
L'entraîneur Laszlo Bölöni a travaillé avec un groupe réduit (il y a eu dix-sept départs à l'intersaison) et a parfaitement su intégrer les jeunes du centre de formation (Champion de France des réserves pros cette année). La volonté de stabiliser le groupe avait conduit le club à vouloir, avant tout, assurer le maintien dix journées avant la fin du championnat. Mission réussie. La progression affichée par l'équipe au fil des matches augure d'un avenir souriant.
De mieux en mieux
Le début de saison fut, un temps seulement, bon sur le plan comptable. De quoi faire oublier le départ catastrophique de la saison passée, pensait-on alors. Apparemment non, le mal rennais était profond. Inhibée et marquée par les résultats de la saison précédente, l'équipe n'a rien tenté durant le premier tiers du championnat. Bölöni, suivant les traces de Halilhodzic, s'obstinait alors à ne pas prendre de buts avant de vouloir en marquer. Une bien mauvaise thérapie pour un groupe en mutation. Incapables de ramener un résultat d'un déplacement, Rennes se mit tout naturellement en danger après deux matchs nuls à domicile. Vint alors le match clé : un retour inespéré au score, (2-2) contre Lille, alors que l'équipe était réduite à neuf après, notamment, l'expulsion désormais célèbre de Piquionne. La métamorphose dans le jeu, due à cet embryon de révolte, a été telle que l'équipe s'est alors métamorphosée.
Débridé, le Stade Rennais a ensuite montré un football enfin conquérant à domicile avec des phases de jeu de plus en plus brillantes. Preuve en est, la chute de Lyon (3-1), de Monaco (1-0), de Sochaux (4-0) ou de Marseille (4-3). De beaux cadeaux pour les supporters Rennais, gâchés longtemps par une incapacité à ramener une victoire de l'extérieur. La première, fin janvier à Guingamp (2-0), confirmée par deux autres succès à Strasbourg (3-0) et à Monaco (4-1), laissant au total des regrets (tout comme la défaite à Nantes en quart de finale de la Coupe de France). Car le Stade Rennais, en faisant feu de tous bois après la trêve, a terminé la saison avec la quatrième attaque de L1. La meilleure sur les matches retour, dont six rencontres avec pas moins de quatre buts marqués…
Les satisfactions
Solide en début de championnat, la défense a subi par la suite l'évolution offensive de l'équipe et a montré des signes de faiblesses, surtout pendant le mois ou Cech a été absent sur blessure. Car si le talent du gardien tchèque n'est plus à vanter, il faut quand même souligner sa progression constante vers les sommets du football européen. Son départ du Stade Rennais, dignement et joliment fêté, est déjà regretté. L'apport du Marocain Abdeslam Ouaddou, prêté par Fulham, a été indéniable avant la CAN, il a été plus en difficulté à son retour. Dans l'axe, Arribagé a tenu sa place même si les ans commencent à peser. C'est tout le contraire du jeune Faty. Il a démontré toutes ses qualités et, l'expérience venant, il devrait s'affirmer comme un titulaire indiscutable la saison prochaine. Sur les côtés, Le Lan, a fait un très bon début de saison, mais on a surtout vu Cyril Jeunechamp occuper cette place avec bonheur. Que ce soit à droite ou à gauche, sa hargne et ses montées offensives ont souvent mis l'équipe sur les bons rails. Son entente avec Monterrubio a été parfaite et l'un des points forts de la saison rennaise.
Au milieu, Etienne Didot, titulaire depuis la "révolte lilloise" , de par ses qualités techniques, a contribué à l'amélioration du jeu rennais. Comme Olivier Sorlin, de retour en grâce en fin de championnat. Mais c'est essentiellement l'arrivée, au mercato, de l'international Suédois Kim Källström qui a décomplexé les offensives rennaises. Sa puissance physique, sa vista et ses qualités de buteurs (7 buts en une demi-saison) ont apporté un plus indéniable. Cela a notamment profité à Olivier Monterrubio, le plus régulier de tous les Rennais, meilleur passeur ex æquo du championnat avec onze unités. Souvent décalé par Källström, l'ancien Nantais s'est fait un plaisir d'ajuster ses centres millimétrés pour Alexander Frei. L'international suisse, laissé à l'écart en début de saison à cause de son jeu d'avant-centre type qui ne cadrait pas avec les piètres qualités de l'équipe d'alors, a su prendre sa chance lorsque son tour est venu. Précieux de par ses appels et son placement, il a été d'une efficacité incroyable en marquant 20 buts en 28 matches, dont 23 comme titulaire, et a fini la saison avec douze buts inscrits sur les dix derniers matches !
Saluons aussi la réelle politique de formation du club avec les débuts prometteurs de tous les jeunes vainqueurs de la Gambardella 2003, Arnold M'vuemba, Yohan Gourcuff, Stéphane N'Guéma (4 buts) et Jimmy Briand (1 but). Avec eux, l'avenir rennais est engageant.
Les déceptions
En plus du faible niveau de jeu au début de saison et des productions insuffisantes à l'extérieur des joueurs ont déçu. Grégory Vignal, prêté par Liverpool, n'aura fait qu'un aller-retour et ne laissera aucune trace dans les esprits rennais. Si ce n'est celle d'un mauvais camarade. Le retour du Brésilien Sévérino Lucas n'a été, également, que passager. A Rennes, on regrettera surtout l'homme. Pour ceux qui ont fini l'année au club, Diatta est toujours aussi irrégulier et on attendait mieux de Cédric Barbosa, mais Vairelles et Piquionne restent les deux "bides" de la saison. Tony Vairelles voulait rejouer avec un entraîneur qui l'a lancé à Nancy. L'échec a été total. L'ancien Lensois ne semble plus avoir les jambes, à moins que ce soit la tête, pour passer outre ses années de compétition.
Le cas de Frédéric Piquionne a été plus épineux. Divisant les supporters, Piquionne est capable du meilleur (buts superbes et chevauchées fantastiques) comme du pire (un jeu très confus et non collectif). A l'orée de cette saison, à l'écoute de ses dires : «Je veux marquer quinze buts et je songe à l'équipe de France» , on pouvait s'attendre au meilleur... On a eu le pire. Cinq buts, une expulsion due à son altercation avec un supporter et des performances nettement insuffisantes. L'esprit tourné vers d'autres préoccupations, voire d'autres clubs, il gâche son potentiel. Attention à la «jurisprudence Cyril Chapuis» qui le guette désormais !
Quel visage pour la prochaine saison ?
Le Stade Rennais a vendu chèrement Petr Cech à Chelsea. Son successeur devrait être l'international suédois Andreas Isaksson même si l'affaire semble traîner. En défense, Arribagé pourrait rejoindre Toulouse, son club de coeur, car il est temps pour lui et le club de passer à autre chose. Tout comme Diatta, libre, qui s'en irait à Bordeaux ou en Angleterre. Ouaddou, prêté par Fulham, pourrait bien prolonger son bail rennais. En remplacement des partants, deux défenseurs brésiliens, Maicon, arrière droit de Cruzeiro, et Adailton, arrière central de Vitoria (capitaine des Champions du monde de –20 ans), sont prêts à s'engager. Au milieu, il ne devrait y avoir guère de changements. En attaque, Vairelles est libre tandis que Piquionne veut partir. Rennes est exigeant. Du tarif dépendra la qualité de son remplaçant. Monterrubio est demandé, mais sa belle saison et sa superbe entente avec Jeunechamp et Frei ne devrait laisser aucun doute aux dirigeants rennais : il est décemment intransférable. Si c'est le cas, l'attaque rennaise n'a aucune raison de s'essouffler la saison prochaine. Restera à ne pas se tromper dans la qualité des apports défensifs pour que la saison à venir soit réellement prometteuse.
Le stade de la Route-de-Lorient, fort de ses 31000 places, inauguré en août prochain, doit être «un futur chaudron pour ses adversaires» , selon le président rennais Emmanuel Cueff. Pour cela, rien de tel que quelques bons ingrédients afin de déguster. Les envies resteront cependant mesurées au vu des dépenses envisagées (un budget non augmenté). Effet d'annonce ou réalité ? Alléché par cette belle fin de saison, l'appétit venant, Rennes va-t-il poursuivre son régime ou s'inviter à la table des ogres ? Un commencement de réponse sera déjà donné au regard du mercato. En attendant, et selon la politique du club, les jeunes pousses ont les dents longues…