Luka Modric aurait pu partir sans regrets, après avoir disputé sa cinquième Coupe du monde, mais il ne l'a pas fait. À 41 ans, le milieu de la Croatie a choisi de poursuivre son histoire en sélection, au risque d'altérer un statut d'icône que personne n'aurait osé remettre en cause. C'est tout le paradoxe de son choix : sa légende n'a plus besoin d'être embellie, mais elle peut encore être ternie.
Les sorties de Messi et Ronaldo, les antipodes des légendes
Deuxième de la Coupe du monde en 2018, troisième en 2022, joueur le plus capé de son pays (205 sélections), et troisième joueur le plus utilisé de l'histoire sur la scène internationale derrière Cristiano Ronaldo (234) et Lionel Messi (207), Modric a déjà installé son nom dans la légende du football de sélection. Il pouvait donc décider de refermer le chapitre croate avec cette image de capitaine ayant porté une petite nation jusqu'aux sommets. Le milieu de l'AC Milan ne l'a pas fait, à ses risques et périls. Le rapprochement avec Messi et Ronaldo s'impose inéluctablement.
L'Argentin va jouer mercredi un jubilé qui refermera symboliquement son vécu international, au sommet de son art après un Mondial 2026 magistral. Il a su s'arrêter à temps, laissant derrière lui une empreinte triomphale, étayée par son titre de champion du monde en 2022. Le Portugais offre, lui, le contre-exemple. À force de vouloir pousser le bouchon trop loin, il a vu sa fin d'histoire avec la sélection se tendre, jusqu'à son départ soudain du rassemblement mercredi, dans un climat qui ne correspond pas à la grandeur de son parcours. Deux trajectoires qui rappellent que l'enjeu, pour les légendes, est de savoir quand s'arrêter.
La honte de sa carrière à 41 ans
Joueur, Modric prend donc le risque de continuer, et de laisser quelques mauvaises soirées parler à la place de vingt années de réussites. L'humiliation subie contre l'Angleterre (0-7), samedi en Ligue des Nations, en est déjà un avertissement. Le capitaine croate ne s'est pas caché : «Cela fait 20 ans que je suis en sélection, mais c'est la première fois que je ressens de la honte après un match. (...) Perdre comme ça et gâcher la réputation bâtie au fil des années est inacceptable. J'ai vraiment honte. On ne peut pas jouer au football comme ça. On avait l'impression d'avoir quatre ou cinq joueurs en moins. (…) Aujourd'hui on aurait même perdu contre une équipe de troisième division», a-t-il fustigé.
Le changement de sélectionneur aurait pourtant pu constituer une porte de sortie naturelle. Zlatko Dalic parti après un brillant mandat de neuf ans, le revenant Slaven Bilic de nouveau aux commandes : tous les ingrédients étaient réunis pour refermer le chapitre. Bilic, lui, assume au contraire l'admiration. «Nous pouvons seulement avoir de la fierté de vivre dans la même ère. Nous avons le privilège de le voir en action, de le voir jouer de cette manière, surtout à 41 ans. C'est incroyable. Il est unique», s'est-il enthousiasmé. Partons tout de même du principe que si Modric a tout contrôlé pendant sa carrière, ce n'est pas le tempo de sa sortie qu'il va rater.
Luka Modric a-t-il raison de poursuivre l'aventure avec la Croatie ? N'hésitez pas à réagir et débattre dans la zone «Ajouter un commentaire» ...