Tout vient à point à qui sait attendre. Massimiliano Allegri, lui, a longtemps attendu. Pendant des années, l'entraîneur italien a façonné, corrigé, insisté, parfois râlé, souvent espéré.
Aujourd'hui, il a enfin le sentiment d'avoir sous les yeux ce qu'il recherchait depuis si longtemps avec Adrien Rabiot (30 ans) : un milieu total, dominant, constant et décisif. Une version aboutie, assumée, pleinement exploitée.
Un joueur longtemps rêvé
À Turin, le technicien transalpin n'a jamais cessé d'exiger davantage de l'international français. Plus de présence dans la surface, plus de buts, plus d'impact offensif. Les rappels à l'ordre ont été très nombreux, parfois sévères, souvent publics. «Il doit marquer 10 ou 12 buts par saison» , répétait le tacticien passé chez la Vieille Dame, frustré par un joueur qu'il jugeait complet... mais inachevé. L'ancien Parisien progressait, par à-coups, sans jamais coller totalement à ce modèle de milieu total que son entraîneur avait en tête pour tutoyer les sommets.
La fin de leur aventure commune avec les Bianconeri a laissé un goût d'inachevé. Rabiot avait fini par hausser le curseur – 16 buts sur les deux dernières saisons, contre 6 sur les trois premières –, à gagner en verticalité et en influence, tandis qu'Allegri, de plus en plus convaincu, le défendait avec constance face aux critiques. Mais le contexte sportif instable, les contraintes économiques et l'incertitude autour de l'avenir du club empêchaient d'aller au bout de l'idée. Le fantasme tactique existait, les bases étaient posées, mais l'oeuvre restait incomplète.
Milan, terrain d'aboutissement
À Milan, Allegri a choisi de ne plus contraindre Rabiot, mais de l'installer dans un rôle taillé sur mesure dans une équipe en quête d'un leader dans l'entrejeu. Mezzala libre côté gauche, responsabilités à la relance, appels dans la surface et pressing axial : le Bleu n'est plus bridé, bien aidé par l'inestimable apport de Luka Modric. Résultat, un joueur plus vertical, plus décisif, et surtout plus constant. À Bologne (0-3), mardi, cette évolution a sauté aux yeux, confirmant une montée en puissance amorcée depuis plusieurs semaines avec une passe décisive et un nouveau joli but.
Après la démonstration de force en Émilie-Romagne, Allegri n'a pas masqué sa satisfaction. «Oui, c'est la meilleure version de Rabiot» , a affirmé le Toscan, saluant un joueur arrivé à un niveau de maturité et de constance rarement atteint jusque-là dans sa carrière. Le discours a définitivement basculé : il n'est plus question de potentiel, mais d'accomplissement. Et dans la course au Scudetto, l'AC Milan s'appuie désormais sur un Rabiot – 4 buts et 5 passes décisives cette saison – devenu la matérialisation exacte du fantasme qu'Allegri nourrissait depuis des années.
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