le 11/11/2009 à 09h31

Enke, l'Allemagne sous le choc

Robert Enke s'est suicidé. En se jetant sous un train, le gardien d'Hanovre et de la Nationalmannschaft plonge un pays féru de football dans la tristesse et la consternation. Retour sur cet épilogue tragique d'une carrière hachée et riche en coups durs.

Il avait 32 ans. Son corps a été retrouvé mardi en début de soirée, à un passage à niveau, écrasé par un train : la mort de Robert Enke, gardien d'Hanovre et de l'équipe nationale allemande, plonge tout un pays dans la tristesse et dans la consternation. L'heure est encore au recueillement. Le Bild, plus gros tirage quotidien de la presse d'outre-Rhin, présente d'ailleurs une photo de supporters du Hanovre 96 recueillis dans la nuit autour de bougies pour saluer la mémoire de leur portier, né à Iena (ex-RDA) en 1977. Il sera bien temps, plus tard, de comprendre le pourquoi d'un tel geste. Car, dès les premières heures suivant la découverte du corps, le suicide ne faisait aucun doute, recevant la confirmation de la police et celle de Jörg Neblung, ami et conseiller du joueur, cité par l'agence sportive allemande SID.

Comme le résume Die Welt, quotidien allemand de référence, «Enke était bien placé dans l'optique de devenir gardien numéro un de la Nationalmannschaft à moins d'un an de la Coupe du monde… Mais il avait traversé au cours de sa carrière bien des moments difficiles» . Sur les terrains comme en dehors de ceux-ci. Doublure de Jens Lehmann durant l'Euro 2008, Robert Enke pouvait depuis goûter à une place de titulaire régulier dans les buts de l'équipe nationale, quand une tenace infection intestinale enraya cette progression, lors des mois de septembre et d'octobre derniers. Durant ce laps de temps, Enke avait vu son rival en équipe nationale René Adler (Bayer Leverkusen) saisir sa chance.

Un passage au Barça

«Ça a duré un sacré temps, presque le quart de la saison. Mais dès que j'ai repris je me suis senti bien» , avait pourtant déclaré Enke à la fin du mois dernier, ainsi que le rappelle le Frankfurter Allgemeine Zeitung. La raison de son geste irréparable est peut-être à chercher ailleurs, dans des tragédies plus intimes vécues au cours d'une carrière longtemps hachée voire chaotique, commencée au Borussia Mönchengladbach (1996-1999), poursuivie au Benfica Lisbonne (1999-2002) et stabilisée depuis 2004 à Hanovre, après des passages difficiles par le FC Barcelone et Fenerbahçe, où les Blaugrana le prêtèrent. En mai dernier, le joueur et sa compagne avaient adopté une petite fille de huit mois, trois ans après avoir perdu leur fille de deux ans, victime d'une maladie de coeur.

Les réactions officielles ne se sont pas fait attendre. «Nous sommes sous le choc. Je ne sais pas quoi dire» , a déclaré le manageur de la sélection nationale, Oliver Bierhoff. Le président du club de Hanovre, Martin Kind, s'est également déclaré consterné. «C'était un accident. C'est une catastrophe absolue. J'arrive à peine à le comprendre» , a-t-il déclaré. Quant à Franz Beckenbauer, le footballeur allemand le plus célèbre fait part de sa «tristesse infinie» dans les colonnes du Bild. L'entraîneur de la Nationalmannschaft, Joachim Löw, et Bierhoff ont informé les joueurs de l'équipe de la mort d'Enke dès mardi soir. Hier soir, une minute de silence a été observée en l'hommage de Robert Enke avant la rencontre de Coupe d'Espagne entre le Barça, son ancien club, et le Cultural Leonesa. Quant à la rencontre amicale Allemagne-Chili prévue samedi, on ignore encore si elle aura bien lieu.

Par Patrick Juillard, le 11/11/2009 à 09h31
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