Un enfant italien né il y a dix ans n'a jamais vu son pays disputer un Mondial. Rien. Pas une minute, pas un match, pas une émotion. Il a grandi avec le titre de l'Euro 2021, certes, mais sur la scène mondiale, la Nazionale n'existe plus. Là où d'autres traversent des trous d'air, l'Italie s'est enfoncée dans un puits sans fond.
Du sacre de 2006 à la perte de repères
Tout commence après le tir au but de Fabio Grosso en 2006. Le sommet absolu, suivi d'une chute immédiate. En 2010, l'Italie débarque en Afrique du Sud avec un groupe à sa portée : Paraguay, Nouvelle-Zélande, Slovaquie. Championne en titre, elle termine dernière. Deux nuls, une défaite et un Gianluigi Buffon blessé dès l'entame : l'équipe, vieillissante, est incapable de se réinventer malgré le rappel de Marcello Lippi.
Quatre ans plus tard, le scénario est plus cruel encore. En 2014, l'Italie lance parfaitement son tournoi contre l'Angleterre — sa dernière victoire à ce jour dans la compétition. Puis tout s'effondre. Défaite contre le Costa Rica, l'outsider du groupe, avant un match couperet face à l'Uruguay. Réduite à dix, la Nazionale cède en fin de rencontre et quitte le Brésil dès le premier tour. Deux éditions, deux sorties prématurées. Une anomalie, déjà. Mais le pire reste à venir.
Quand la crise devient une habitude
2018 marque la rupture historique. Battue par la Suède en barrage, l'Italie manque le rendez-vous planétaire pour la première fois depuis 1958. Un choc immense pour un pays qui rêvait de broder une cinquième étoile sur son maillot, quatre ans après avoir été rejoint par l'Allemagne au palmarès. Buffon quitte la scène internationale en larmes, et tout un peuple découvre une sensation inconnue : regarder le Mondial à la télévision, en simple spectateur.
On pense alors à un accident. 2022 transforme l'imprévu en tendance. Championne d'Europe un an plus tôt, l'Italie chute à domicile contre la Macédoine du Nord sur un but encaissé dans les derniers instants. Le contraste est violent, incompréhensible. Enfin, 2026 enfonce définitivement le clou. Battue par la Bosnie en barrage, elle enchaîne une troisième absence de rang. À ce stade, la thèse de l'accident ne tient plus.
Une chute sans équivalent
Toutes les grandes nations ont connu une éclipse. La France a manqué les éditions 1990 et 1994 après les épopées de la bande à Michel Platini et le sacre à la maison. Les Pays-Bas ont disparu en 2002 puis en 2018. Le Portugal a raté 1998. Mais aucune n'a enchaîné trois Coupes du monde manquées à la suite dans l'ère moderne. Encore moins avec un format élargi qui facilite la qualification et permet à quasiment un quart des pays du globe de faire partie de la fête.
C'est là que l'ampleur du gouffre apparaît. Depuis 2006, l'Italie a plus souvent regardé la Coupe du monde qu'elle ne l'a jouée. Cinq campagnes, cinq échecs, entre sorties précoces et absences totales. Si la série s'étire jusqu'en 2030, l'attente atteindra vingt-quatre ans, soit exactement le temps qui avait séparé les sacres de 1982 et 2006. Une symétrie troublante, à une différence près : à l'époque, l'Italie attendait de gagner. Aujourd'hui, elle attend simplement d'exister.
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