La Ligue des Champions en bonus
Alors que l'écart avait culminé à huit points entre les Monégasques et leur premier poursuivant, déjà Lyon, au terme de la 20ème journée, l'ASM a vu fondre son avance et ne compte plus que deux petits points d'écart avec le double Champion de France en titre. En cause, une série de résultats indignes du début de saison des joueurs de la Principauté. Leur parcours depuis la belle victoire sur Lyon (3-0) a été assez médiocre : un moyenne de 1,625 points par match (3 victoires, 4 nuls et une défaite) alors que Lyon se promène à la cadence infernale de 2,375. Inquiétant, surtout quand on se souvient que ce sont déjà ces mêmes Lyonnais qui ont arraché la victoire finale d'un souffle à Ludovic Giuly et sa bande l'an passé. Le PSG semble pour le moment encore tenu à distance respectable, mais du fait de son rythme actuel il faudra s'en méfier jusqu'au bout. La course au titre devrait se jouer exclusivement entre ces trois formations à qui la Ligue des Champions semble désormais promise. Le prochain match permettra déjà d'y voir plus clair, avec la réception de Sochaux samedi. Après avoir bien résisté sur la pelouse auxerroise (0-0), c'est un nouvel adversaire de haut de tableau qui défie «l'équipe à battre» de cette édition 2003-2004. Toujours au niveau national, on peut signaler que l'aventure en Coupe de France a pris fin mercredi sur un revers contre Châteauroux (1-0). A décharge, la CdF n'était pas l'objectif prioritaire et Didier Deschamps en avait profité pour faire tourner ses troupes. Il reconnaissait après la rencontre que les Castelroussins avaient manifesté «beaucoup plus d'envie.» Les Monégasques vont maintenant pouvoir se consacrer pleinement au Championnat et à l'Europe.
La satisfaction évidente de cette fin d'hiver est bien sûr la qualification pour les quarts de finale de la Ligue des Champions. L'ASM a bien géré sa double confrontation face au Lokomotiv Moscou (1-2, 1-0). Certes le club russe n'est pas à classer dans le gotha du football européen, mais on n'arrive pas par hasard en huitièmes de finale de la compétition continentale reine. Cette qualification donne l'occasion aux joueurs de Didier Deschamps d'affronter la dream team du Real Madrid. Même si une qualification sera bien difficile à aller chercher face aux Galacticos que sont les Zidane, Raùl et autres Beckham et Roberto Carlos, les pensionnaires du Stade Louis II peuvent rêver à un nouvel exploit, après le retentissant 8-3 passé à La Corogne. L'entraîneur Didier Deschamps ne se fait pas trop d'illusions : «on rencontre la meilleure équipe possible, celle qui a dominé l'Europe ces dernières années, on n'aura rien à perdre. Sur le papier, il n'y a pas photo. Il faudra une grosse part de chance.» De son côté, le président du club semble satisfait d'être arrivé à ce stade et pense désormais plus au plaisir, à l'image d'un petit club qui souhaiterait tomber sur une L1 en Coupe de France : «c'est une très, très grande fierté de rencontrer des joueurs extraordinaires et un club mythique. On ne pouvait pas avoir mieux.» Le match aller sera disputé le mercredi 24 mars au stade Santiago Bernabeu et le retour le mardi 6 avril.
ASM-OL, un match en dix rounds
Le club semble donc en posture délicate en championnat, pourtant, tous les éléments ne sont pas négatifs. Le calendrier semble un atout pour la conquête d'un titre qui semblait promis au milieu de l'hiver. Le programme de fin de saison n'apparaît pourtant pas facile puisque en plus de Sochaux, l'ASM doit affronter d'autres équipes de haut de tableau : Marseille, Bordeaux ou encore Nantes et Nice. Dans le même temps, les Lyonnais auront eux un agenda encore plus chargé, avec des affrontements face à Marseille, Bordeaux, Paris, Nantes ou Nice. Léger avantage donc à l'actuel leader sur ce plan. De plus, on ajoutera le retour de captain' Giuly qui revient de blessure après avoir enflammé le début de championnat. Reste à savoir dans quels délais il pourra retrouver la forme qui avait fait de lui le meilleur joueur du début de saison. A contrario, les éléments qui laissent penser que Monaco risque de «craquer» dans la dernière ligne droite sont la traditionnelle remontée lyonnaise, qui ne semble pas se faire à l'idée de lâcher sa couronne, et les performances moyennes de ces dernières semaines malgré un léger mieux. Ce dernier élément s'explique par la fatigue qui s'accumule avec l'enchaînement des compétitions (L1, CdF, LdC) et un effectif plutôt réduit. De leur côté, même encore engagés en Champion's League, les Gones disposent d'un banc bien fourni qui pourrait leur permettre de faire la différence au finish. L'issue de cette édition 2003/2004 reste donc très incertaine. Une seule chose est sûre, les Monégasques devront trouver les ressources nécessaires pour s'offrir ce titre, puisqu'on peut prédire que les Lyonnais vont encore mener un train d'enfer jusqu'au bout.
Sur le plan individuel et tactique, la baisse de régime est à mettre non seulement sur le compte de la fatigue mais aussi d'une baisse de régime dans la création du jeu. Giuly n'est pas là et cela se voit, Rothen a lui aussi payé le contrecoup d'un début de saison plein. Par contre, au niveau des satisfactions, la défense tient toujours le choc (19 buts encaissés seulement, le plus petit total de L1). Individuellement, on citera Givet, qui a par exemple très bien muselé Cissé lors de la rencontre face à l'AJA. Mention spéciale aussi à Patrice Evra, qui s'impose comme un sérieux candidat à l'Equipe de France, par ses prestations remarquables côté gauche. Il présente une solution d'avenir, en vue de suppléer le prochain départ de Bixente Lizarazu. A signaler que le retour de Nonda a été repoussé au début de saison prochaine, afin d'éviter tout risque, alors qu'il aurait pu éventuellement prendre part à la fin de saison. Les solutions de rechange multiples ont permis ce choix de la sécurité. En effet, Deschamps peut compter sur Adebayor, Morientes ou encore Prso à ce poste. Pour résumer, il manque en fait le grain de folie qui rendait l'équipe irrésistible durant la première moitié de l'exercice. Il pourrait revenir avec un enchaînement de deux ou trois bons résultats et avec le retour de Giuly qui voudra prouver à Jacques Santini qu'il peut toujours lui faire confiance malgré sa blessure.
Le joueur : Fernando Morientes
Après une acclimatation un peu délicate, Fernando Morientes donne désormais la pleine mesure de son talent. Lassé de cirer le banc au Real, dans l'ombre de Ronaldo et de Raùl, l'attaquant de 27 ans a voulu tenter l'aventure à l'ASM. Au fil des matchs il est plus à l'aise à la pointe de l'attaque monégasque et impressionne par quelques buts remarquables et notamment un jeu de tête assez extraordinaire, comme il l'a démontré en Coupe de France face à Lyon (4-1). A l'occasion de cette rencontre il avait inscrit son premier triplé en France. Le club risque d'avoir du mal à s'attacher ses services en fin de saison du fait de ses difficultés financières mais il aura assuré de belle manière l'intervalle avec Nonda. Curieusement, alors qu'il était titulaire en Equipe d'Espagne alors qu'il n'était que remplaçant au Real, il a perdu sa place en jouant régulièrement à Monaco…
La stat : 24
C'est le nombre de journées de championnat après lesquelles le club de la Principauté a occupé la tête du classement, sur un total de 28. Les quatre exceptions se situent en tout début de saison, ce qui prouve la marge que Monaco a su se faire et qui lui a permis de résister (pour l'instant) au retour des poursuivants malgré une baisse de régime. Cependant, méfiance, puisque chacun connaît l'adage selon lequel «dominer n'est pas gagner.»
La décla : Dado Prso
En ratant un penalty à 0-0 au match retour face au Lokomotiv, le Croate a bien cru éliminer son équipe. On ne l'y reprendra plus : «Je ne me présenterai plus jamais au point de penalty. C'était horrible. Ensuite, je n'étais plus dans le match. Je voulais me tuer si nous avions été éliminés à cause de moi. Si je n'avais pas marqué plus tard pour laver ma honte, je crois que je ne me serais jamais pardonné.» Ces paroles témoignent aussi d'un bel état d'esprit collectif au sein du club.
Il reste dix journées de championnat à Monaco pour obtenir un huitième titre de champion. Pour cela il faudra faire face à des Lyonnais conquérant. L'ASM aura aussi droit à sa tranche de rêve, avec la Ligue des Champions et sa double confrontation face au Real Madrid.