
Retrouvez chaque jour une nouvelle édition du Journal des Bleus. Aujourd'hui, un retour avec des analyses individuelles des joueurs lors de France - Grèce.
Barthez : comme pendant tout le tournoi, il a été solide, décisif dans ses arrêts (notamment à la 14ème minute lorsque, après un cafouillage dans la surface, il prend le ballon sur la ligne, évitant de quelques centimètres le but grec). Comme pendant tout le tournoi, il n'a eu pas grand-chose à faire et doit aller chercher un de ses premiers ballons au fond des filets. Encore une fois, il ne peut rien sur un but venu après une nouvelle erreur défensive. A quoi sert d'avoir un des meilleurs gardiens du monde si la défense devant lui est loin de son niveau ?
Gallas : défensivement, son match a été correct, mais il se retrouve seul au marquage de deux joueurs sur le but grec. Offensivement, comme depuis deux matches, il marque le pas, préférant se borner à sa tâche défensive. Cause physique (il revient de blessure) ou tactique, son manque d'ambition offensive a une nouvelle fois fait pencher l'équipe à gauche, seul Lizarazu se hasardant à monter.
Thuram : son expérience, sa force et son talent font de lui le pilier d'une défense qui avait encore un nouveau visage. Son impact physique a fait la différence en première mi-temps. Il est même monté à l'attaque où il s'est montré, toutefois, moins performant qu'en défense. En fin de match, assumant son statut d' «ancien» , de cadre de l'équipe, il a tenté un dernier débordement à droite de l'attaque adressant un bon centre pour Lizarazu, sans succès (90+1).
Silvestre : sa performance contre la Grèce a été dans la continuité de toutes les autres. On frémit dès qu'il touche la balle… En première mi-temps, il a semblé plus serein et plus solide que lors des matches précédents. Seul point noir de cette première période, une faute d'attention sur un dégagement de Barthez qu'il n'a pas vu et qu'un joueur grec aurait pu intercepter. Mais en deuxième mi-temps, il commet une nouvelle fois l'irréparable. Monté en couverture pour suppléer Lizarazu trompé par Zagorakis, il laisse Gallas seul en défense centrale. Malheureusement pour l'équipe de France, il n'attaque pas vraiment le joueur grec qui centre tranquillement vers Charisteas, seul au point de penalty…puisque Silvestre avait déserté son poste (65ème). Espérons pour Manchester United qu'il retrouvera un meilleur niveau de jeu…
Lizarazu : s'il n'a pas tout réussi, il aura au moins eu le mérite de se battre et ce fût l'un des seuls de l'équipe de France. Défensivement, il a eu la rage et offensivement il a accéléré à de nombreuses reprises sur son côté gauche. Mais il a eu du mal à trouver ses attaquants. Auteur d'une superbe accélération à la 57ème minute, il élimine trois défenseurs et tente de donner vers Trézéguet, sans succès. En fin de match, alors que ses coéquipiers semblent avoir baissé les bras, il tente une dernière incursion dans la surface de réparation grecque où il reprend de volée un centre de Thuram. Sa balle est contrée par un défenseur, au grand dam des Bleus. Irréprochable durant presque tout le match, il est toutefois «coupable» sur le but grec, Zagorakis réussissant à se «débarrasser» de lui.
Pirès : il a tenté quelques percées mais a été beaucoup moins percutant que contre la Suisse ou l'Angleterre. Finalement, on l'a peu vu, il n'a pas vraiment pesé sur le milieu de terrain adverse et n'a pas réussi à créer beaucoup de situations dangereuses en attaque. Il est remplacé par Rothen (79ème) qui n'aura pas le temps de démontrer grand-chose.
Dacourt : il n'a pas l'impact physique de Vieira et est loin de le remplacer, que ce soit dans l'animation du jeu ou la récupération. Il fait un match correct mais sans relief. A mettre toutefois à son actif, un bon ballon pour Pirès qui ne donne rien (69ème). Il est remplacé par Wiltord (72ème) qui a touché peu de ballons.
Makelele : ossature du milieu de terrain en première mi-temps. Il apporte de la densité dans un secteur orphelin de Patrick Vieira (qui a d'ailleurs beaucoup manqué) en récupérant beaucoup de ballon. Sa deuxième mi-temps et en particulier la fin de son match ne sont pas du même acabit. Accumulant mauvaises passes, pertes de ballons et mauvaises relances, il a donc eu du mal à servir les attaquants.
Zidane : on attendait la Révélation, l'arrivée du Messie. Il n'est pas venu. Au sein d'une équipe sans envie et sans talent, il aurait dû être un niveau au-dessus. Mais cette fois il n'y a pas eu de miracle, même Zidane n'a pas été bon. Peut-être atteint physiquement après une saison harassante, il n'a pas pu sauver l'équipe de France du naufrage. Il a perdu beaucoup de ballons, raté quelques gestes techniques et de nombreuses passes. Autre problème posé dans ce match : son placement. Certes, jacques Santini l'a laissé se placer à sa guise, mais cette liberté a certainement nuit à l'équipe dans la mesure où il devenait difficile à trouver et à suivre. Un match à oublier, comme une saison où il n'aura rien gagné, que ce soit en club ou en équipe nationale.
Henry : on pensait que ses deux buts contre la Suisse l'avaient libéré. Ce ne fût pas le cas. Il a pourtant tenté tout au long du match mais s'est retrouvé encore une fois muselé dans une défense grecque bien en place. Le meilleur buteur d'Angleterre à qui tout réussissait il y a peu a vu toutes ses tentatives échouer (notamment sur deux belles têtes qui frôlent les poteaux grecs, aux 25ème et 87ème minutes). Dommage.
Trézéguet : comment celui qu'on surnomme «Trézégoal» a-t-il pu réaliser un Euro aussi pauvre ? Que ce soit contre les trois adversaires du premier tour ou contre la Grèce, on ne l'a pas vu. Encore une fois, il ne pèse pas sur les défenses et n'arrive pas à se mettre en bonne position pour tirer, partant souvent un temps en retard. Sevré de ballons, à la pointe d'une équipe désorganisée qui a donc du mal à le mettre dans une bonne situation et pris au piège dans une défense bien en place, il est resté muet encore ce soir. Jacques Santini ne l'a remplacé par Louis Saha qu'à la 72ème. On regrette que le sélectionneur n'ait pas eu l'audace de le faire rentrer plus tôt tant son jeu en percussion s'apparentant plus à celui de Thierry Henry aurait été plus bénéfique que celui de Trézéguet.
Sans réaliser un match héroïque, les Grecs ont su jouer leur jeu, rester bien en place et piéger l'équipe de France au moment où celle-ci dominait. Loin de la prestation qu'ils avaient offert face au Portugal, les Grecs sont apparus comme une équipe bien organisée, occupant toute la largeur du terrain. Bien regroupés en défense, quadrillant le jeu, les Hellènes ont attendu les Français, procédant en contre. Les Grecs n'ont pas prodigué le jeu qu'on attend d'un demi-finaliste d'un Championnat d'Europe des Nations mais cela a suffi contre des Bleus qui ont encore franchi un cap dans la médiocrité du jeu proposé. Le match se résume ainsi : l'équipe la mieux organisée, la plus sereine a gagné. Les Grecs, sur le papier, ne faisaient pas le poids. Sur le terrain, n'ayant rien à perdre, ils ont joué leur jeu, profitant des faiblesses de l'Equipe de France. Leur motivation et leur sérieux les ont propulsés en demi-finale de l'Euro, mais gageons qu'il faudra démontrer plus pour espérer, pourquoi pas, continuer à créer la surprise.
Quelle consolation pour les Bleus ? Avoir perdu mais après un match âprement disputé ? Non. Loin de là, les Français ont semblé apathiques, n'ayant pas la réaction de champions après le but encaissé. Au terme d'un Euro sans saveur, une nouvelle page se tourne. L'équipe qui était née après la défaite face aux Bulgares en 1993 en éliminatoires de la Coupe du Monde a sans doute vécu ses derniers instants à Lisbonne, sur une défaite. De nombreux cadres (Desailly, peut-être Lizarazu) vont partir, le sélectionneur l'était déjà. L'équipe de France devra pourtant rebondir, trouver une nouvelle motivation et se poser des questions sur les échecs de 2002 et 2004 pour reconstruire une équipe performante.