Il y a encore quelques années, le nom de Sabah ne disait pratiquement rien en dehors de l'Azerbaïdjan. Cela va changer. Mardi, le club de Masazir, dans l'agglomération de Bakou, a renversé l'Hapoël Beer-Sheva (5-2 ap, 6-4 sur l'ensemble des deux matchs) pour décrocher la première qualification de son histoire en Ligue des Champions. Seul Qarabag avait jusqu'ici représenté l'Azerbaïdjan dans la compétition. Une arrivée chez les grands presque irréelle pour une institution qui fêtera seulement son neuvième anniversaire le 8 septembre.
Promu après une 5e place en D2
L'histoire commence en 2017 et déjà avec une petite anomalie. Créé quelques jours après le début de la saison, Sabah dispute directement la deuxième division et termine… 5e. Pas vraiment le profil d'un promu. Mais plusieurs équipes mieux classées ne remplissent pas les conditions nécessaires pour évoluer dans l'élite et le nouveau venu, lui, satisfait aux critères de licence de la Fédération. Le voilà donc propulsé en Premier League dès 2018. Son premier match se termine même par une victoire contre Keshla grâce à l'ancien international ukrainien Marko Devic. Après quelques années d'apprentissage, la progression s'accélère. Cinquième en 2021 puis 2022, Sabah termine 2e en 2023 et décroche la première qualification européenne de son histoire. Parmi les hommes forts de cette montée en puissance se trouve déjà Joy-Lance Mickels, meilleur buteur du club deux saisons de suite.
Et Sabah va très vite montrer un goût prononcé pour les aventures européennes invraisemblables. Pour sa première campagne en 2023, le club élimine le RFS avec deux victoires puis domine le Partizan Belgrade (2-0) à domicile, avant de perdre sur le même score en Serbie et de sortir aux tirs au but. Un an plus tard, le curseur monte encore. Sabah écrase le Maccabi Haifa (3-0) à l'extérieur, semble avoir fait le plus difficile puis réussit presque l'impossible au retour en encaissant six buts à domicile. Battus 6-3 après prolongation et rejoints à 6-6 sur l'ensemble des deux matchs, les Azerbaïdjanais trouvent encore le moyen de passer aux tirs au but. Quelques mois plus tard arrive enfin le premier trophée. En finale de la Coupe d'Azerbaïdjan contre Qarabag, Sabah mène, manque un penalty, se retrouve mené 2-1 après un but contre son camp, égalise par Kaheem Parris à la 90e+5 puis arrache le titre grâce à Tellur Mutallimov… à la 120e. Pour ouvrir son palmarès, le club n'aurait visiblement pas pu choisir une manière normale.
Mickels voulait déjà repartir après deux semaines
Le parcours de Mickels résume assez bien cette histoire. Ancien grand espoir de Mönchengladbach, l'ailier avait progressivement disparu des radars avant de recevoir une proposition de Sabah en 2021. Installé dans un hôtel, sans appartement et incapable de réellement communiquer puisque très peu de personnes parlent anglais autour de lui, l'international rwandais envisage de repartir après seulement deux semaines. Il reste finalement, devient un cadre, part un an en Arabie Saoudite puis revient en 2024. Deux ans plus tard, le voilà champion d'Azerbaïdjan. Car après sa première Coupe, Sabah ne s'est pas arrêté. Sous Valdas Dambrauskas, les Hiboux décrochent le championnat 2025-2026 quatre journées avant la fin et conservent également leur Coupe en renversant Zira (2-1) en finale grâce à Orphe Mbina et, évidemment, Mickels. Premier championnat, deuxième Coupe consécutive et premier doublé pour un club encore sans trophée douze mois auparavant.
Ce titre ouvre les portes de la Ligue des Champions et Sabah les défonce dès sa première tentative. The New Saints (2-0, 2-1) puis KuPS (1-0, 2-0) sont écartés, avant qu'Aarhus, vainqueur 2-1 au Danemark, ne soit balayé 4-0 au retour. Même scénario en barrage contre Beer-Sheva. Battu 2-1 à l'aller, Sabah concède encore l'ouverture du score au retour. Christian Nwachukwu égalise, mais Guy Mizrahi redonne deux buts à l'Hapoël sur l'ensemble des deux matchs. Umarali Rakhmonaliev entretient l'espoir, puis Mutallimov, déjà héros du premier trophée du club, arrache la prolongation à la 90e+4. Beer-Sheva craque ensuite avec deux expulsions, Mbina place Sabah devant et Mickels, à qui l'on expliquait cinq ans plus tôt que partir en Azerbaïdjan pouvait tuer sa carrière, inscrit le dernier but. Huit matchs, six victoires, quatre tours franchis et une première Ligue des Champions. En azéri, «Sabah» signifie «demain» . Neuf ans après sa création, demain est arrivé beaucoup plus vite que prévu.
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