le 03/07/2026 à 10h52

Paraguay : un verrou plus qu'un épouvantail

Le Paraguay a éliminé l'Allemagne lors des tirs au but.
Prochain adversaire de l'équipe de France en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026, le Paraguay ne possède pas le talent offensif des Bleus. Mais cette sélection, fidèle à son histoire, reste une équipe dure à manoeuvrer, capable de faire durer les matchs et de frustrer des adversaires supérieurs sur le papier.

Le Paraguay n'est pas l'équipe la plus séduisante de cette Coupe du monde. Ce n'est même probablement pas l'adversaire le plus talentueux croisé par l'équipe de France depuis le début du tournoi. Mais à ce stade de la compétition, ce n'est pas forcément ce qui compte le plus.

Tombeuse de l'Allemagne aux tirs au but en 16es de finale après avoir longtemps subi, l'Albirroja a rappelé une chose simple : elle sait souffrir. Et elle sait surtout entraîner ses adversaires dans des matchs qui ne ressemblent jamais vraiment à ceux qu'ils espéraient jouer.

Une culture de la résistance

Historiquement, le Paraguay a rarement été associé au football champagne. Son identité repose davantage sur la défense, l'impact, la patience et cette capacité à rendre les rencontres interminables. La France le sait mieux que beaucoup : en 1998, les Bleus avaient dû attendre le but en or de Laurent Blanc pour écarter la génération Chilavert en huitièmes de finale. Quatre ans plus tard, l'Allemagne avait elle aussi souffert jusqu'aux dernières minutes pour s'en sortir grâce à Oliver Neuville. En 2010, le Paraguay avait poussé le Japon dans un 0-0 irrespirable, un de ces matchs fermés jusqu'à l'asphyxie où chaque minute semble éloigner un peu plus le football du plaisir.

Le quart de finale contre l'Espagne, quelques jours plus tard, avait résumé à lui seul la nature de cette équipe. Le futur champion du monde avait tremblé sur un penalty manqué par Oscar Cardozo, avant de rater à son tour une occasion en or dans la foulée, puis de finir par s'en sortir sur un but de David Villa après un improbable jeu de billard avec les poteaux. Même lorsqu'il ne gagne pas, le Paraguay donne souvent l'impression qu'il faut forcer le destin pour s'en débarrasser. Ce Paraguay 2026 n'est pas une copie parfaite de ces anciennes équipes, mais il garde cette même idée avec du duel, du sacrifice, des efforts sans ballon, et une vraie acceptation de la souffrance.

Un parcours qui résume tout

Son tournoi montre d'ailleurs assez bien cette double réalité. Surpris d'entrée par les États-Unis (1-4), dans le contexte particulier d'un match contre l'un des pays hôtes, le Paraguay aurait pu exploser. Il a surtout resserré les boulons. Derrière, la victoire contre la Turquie (1-0) a replacé l'Albirroja dans son registre naturel avec peu d'espaces, peu de cadeaux, un match serré et la sensation que chaque but vaut une montagne. Le nul contre l'Australie (0-0), sans être glorieux, a ensuite confirmé cette capacité à faire durer les choses jusqu'à obtenir ce dont elle a besoin.

Le succès contre l'Allemagne a prolongé cette logique. Le Paraguay a plié, parfois énormément, mais sans jamais rompre. Il a laissé le ballon, accepté de défendre longtemps, puis attendu que le match s'étire jusqu'à une zone où le favori commence à douter. C'est là que cette équipe devient dangereuse, non pas parce qu'elle domine, mais parce qu'elle survit. Elle n'a pas la culture de titre de l'Uruguay, ni ses grands attaquants passés ou récents, mais elle partage avec son voisin une forme de dureté sud-américaine. Pas forcément pour faire rêver, mais plutôt pour empêcher l'autre de dérouler son football.

Le piège du temps qui passe

Pour la France, le rapport de force reste évidemment favorable. Les Bleus disposent d'une puissance offensive très supérieure, avec Mbappé, Olise, Dembélé, Barcola et une profondeur de banc capable de changer le scénario d'un match. Si l'équipe de Didier Deschamps joue à son niveau et marque tôt, le Paraguay peut rapidement se retrouver sans véritable plan B. C'est toute la limite de cette sélection : elle sait résister, ralentir, fermer les espaces et repousser les vagues, mais elle n'a pas forcément les armes pour courir après le score face à une équipe aussi forte.

La question sera donc moins de savoir si le Paraguay est plus fort que la France que de savoir combien de temps il pourra rester en vie. Plus les minutes passeront sans but français, plus le match deviendra inconfortable, avec des duels, des fautes, des temps morts, une tension grandissante et le souvenir de l'Allemagne incapable de faire sauter le verrou. Le Paraguay n'est pas un épouvantail. Mais c'est une serrure pénible à forcer. Et contre ce genre d'adversaire, le danger ne vient pas toujours de ce qu'il crée. Il vient surtout de ce qu'il empêche.

La France doit-t-elle se méfier du Paraguay ? N'hésitez pas à réagir et à débattre dans la zone «Ajouter un commentaire» ...

Par Youcef Touaitia, le 03/07/2026 à 10h52
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