'il s'en prend au travail de ses prédécesseurs, il tient également à les responsabiliser : «Pour moi, le schéma tactique, ça se prépare en début de saison, on a un mois pour ça. Aujourd'hui, je découvre un effectif qui n'a pas travaillé tactiquement. C'est une vraie mauvaise surprise. Je ne l'imaginais absolument pas. Avec la succession de matchs, c'est compliqué maintenant. On va devoir tout faire sur le tas, en responsabilisant chacun sur ses performances individuelles» . En clair, Anigo ne s'attendait pas à connaître de tels problèmes. De son côté, l'entraîneur olympien affirme «assumer ce [qu'il doit] assumer» . Car si l'OM a pu faire illusion face à Lens, le fameux choc psychologique n'a pas eu lieu contre Paris. Comme Perrin, Anigo n'a pas su vaincre le PSG et les supporters n'aiment pas cela. Il est encore trop tôt pour juger le travail de José Anigo, mais les prochaines échéances du club, qui doit rencontrer Sochaux et Montpellier lors des huit prochains jours, devraient nous en dire plus à ce sujet. Comme l'explique Didier Drogba, «il faut continuer à travailler» !
Le joueur et la stat : Fabien Barthez, un palmarès complet
Le grand gardien français, vainqueur de la Coupe du monde 1998, du Championnat d'Europe 2000, de la Coupe des Champions en 1993 et du championnat de France de D2 en 1995 avec l'OM, du championnat de France avec Monaco en 1997 et 2000, et du championnat d'Angleterre en 2001 et 2003 sous les couleurs de Manchester United serait-il de retour ? A l'évidence, oui ! Agé de 32 ans, l'international français, tout heureux de retrouver une place de titulaire en vue du prochain Championnat d'Europe au Portugal, paraît affûté et serein. Face au Paris Saint-Germain et à Metz, il a sauvé son équipe à plusieurs reprises grâce à des arrêts réflexes dont il a le secret. Expérimenté – huit titres engrangés – et rapidement adopté par ses nouveaux coéquipiers, Barthez pourrait être, avec Didier Drogba, le moteur de l'OM pour la seconde partie de la saison.
La décla : Bernard Tapie, ancien président de l'OM
«Maintenant, il est temps que Robert Louis-Dreyfus passe la main, qu'il vende ses actions du club et qu'il parte. Au foot, on ne peut pas perdre indéfiniment des matchs et ne gagner aucun trophée national pendant une aussi longue période. Encore récemment, l'OM a commis des erreurs en se séparant de Fernandao et Laurenti. Et Robert Louis-Dreyfus est directement responsable de cette situation. Il délègue trop, à des gens qui manquent de compétence» .
Malgré l'arrivée de José Anigo, l'Olympique de Marseille n'est pas encore sorti de la crise qui le touche depuis la fin du mois d'octobre. Pour reprendre peu à peu confiance, les joueurs phocéens doivent engranger des points. L'apport de Démétrius Ferreira et de Laurent Battles, recrutés lors du mercato d'hiver, sera-t-il décisif ?