L'Argentine n'arrive pas en Amérique du Nord dans le doute. Depuis son titre mondial décroché au Qatar, la sélection de Lionel Scaloni a prolongé son cycle avec une régularité remarquable : 39 matchs, 32 victoires, 3 nuls, 4 défaites, 85 buts marqués et seulement 14 encaissés.
Dans cette séquence, l'Albiceleste a aussi ajouté une Copa América à son palmarès, avec un succès en finale contre la Colombie, confirmant sa capacité à rester une équipe de tournoi, froide, solide et rarement prise en défaut.
Une couronne bien tenue
Le point fort de cette équipe, c'est sa continuité. Contrairement à plusieurs champions du monde rapidement retombés après leur titre, l'Argentine n'a pas explosé. Le noyau du Qatar est encore largement présent, avec Emiliano Martinez, Cristian Romero, Nicolas Otamendi, Nahuel Molina, Leandro Paredes, Rodrigo De Paul, Alexis Mac Allister, Enzo Fernandez, Julian Alvarez, Lautaro Martinez et Lionel Messi. La colonne vertébrale n'a donc pas changé, et c'est un avantage considérable au moment d'aborder une compétition aussi exigeante. Scaloni ne repart pas de zéro et s'appuie sur un groupe qui connaît les matchs à pression, les prolongations, les tirs au but, les temps faibles ainsi que les scénarios étouffants.
Mais cette continuité n'interdit pas les nuances. L'Argentine 2026 n'est pas une copie figée de celle du Qatar. Angel Di Maria, joueur des grands soirs et buteur dans plusieurs finales majeures, n'est plus là. D'autres anciens ou joueurs de rotation ont quitté le décor, tandis que Nico Paz, Giuliano Simeone, Valentin Barco, Facundo Medina ou José Manuel Lopez apportent une autre fraîcheur. Même Messi, à 38 ans, ne peut plus être abordé comme le joueur total capable d'absorber seul tous les temps forts d'un tournoi. L'Albiceleste doit donc réussir un dosage délicat : conserver la mémoire des champions sans rester prisonnière de 2022, protéger son capitaine sans réduire son influence et permettre à Lautaro, Alvarez, Mac Allister ou Enzo Fernandez de porter davantage le poids du collectif.
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Un groupe pas si simple
Sur le papier, le tirage peut donner l'impression d'un chemin confortable avec l'Algérie, l'Autriche et la Jordanie. Dans les chiffres, la lecture est plus nuancée. Avec l'Argentine numéro un mondiale, l'Autriche 24e, l'Algérie 28e et la Jordanie 63e, le groupe J affiche une moyenne autour de la 29e place FIFA. Il ne s'agit pas d'un groupe de la mort, mais il appartient aux poules les plus denses du tournoi. L'Argentine a évité un deuxième géant, pas forcément les pièges. Et son entrée contre l'Algérie aura déjà valeur de rappel : en 2022, le futur champion avait commencé son Mondial par une défaite retentissante contre l'Arabie Saoudite avant de reconstruire son tournoi jusqu'au titre après plusieurs rencontres très tendues (Mexique, Australie, Pays-Bas).
Cette expérience peut servir de vaccin, mais elle n'efface pas le danger. L'Algérie reste une sélection difficile à lire, capable d'apporter une touche technique différente des adversaires sud-américains tout en rendant un match fermé et pénible, comme elle a récemment pu le montrer face à l'Uruguay. Les Fennecs ont aussi cette mémoire des grands rendez-vous, de l'Allemagne en 1982 à l'Angleterre en 2010, en passant par l'Allemagne en 2014. L'Autriche représentera un danger différent, plus structuré, plus tactique, forte de son Euro 2024 étonnant et de son intensité sous Ralf Rangnick. Quant à la Jordanie, elle reste l'adversaire le plus abordable, mais le nouveau format impose de ne banaliser aucun rendez-vous, même avec le filet de sécurité offert aux meilleurs troisièmes.
Le poids de l'histoire
Le défi argentin dépasse pourtant la phase de groupes. Depuis le Brésil en 1962, aucune nation n'a réussi à conserver son titre mondial. L'Italie l'avait fait avant-guerre, le Brésil de Pelé l'avait imité, puis la porte s'est quasi définitivement refermée. Pire encore, plusieurs tenants du titre se sont effondrés dès le premier tour au XXIe siècle, de la France en 2002 à l'Allemagne en 2018, en passant par l'Italie en 2010 et l'Espagne en 2014. L'Argentine veut s'inscrire à contre-courant de cette tendance, avec un statut encore alourdi par son retour à la première place du classement FIFA suite à sa victoire contre l'Islande (3-0). Depuis la création de ce classement en 1992, aucun numéro un mondial avant un Mondial n'a ensuite soulevé le trophée.
Un élément manque aussi dans l'évaluation de son vrai niveau : la Finalissima contre l'Espagne. Prévue au Qatar avant d'être annulée en raison du contexte au Moyen-Orient, cette affiche entre le champion du monde et le champion d'Europe aurait offert un thermomètre idéal à quelques semaines du tournoi. Depuis 2022, l'Argentine a beaucoup gagné, mais surtout dans son environnement naturel, face à des adversaires sud-américains ou dans des amicaux moins révélateurs. Mais le doublé exigera plus qu'un bilan flatteur. Il faudra gérer les corps, intégrer les nouveaux et accepter que chaque adversaire voudra faire tomber le champion. L'Argentine a tout d'une favorite crédible... mais pas encore d'une favorite intouchable.
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