Longtemps, la Ligue des Champions a semblé verrouillée par une aristocratie financière intouchable, rendant les épopées de «petits» presque impossibles. Mardi, le cercle polaire a envoyé une onde de choc jusqu'en Lombardie.
Après sa victoire à l'aller (3-1), Bodø/Glimt a réalisé l'impensable en s'imposant à Milan (1-2). Malgré une pression étouffante des Nerazzurri (30 tirs à 7), le réalisme froid des Norvégiens a fini par éteindre le leader de la Serie A.
Un miracle physiologique et budgétaire
Ce qui rend cette qualification exceptionnelle à bien des égards, c'est avant tout l'état de forme des deux effectifs. Le championnat norvégien (Eliteserien) s'est achevé le 30 novembre dernier ; Bodø/Glimt était donc techniquement en vacances depuis quasiment trois mois. Faire tomber un cador européen en plein rythme de compétition, avec seulement trois semaines de préparation dans les jambes, relève de la prouesse médicale autant que sportive. La gestion du bloc bas et la capacité de résilience physique des Jaunes ont totalement annihilé le système de Christian Chivu.
Sur le plan comptable, le séisme est tout aussi vertigineux. L'effectif complet de Bodø/Glimt est valorisé à seulement 57 M€, soit moins que le prix d'un seul titulaire de l'Inter comme Alessandro Bastoni ou Nicolo Barella. Avec un budget global dix fois inférieur à celui de son adversaire, la formation norvégienne a prouvé que la structure collective et l'identité de jeu — ce fameux 4-3-3 immuable cher à Kjetil Knutsen — pouvaient compenser un déficit abyssal de talent individuel. Un écart qui ne s'est jamais vraiment ressenti sur un peu plus de 180 minutes.
L'effacement des références historiques
Pour mesurer la portée de cet acte, il faut le confronter aux miracles du passé, souvent cités mais rarement comparables. L'épopée de l'APOEL Nicosie en 2012, qui avait atteint les quarts en sortant l'Olympique Lyonnais, restait jusqu'ici la référence du Petit Poucet. Mais Bodø/Glimt a fait bien plus fort : là où l'APOEL profitait d'un tirage clément, les Norvégiens ont dû scalper successivement Manchester City (3-1), l'Atletico Madrid (2-1) et l'Inter. C'est la première fois en 54 ans qu'un club hors du TOP 5 terrasse trois géants de cette envergure sur une seule campagne.
Même les épopées plus récentes de l'AS Monaco (2004 et 2017) ou de l'Ajax (2019) ne boxent pas dans la même catégorie. Ces clubs, bien que considérés comme des outsiders, disposaient de centres de formation réputés et de budgets plus ou moins conséquents, alignant des futurs joueurs de classe mondiale comme Kylian Mbappé ou encore Frenkie de Jong. Bodø/Glimt, lui, s'appuie sur des joueurs locaux et des revanchards qui pour certains n'avaient pas réussi à s'imposer à l'AC Milan (Hauge) ou à Lens (Berg). Une équipe qui, en Serie A, jouerait probablement le maintien.
Un nouveau plafond de verre pour la Norvège
Au-delà de la surprise, ce succès marque un tournant historique pour un football norvégien trop longtemps resté dans l'ombre des grandes nations. Jusqu'ici, seule l'épopée de Rosenborg en 1996-1997, qui avait atteint les quarts de finale, servait de boussole aux clubs du pays. Mais jamais une formation scandinave n'avait réussi à remporter une double confrontation en phase à élimination directe de la C1 moderne. En brisant ce plafond de verre face au vice-champion d'Europe, Bodø/Glimt s'offre une légitimité nouvelle, effaçant des décennies de complexes sur la scène internationale.
Cette réussite valide surtout la stabilité d'un projet qui a su accumuler des références solides avant d'exploser aux yeux du monde. On oublie souvent que le club de Laponie n'est pas un météore : ses performances répétées en Ligue Europa, avec un dernier carré lors de la dernière édition, avaient déjà prévenu les observateurs les plus attentifs. Pour la présidente de la fédération, Lise Klaveness, ce triomphe à Milan est «le plus grand de l'histoire du football de clubs du pays» . Une juste récompense pour une équipe qui a rappelé que la vérité du terrain ne se lisait pas toujours sur un tableur Excel.
Que pensez-vous de la performance de Bodø/Glimt ? N'hésitez pas à réagir et à débattre dans la zone «Ajouter un commentaire» …