
Le Racing Club de Strasbourg a montré cette saison tous les ingrédients pour passer d'un rêve européen à une cruelle descente aux enfers. Pendant trois mois, les hommes d'Antoine Kombouré ont produit un jeu offensif et chatoyant, tout ce dont rêvait La Meinau depuis des années. Sous la houlette du flamboyant duo Ljuboja-Niang, le Racing se posait comme un outsider dangereux. Mais à partir d'une victoire en forme d'apothéose face à Marseille (4-1, 10e journée, le 17 octobre 2003), le club alsacien a progressivement sombré dans les profondeurs du classement, passant de la 6e à la 12e place de Ligue 1 entre la 10e et la 16e journée. Incapables de retrouver ce qui avait fait leur force durant ces premiers mois de la saison, les partenaires de Corentin Martins ont terminé 2003-2004 à la 13e place, comme l'an passé, alors qu'il remontaient parmi l'élite.
Du rêve au cauchemar
En début de saison, Strasbourg ne demandait qu'à progresser tranquillement et à continuer sa mue. Avec l'arrivée d'Antoine Kombouaré, formé à l'école nantaise, à la tête de l'équipe première, le public alsacien était au moins sûr d'avoir plus d'occasions de s'enflammer que sous l'ère Ivan Hasek, adepte du jeu défensif. Et on ne croyait pas si bien dire, puisque les joueurs strasbourgeois réalisent un début de parcours passionnant, occupant la 5e place du classement après la 6e journée (10 points, 3 victoires, un nul et une défaite). Un seul revers net est à signaler, celui concédé à Sochaux (0-3), mais qui annonçait peut-être ce qui allait se passer plus tard. Mamadou Niang avait d'ailleurs tiré la sonnette d'alarme après la rencontre : «3-0, c'est encore gentil. On a complètement loupé notre match. On est complètement passé à côté de notre sujet. Même une équipe de CFA aurait pu nous marquer des buts aussi facilement. Moi, les attaquants et les défenseurs, nous n'avons pas été bons. Nous avons pris beaucoup trop de risques.» Jusqu'au soir de la 10e journée, les Bleus produisent néanmoins un jeu offensif, séduisant, et comblent leurs quelques manques défensifs par une attaque flamboyante : 16 buts inscrits, dont 11 par la paire Niang-Ljuboja (6 réalisations pour le premier, 5 pour le second). Strasbourg séduit, et inflige même une correction mémorable à Marseille : 4-1, Ljuboja se permettant au passage de manquer un penalty. Cette victoire écrasante place le RCS à la 6e place du classement, mais marque aussi la fin du rêve alsacien.
Car entre la victoire obtenue face à l'OM (17 octobre, 10e journée) et celle face à Bastia (4-2, 6 décembre, 17e journée), près de deux mois se sont écoulés, plongeant le club dans la crise. Et ce n'est pourtant que le premier passage à vide des Alsaciens, qui ne gagneront que trois fois en 2004, face au Mans (3-0, 23e journée), à Lille (1-0, 33e journée) et à Montpellier (2-1, 37e journée). Ce dernier succès assurait d'ailleurs le maintien à Strasbourg, incapable de retrouver le fond de jeu lui ayant permis de réjouire l'exigeant public de La Meinau. Marseille (0-4, 28e journée) et Rennes (0-3 à domicile, 30e journée) se sont même permis d'humilier les hommes d'Antoine Kombouaré. 2004 restera donc une année noire pour le Racing, qui a perdu pendant l'hiver quatre de ses meilleurs joueurs : Ljuboja, parti au PSG, ainsi que Corentin Martins, Mamadou Niang et Cédric Kanté, irréprochables durant la première partie de saison, mais blessés et indisponibles de longs mois. Mais la série de 6 matchs sans défaite (1 seul but encaissé, 2 victoires et 4 nuls 0-0) produite en fin de saison laisse peut-être présager un nouveau départ en août.
Une attaque compétitive...
La principale satisfaction strasbourgeoise de la saison restera évidemment le début de parcours des Alsaciens. L'arrivée d'Antoine Kombouaré a semble-t-il transformé les joueurs du Racing, qui ont produit pendant 3 mois un football champagne, avec un jeu que l'on était pas habitué à voir à La Meinau. Grâce à ce jeu offensif, l'équipe de Strasbourg a pu collectivement dominer ses adversaires ... jusqu'à la 10e journée. Mais l'attaque strasbourgeoise a été assez prolifique en L1 cette saison, avec 43 buts inscrits, dont 32 lors de la première partie de saison. Autre bon point attribué au Racing, l'état d'esprit de ses joueurs. Ils n'ont jamais abandonné, même au plus profond de la crise, et n'ont sans doute pas été récompensé de tous les efforts fournis.
Du côté individuel, un élément se dégage : Ulrich Le Pen. Dans l'ombre du duo Niang-Ljuboja pendant la première partie de la saison, l'ancien Lorientais s'est montré indispensable par la suite, lorsque Ljuboja est parti et que Niang s'est blessé. Il a même terminé meilleur buteur du club avec le buteur sénégalais (9 buts chacun). Le Pen a d'ailleurs été le joueur le plus utilisé par Kombouaré cette saison, avec 36 apparitions. Derrière lui, le vice-capitaine Christian Bassila (34 matchs) a été exemplaire de combativité et de hargne, montrant souvent la voie à ses coéquipiers, qui ne l'ont que rarement suivie. Ses compères du milieu de terrain, Pontus Farnerud et Guillaume Lacour, ont eux aussi réalisé une belle saison malgré les résultats. Lacour est d'ailleurs la révélation de l'année au Racing. D'autres joueurs ont réalisé de très belles performances, mais celles-ci n'ont duré que 6 mois. On pense à Mamadou Niang, Corentin Martins, Cédric Kanté et bien sûr Danijel Ljuboja. Niang et Ljuboja ont été les fers de lance de l'équipe strasbourgeoise du début de saison, mais l'un revenu blessé de la CAN et l'autre parti régaler le Parc des Princes, ils n'ont plus eu l'occasion de porter haut les couleurs strasbourgeoises. Il en va de même pour Cédric Kanté et Corentin Martins, qui se sont blessés durant l'hiver et n'ont pu revenir qu'au printemps après un début de saison canon. Mais ces coups du sort reflètent bien la saison du Racing...
... mais une défense qui prend l'eau
La défense est en effet le gros point noir de la saison de Strasbourg, tant cette partie du jeu a été bâclée par les joueurs alsaciens. Et le bilan est lourd : 50 buts encaissés qui placent Strasbourg à la 16e place en terme d'imperméabilité. En début de saison, les carences défensives ont été dissimulées par les résultats, mais entre décembre et avril (les Alsaciens n'ayant encaissé qu'un but en mai), c'est incontestablement le système défensif qui a fait prendre l'eau au Racing. Pour preuve, le RCS a encaissé 2 buts ou plus à 16 reprises cette saison ! C'est beaucoup trop pour pouvoir prétendre à une place dans la première partie de tableau. Antoine Kombouaré sait donc ce qu'il doit corriger pour la saison prochaine.
Cette saison, les flops concernant les joueurs ont beaucoup touché le Racing. Car malgré les recrutements judicieux de Niang ou Farnerud, on ne peut pas dire que Marc Keller ait eu un grand flair en faisant venir en Alsace des joueurs comme Mickaël Dorsin, Richard Dutruel ou Cyril Chapuis. Dorsin, venu de Suède avec une solide réputation, n'a que très rarement satisfait dans le couloir gauche de la défense. Il était même constamment sifflé par le public strasbourgeois en fin de saison. De son côté, Richard Dutruel a été plus prêt de son niveau affiché à Alavès qu'au début de sa carrière au Barça qui lui avait valu une sélection en équipe de France. L'ancien portier du PSG a accumulé plusieurs bourdes qui ne l'ont pas aidé auprès du grand public. Celui qui rêvait de retrouver les Bleus à son arrivée en Alsace n'a pas vraiment convaincu, et risque de rester toute la saison 2004-2005 sur le flanc en raison d'une blessure au dos. Quant à Cyril Chapuis, arrivé pour pallier le départ de Ljuboja au PSG, il n'a jamais fait illusion à la pointe de l'attaque, ne marquant qu'un petit but en 9 matchs disputés sous les couleurs de Strasbourg. Le joueur prêté par Marseille s'est même offert le luxe de se faire exclure du groupe professionnel en raison de plusieurs retards aux entraînements.
Et maintenant ?
Après une saison comme celle que vient d'accomplir le Racing, le choix est simple : il faut construire une défense digne de ce nom et renforcer une attaque toujours orpheline de Danijel Ljuboja. Antoine Kombouaré a déjà fait signer un défenseur prometteur en la personne de Karim Hagui, 22 ans, stoppeur tunisien champion d'Afrique cet hiver. Cette première recrue en appelle d'autres, notamment celle d'un gardien pour remplacer Dutruel, out pour plusieurs mois, voire toute la saison prochaine. Les noms de Tony Sylva (Monaco) Rémy Vercoutre (Lyon) et Frédéric Roux (Bordeaux) ont été évoqués, ces trois portiers ne se satisfaisant plus de leur place de doublure dans leurs clubs respectifs. En attaque, Antoine Kombouaré cherche un soutien efficace à Mamadou Niang, Eric Mouloungui semblant encore trop inexpérimenté. Ainsi, des joueurs comme Daniel Cousin (Le Mans) ou Cédric Fauré (Toulouse) pourraient rallier l'Alsace. D'autre part, plusieurs contrats sont en passe d'être prolongés après celui de Kombouaré, notamment ceux d'Abdessadki, Mouloungui, Le Pen, Fahmi et Arrache.
Côté départ, Strasbourg a perdu Fabrice Ehret, en fin de contrat, parti s'exiler à Anderlecht (Belgique). Corentin Martins est lui aussi parti après l'expiration de son contrat, après 4 ans de bons et loyaux services. C'est évidemment une grosse perte pour le Racing, tant l'influence de son capitaine, âgé de 35 ans, était grande. Il ne devrait pas y avoir d'autres grands départs de Strasbourg, même si Ulrich Le Pen et Christian Bassila sont courtisés. Mais ces deux joueurs ont exprimé leur souhait de rester pour bâtir une équipe compétitive.
Pour sa deuxième saison après son retour parmi l'élite, le Racing Club de Strasbourg a donc alterné le très bon lors des trois premiers mois de la saison et le très mauvais au coeur de l'hiver, pour finalement finir 13e. Mais une équipe ne se construit pas en une saison, et le club alsacien saura sans doute remplacer Ljuboja et Martins dans le coeur de leur public. Et pourquoi pas dès l'an prochain ?