Plus de 120 sélections, 38 buts, 49 passes décisives, et une place parmi les plus grands joueurs de l'histoire de la Belgique. Le bilan international de Kevin De Bruyne ne présente rien d'anodin. Pourtant, au moment de retracer son parcours avec les Diables Rouges, aucun tournoi ne s'impose immédiatement. Le milieu de Naples a accumulé les actions décisives et quelques soirées remarquables, sans jamais transformer ses performances en une épopée portant véritablement son nom.
Des moments, mais jamais son tournoi
Le huitième de finale contre les États-Unis en 2014, avec un but et une passe décisive, reste une belle performance. Son entrée contre le Danemark avait également renversé un match mal engagé lors de l'Euro 2021. Et personne n'a oublié sa frappe contre le Brésil en quarts de finale du Mondial 2018. Mais même ce soir-là, probablement le plus marquant de sa carrière internationale, Eden Hazard avait davantage crevé l'écran, tandis que Romelu Lukaku avait martyrisé la défense brésilienne par sa puissance. De Bruyne fut un acteur majeur de la plus belle campagne belge, mais jamais le personnage principal.
La comparaison avec Hazard est forcément cruelle. L'ancien Lillois a connu une fin internationale difficile, avec un Mondial 2022 de trop, mais la Russie restera son territoire. Sa personnalité, ses dribbles, son brassard et son influence ont donné un visage à cette troisième place historique. De Bruyne possède une carrière en club largement supérieure et peut prétendre à une place parmi les plus grands joueurs de l'histoire de la Premier League. Avec la Belgique, en revanche, le contraste est saisissant. Il laisse une compilation d'actions brillantes, pas une compétition que l'on peut immédiatement associer à son nom.
Une sortie terriblement neutre
La Coupe du monde 2026 devait éventuellement lui offrir une dernière occasion de combler ce vide. Elle aura surtout résumé son étrange rapport à la sélection. Titulaire au début du tournoi, le meneur de jeu a progressivement perdu sa place, jusqu'à rester sur le banc lors du large succès contre les États-Unis, sans doute la prestation la plus aboutie des Diables Rouges. Déjà privé du brassard au profit de Youri Tielemans depuis septembre 2025, l'ancien Citizen ne l'a récupéré contre l'Espagne qu'en raison du forfait de son partenaire lors de l'échauffement. Des choix qui ne constituaient pas nécessairement des sanctions, mais qui traduisaient un déclassement difficile à imaginer pour un joueur de cette stature.
Face à la Roja, De Bruyne n'a pas davantage réussi à imposer son empreinte avant de quitter le terrain sur blessure. Une fin presque anonyme pour un footballeur qui aura si souvent semblé habiter les matchs de Manchester City, mais beaucoup moins ceux de la Belgique. Son visage fermé ou son langage corporel ne permettent évidemment pas de juger son attachement aux Diables. Ils ont néanmoins renforcé cette impression de distance, comme s'il remplissait sa fonction sans jamais totalement posséder son rôle. De Bruyne aura beaucoup apporté à sa sélection. Mais pour un talent aussi immense, le constat demeure troublant : il aura rempli les statistiques sans vraiment remplir la mémoire.
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