Pour la première fois depuis l'été 2012, l'avenir de Didier Deschamps ne paraît écrit nulle part. Son départ des Bleus était annoncé depuis dix-huit mois, mais aucun banc ne semble l'attendre au lendemain du Mondial. Une pause paraît logique après un règne aussi long, mais elle ne règle pourtant pas la question essentielle. À 57 ans, le double champion du monde veut continuer, sans exclure officiellement un club ou une autre sélection. Encore faut-il qu'une destination cohérente existe.
Un retour presque à contre-sens
La trajectoire habituelle mène plutôt des clubs vers les sélections. Après vingt ou trente années passées à supporter le rythme des championnats, des mercatos et des Coupes d'Europe, les entraîneurs terminent souvent leur parcours avec une équipe nationale. José Mourinho assume d'ailleurs cette logique en répétant qu'il aimerait achever sa carrière comme sélectionneur. Deschamps tenterait exactement le chemin inverse. Il n'a plus dirigé un club depuis son départ de Marseille en 2012. Depuis, son métier a reposé sur des rassemblements courts, la préparation de tournois, la gestion de joueurs déjà formés et la maîtrise des rencontres à élimination directe. Retrouver un banc au quotidien signifierait recommencer à travailler des circuits de jeu chaque semaine, gérer une cinquantaine de matchs par saison, participer à plusieurs mercatos et entretenir l'adhésion d'un vestiaire pendant dix mois. Deux professions qui portent le même nom sans pour autant demander les mêmes qualités.
Les grands retours réussis après une sélection existent, mais les comparaisons résistent difficilement. Luis Enrique s'est réinstallé au plus haut niveau avec le Paris Saint-Germain, seulement six mois après son départ de la Roja et après un passage relativement court dans le football international. Telê Santana a construit l'immense São Paulo du début des années 1990 après avoir dirigé le Brésil, mais dans un contexte et une époque totalement différents. Guus Hiddink et Louis van Gaal ont constamment navigué entre clubs et sélections sans jamais s'éloigner durablement du travail quotidien. À l'inverse, Joachim Löw n'a toujours pas repris de banc plusieurs années après la fin de son long règne de quinze années avec l'Allemagne. Vicente del Bosque a pris sa retraite, tandis que Fernando Santos a enchaîné les expériences courtes et décevantes. Des sélectionneurs sont donc parvenus à rebondir. Mais les techniciens restés plus d'une décennie loin des clubs avant de reconstruire une grande carrière durable au sommet européen sont presque introuvables.
Un destin à la Joachim Löw... ou Luis Enrique ?
Tout à re-prouver
Deschamps ne revient évidemment pas sans références. Avant les Bleus, le Basque avait conduit Monaco en finale de la Ligue des Champions, ramené la Juventus en Serie A après le Calciopoli et offert à Marseille son premier titre de champion depuis dix-huit ans. Personne ne peut sérieusement prétendre qu'il ignore le fonctionnement d'un club. Le problème est que ces réussites appartiennent à une époque désormais très lointaine. Lors de son dernier match avec l'OM, Pep Guardiola venait à peine de quitter Barcelone et le PSG sous pavillon qatari achevait sa première saison. En quatorze ans, le métier s'est transformé autour des directions sportives, de l'analyse de données, du développement individuel et de modèles de jeu toujours plus identifiables. Un club qui recruterait Deschamps aujourd'hui ne choisirait pas véritablement l'entraîneur de Monaco ou de Marseille. Il miserait sur la capacité d'un sélectionneur extrêmement expérimenté à redevenir quotidiennement un entraîneur de club.
Son image peut également compliquer son retour. Luis Enrique ou Telê Santana proposaient une philosophie immédiatement reconnaissable. Avec eux, une direction achetait autant un entraîneur qu'une idée de football. Deschamps vend davantage son autorité, sa gestion humaine, son adaptation à l'adversaire et sa capacité à conduire un groupe dans les grands rendez-vous. Des qualités considérables, mais moins simples à présenter comme le socle d'un projet de plusieurs années. Sa régularité avec la France a été exceptionnelle : quart de finale du Mondial 2014, finale de l'Euro 2016, titre mondial en 2018, finale du Mondial 2022, puis deux nouveaux derniers carrés en 2024 et 2026. Mais il n'a remporté qu'une de ses sept compétitions majeures, deux en ajoutant la Ligue des Nations. Lorsqu'un entraîneur sacrifie régulièrement le contenu au nom du résultat, la défaite laisse forcément moins de traces. Le succès de l'Espagne de Luis de la Fuente, capable de gagner en proposant davantage avec le ballon, a encore fragilisé l'idée selon laquelle le pragmatisme français constituait le prix obligatoire de la victoire.
Le rêve brisé de la Ligue des Champions 2004 avec Monaco
Le banc introuvable ?
Une autre sélection représenterait théoriquement la transition la plus simple, mais aucune destination ne paraît naturelle. En Europe, Deschamps semble indissociable de l'équipe de France, dont il a été le capitaine champion du monde avant de la diriger pendant quatorze ans. Les autres grandes nations possèdent leur propre culture et des techniciens davantage liés à leur histoire, tandis qu'une sélection de second rang pourrait difficilement correspondre à son statut. Les possibilités ne paraissent pas plus évidentes ailleurs. Le Maroc possède son projet, les environnements algérien, tunisien ou égyptien seraient particulièrement exposés et aucune sélection subsaharienne n'entretient de lien suffisamment fort avec son parcours. Un poste en Asie ou en Amérique ressemblerait davantage à une opération de prestige qu'à une suite naturelle. Quant au Golfe, il pourrait lui offrir un immense contrat, sans réellement répondre à la question de son retour au sommet sportif. Deschamps ne ferme pas la porte aux sélections, mais on peine à trouver celle qu'il aurait réellement envie d'ouvrir.
Du côté des clubs, la Juventus demeure la piste qui raconte la plus belle histoire. Deschamps y a gagné la Ligue des Champions comme joueur, s'est construit dans le football italien et a accepté de reprendre l'équipe en Serie B en 2006. Il l'a immédiatement ramenée parmi l'élite avant de partir sur un désaccord avec sa direction, sans avoir pu mener la reconstruction au plus haut niveau. Son pragmatisme, son autorité et sa culture du résultat pourraient encore correspondre à l'identité turinoise. Mais Luciano Spalletti vient d'être reconduit et Deschamps ne peut évidemment pas construire son avenir sur l'échec hypothétique d'un confrère avant même le début de la saison. Cette porte fermée résume son problème : il est trop prestigieux pour recommencer modestement, mais les géants européens peuvent lui préférer des entraîneurs plus récents et porteurs d'un projet de jeu plus lisible. Zinedine Zidane a pu attendre plusieurs années parce qu'un fauteuil lui était réservé chez les Bleus. Deschamps, lui, ne possède plus cette destination évidente. Une année sans travailler ressemblera à un repos mérité. Plusieurs années pourraient enclencher une trajectoire à la Löw, avec une retraite jamais annoncée mais progressivement imposée par le temps. Son prochain défi ne sera peut-être pas de réussir son retour. Ce sera d'abord de trouver où revenir.
Une histoire inachevée avec la Juventus
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