
Lorsque le 2 février dernier, des «supporters» de Catane déchargent leur haine et leur frustration après la défaite de leur équipe face à l'ennemi juré palermitain (1-2), ils sont loin de s'imaginer qu'ils vont s'auto-pénaliser. Et par la même occasion pénaliser leur club. Leur seule préoccupation sur le moment est de «casser du flic» à défaut de pouvoir en découdre avec les ultras de Palerme. Le meurtre du jeune policier Filippo Raciti, âgé de 38 ans, va changer le cours de l'histoire, et va notamment permettre une prise de conscience de la violence qui gangrène le football italien depuis une décennie.
Suspension du terrain
La sanction, tombée hier, est sans équivoque : le stade Angelo Massimino sera suspendu jusqu'au 30 juin prochain. La Lega Calcio (la ligue de football italienne) a décidé de frapper un grand coup afin que ce drame ne se reproduise jamais et que cette suspension serve d'exemple. «La responsabilité du club pour les actes de violence de ses supporters ne fait aucun doute (…) Ils laisseront une marque indélébile dans les mémoires et la conscience collective» a ainsi déclaré le juge sportif Gianpaolo Tosel, apparemment satisfait de la rapidité de la procédure.
Une première en Italie
Cette décision est en effet la première du genre en Italie. Dans ce pays où l'on a toujours minimisé les actes de hooliganisme, les actes violents devenaient coutumes ces derniers temps (jet d'un scooter dans les travées de San Siro, actes racistes…) alors que la Lega Calcio ne faisait rien pour l'endiguer. «À croire qu'il attend qu'il y ait un mort pour enfin réagir» , se demandaient même des policiers, écoeurés de l'inertie totale du ministre de l'intérieur italien de l'époque Daniele Pisanu. Ils avaient vu juste. Il aura fallu la mort de ce policier le 2 février dernier pour que l'on commence à bouger, tout comme il a fallu attendre celle de Julien Quemener pour faire la chasse aux hooligans à Paris. La volonté ne semble pas être une vertu gouvernementale…