

Avec Jean-Louis Gasset, Laurent Blanc a changé l'orientation tactique des Girondins. Irrésistiblement porté vers l'offensive sur le carré vert (aucun autre club de Ligue 1 ne se produit avec cinq joueurs offensifs, quatre au minimum !), le Cévénol ne l'est pas moins dans les joutes verbales. L'ancien défenseur central est le premier attaquant des Marine et Blanc. Ses prises de position tranchent avec le discours prudent, de coutume à Bordeaux. Le calendrier démoniaque, l'attitude ostentatoire de la FFF contre la candidature de Didier Deschamps à la succession de Raymond Domenech, les sanctions envisagées par les politiques pour les joueurs sélectionnés en équipe de France et qui ne chanteraient pas La Marseillaise, le comité de visionnage, la fin de la trêve… Tout y passe.
L. Blanc – «ça m'énerve»
Blanc n'est jamais le dernier à monter au créneau pour donner son point de vue sans concession sur l'organisation du football ou ses dirigeants les plus éminents. Franc du collier, l'ancien international français est récemment sorti de sa boite pour contester la suspension de deux matchs de son meilleur joueur du moment, Souleymane Diawara, après visionnage de la vidéo du match contre Nantes par le comité créé à cet effet et mis en place en cours de saison. «Il faut savoir si l'on se sert de la vidéo ou si l'on ne s'en sert pas. Dans l'arbitrage on n'en veut pas. Par contre, on l'utilise pour les sanctions que l'on veut enlever ou ajouter» , s'est-il indigné. «Si l'on commence à juger des fautes qui n'ont été pas sanctionnées par les arbitres, les membres du comité de visionnage vont rester enfermés sept jours sur sept pour regarder tous les matches. C'est anormal et ça m'énerve !»
A l'heure où les entraîneurs sont trop souvent polis et dociles, rompus à la langue de bois, Blanc s'est aussi insurgé contre la possibilité de voir la trêve hivernale supprimée pour étaler le calendrier. «Je m'étonne que la Ligue ait pu trouver une unanimité dans son projet. Tout le monde voudrait que la trêve soit plus longue. S'il faut tout accepter de la part des gens qui servent d'autres intérêts que purement footballistiques, je ne resterai pas longtemps dans ce métier» . Même les politiques en prennent pour leur grade. «Les députés, en ces temps de crise, n'ont-ils pas d'autres sujet de préoccupation ? C'est triste» , a-t-il adressé à Jean-Claude Guibal, le député à l'origine de la proposition «tolérance zéro» pour les internationaux français qui ne chantent pas l'hymne national.
Bordeaux sous le feu des projecteurs
Sous l'impulsion de Blanc, le club a changé son fusil d'épaule. Terminé le temps de l'autruche. La méthode fonctionne, au point que les dirigeants lui emboitent désormais le pas. Le buteur en or contre le Paraguay fait des vagues et des émules. Mais n'est-ce pas aussi pour cela que M6 l'a embauché, pour redonner aux Girondins un statut de club médiatique et médiatisé ? Porté par ce nouvel élan, l'actionnaire principal du club lui-même, M6, par le biais du président de son directoire Nicolas de Tavernost, ne cache plus sa volonté de ravir le titre de champion de France à l'Olympique Lyonnais. Une première depuis la reprise du club il y a dix ans, alors que la prudence, voire la frilosité, a toujours été de mise.