À Marseille, rien ni personne n'est épargné, encore moins un coach qui donne le sentiment de vouloir tout expliquer. Au Vélodrome, il faut gagner vite, rassurer plus vite encore, et éviter de nourrir l'idée qu'on parle mieux qu'on ne dirige. C'est précisément ce qui colle aujourd'hui à la peau d'Habib Beye.
Une ascension brûlée par l'ambition ?
Le fond du débat réside sans doute dans cette ascension éclair. Au Red Star, Beye avait construit quelque chose de tangible : une montée en Ligue 2 et une identité de jeu. Mais dès l'été 2024, l'ancien défenseur s'était placé dans une logique de projection accélérée. Son refus de certains projets intermédiaires et son ambition affichée pour la Ligue 1 dessinaient déjà le portrait d'un entraîneur pressé de valider son statut de «crack» . Le problème, c'est qu'entre le National et un club aussi exposé que l'OM, il y a des paliers que l'on ne peut pas simplement ignorer.
Son premier rebond à Rennes n'a d'ailleurs rien eu d'une confirmation éclatante. S'il y a eu des circonstances défavorables et des tensions internes, son bilan comptable y est resté trop fragile pour installer l'idée d'une évidence tactique. Et pourtant, le voilà propulsé à Marseille quelques semaines plus tard. Le contraste est aujourd'hui cruel : au moment de son départ, Rennes comptait 31 points contre 40 pour l'OM. Aujourd'hui, le club breton est passé devant (53 contre 52). Difficile de ne pas y voir le signe d'un entraîneur qui a brûlé les étapes au moment même où il pensait accélérer sa carrière.
Le verbe contre le vestiaire
Ce qui durcit encore plus son cas, c'est que la critique dépasse désormais les seuls résultats. Beye traîne cette image de technicien «donneur de leçons» , très sûr de sa lecture du jeu. En France, ce profil passe très rarement, et encore moins à Marseille, où l'on tolère mieux la tension que la démonstration magistrale. Tant que les victoires suivent, ce verbe est une force. Quand l'équipe se délite comme au Moustoir, il devient un fardeau. Les attaques sur son ton professoral racontent surtout une défiance croissante envers la distance qu'il crée avec son environnement.
Plus inquiétant encore, ce décalage semble désormais toucher le coeur du projet : le vestiaire. Selon La Provence, une grande partie du groupe ne supporterait déjà plus son entraîneur, signe d'un climat qui rappelle étrangement les crispations aperçues à Rennes. Bien sûr, les joueurs portent leur part de responsabilité, mais dans un sprint final où l'OM joue sa qualification en Ligue des Champions, le club avait besoin d'une solution claire. Pour l'instant, Beye ressemble surtout à un problème de plus. À force de vouloir apparaître comme celui qui sait, il se retrouve condamné à prouver, plus vite que tous les autres, qu'il est capable de faire.
Habib Beye peut-il redresser la barre à Marseille ? N'hésitez pas à réagir et débattre dans la zone «Ajouter un commentaire» ...