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le 04/07/2004 à 23h39

Les nouveaux Dieux sont grecs !

Les nouveaux Dieux sont grecs !
La surprise du siècle ! La Grèce, inconnue jusque là sur le plan international, devient championne d'Europe des Nations après sa victoire face au pays organisateur, le Portugal (1-0). Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce succès est mérité tant l'envie, la solidarité et la solidité de l'équipe grecque ont fait merveille pendant un mois.

Les données de la rencontre

Marquer l'histoire. Pour cette finale inédite et historique, les données étaient simples : tout donner pour offrir à son pays le premier titre de son histoire. Au Portugal, tout un peuple attendait ça. Depuis la désillusion du match d'ouverture (1-2 face à ... la Grèce), les joueurs lusitaniens ont su monter en puissance pour faire chavirer de bonheur les 10 millions d'habitants du Portugal. D'autant que certains joueurs (Figo, Rui Costa, Fernando Couto) allaient tirer leur révérence après ce match. Manuel Rui Costa, le seul à l'avoir révélé officiellement, voulait terminer son parcours international en beauté : « Je vais faire mes adieux après la partie la plus importante de ma carrière : ce sera très émouvant car ce sera mon dernier match pour le Portugal. Et en plus, ce sera la finale de l'Euro. Mais ce qui compte le plus n'est pas de savoir si c'est mon dernier match ou celui d'un autre joueur. Le plus important, c'est la finale. Car ce sera un moment historique pour le Portugal. » Mais avant de soulever la Coupe Henri Delaunay, il fallait passer l'obstacle grec, sur lequel les Portugais s'étaient cassé les dents un mois auparavant. « J'ai beaucoup de respect pour ce que la Grèce a fait et montré jusqu'ici, déclarait Luiz Felipe Scolari, le sélectionneur portugais. Elle a fait une campagne éliminatoire fantastique, son parcours jusqu'ici est très significatif. Surtout, la Grèce est un exemple, pour toutes les équipes, de la suprématie du collectif sur les individualités. Mais mon seul souci, c'est de marquer l'histoire avec le Portugal. Il faudra se surpasser et rester concentrés à chaque instant. On sait que ce sera très difficile. C'est du 50-50. » Contrairement au premier match, les Portugais abordaient donc ce match sans se croire supérieur à leur adversaire. Et ça pouvait tout changer à l'heure de jouer cette finale de l'Euro, la première du Portugal après trois demi-finales (Coupe du Monde 1966, Euro 1984 et 2000).

Côté grec, la pression était évidemment moins forte. La surprise de l'Euro 2004, qui a éliminé l'Espagne, la France et la République Tchèque et battu le Portugal, abordait ce match avec la sensation d'avoir déjà réussi quelque chose d'exceptionnel, mais sans oublier qu'ils avaient l'occasion de gagner le premier titre de l'histoire du football grec. Pour le sorcier allemand Otto Rehhagel, ses joueurs devaient avant tout répéter ce qui a très bien fonctionner jusque là, à savoir faire déjouer l'adversaire et le prendre en contre. « Les Portugais sont incontestablement les favoris de la finale, avouait Rehhagel. Au premier match, ils nous avaient sans doute sous-estimés et c'est pour cela que nous avions créé la surprise. Là, ils ne seront pas surpris, et ils auront 65 000 personnes derrière eux. Mais nous sommes prêts à parer à toutes les éventualités, à trouver la réponse à tous les scénarii. Nous essayerons de faire du mieux possible. La seule chose que je puisse garantir à tous nos supporters, c'est que les joueurs feront le maximum pour être à la hauteur de l'événement. Ils sont extrêmement motivés et ils n'auront rien à perdre. Je leur ai dit que c'était une occasion unique de prendre du plaisir mais aussi de se faire remarquer. » Et de marquer l'histoire évidemment, de la même manière que l'avaient fait les Danois en 1992, invités de dernière minute et qui avaient franchi tous les obstacles pour remporter le championnat d'Europe.

Les meilleurs moments

- Les Portugais mettent d'entrée la pression sur les grecs pour éviter le scénario du premier match (but de Karagounis à la 7e minute). Et la première occasion intervient au quart d'heure de jeu, avec un débordement de Miguel, qui rentre dans la surface et tire au but. Sa frappe croisée est détournée par Nikopolidis, qui s'est bien détendu (14').

- A l'entrée de la surface portugaise, Katsouranis dévie le ballon pour Charisteas, qui se heurte à la sortie autoritaire de Ricardo (16').

- Les équipes se rendent coup pour coup, puisqu'à peine le ballon dégagé par Ricardo, Pauleta se retrouve à 16m côté gauche, frappe mais Nikopolidis est toujours présent pour capter le ballon (17').

- A la suite d'un corner mal dégagé par les Grecs, Maniche se retrouve seul à moins de 25m des buts adverse, dans une position qu'il affectionne particulièrement. Mais sa frappe passe à côté des buts (24').

- Au retour des vestiaires, la situation est similaire à celles rencontrées par les Grecs face aux Français et aux Tchèques. Le score est de 0-0 et les Grecs défendent très intelligemment et inquiètent par moments l'équipe adverse.

- Et le piège grec fonctionne une nouvelle fois parfaitement. 10 minutes après la reprise, l'équipe hellène obtient un corner côté droit. Charisteas, au premier poteau, devance Costinha et la sortie de Ricardo. Le ballon est au fond, les Grecs sont en route pour l'impossible exploit (0-1, 57').

- Les Portugais entament alors leur poussée désespérée face au bloc adverse. Et ils trouvent des positions de tir multiples, par Cristiano Ronaldo, Luis Figo ou encore Rui Costa. Mais les Grecs sont solides et tiennent toujours le coup.

- Mais à un quart d'heure de la fin, des espaces se créent dans leur défense, et Maniche peut ouvrir dans la surface pour Cristiano Ronaldo, tout seul face à Nikopolidis à 6m des buts côté gauche. Mais au lieu de faire trembler les filets, il envoie le ballon dans les nuages de Lisbonne.

- A la 85e minute, un supporter peu intelligent du FC Barcelone entre sur le terrain, avant de jeter son drapeau du Barça sur Luis Figo (ancien capitaine catalan) avant de se jeter dans les filets de Nikopolidis.

- Les Portugais ne semblent plus vraiment y croire. Néanmoins, Luis Figo se retrouve bien placé dans la surface et frappe du gauche. Le ballon rase le montant et passe à côté. La réussite a choisi son camp, la Grèce est championne d'Europe !

La performance des Portugais

Comme l'Espagne, comme la France, comme la République Tchèque et comme le Portugal lui même, les Lusitaniens sont tombés face au mur grec dimanche. Pourtant, leurs qualités collectives ont réussi à quelques occasions à déstabiliser la défense adverse, mais la réussite les a fuit, et leur attaque, si provocante jusque là avec Figo et Ronaldo, n'a pas pu rendre fou Seitaridis et Fyssas. Leur milieu de terrain n'a pas, quant à lui, apporté assez de soutien et d'inspiration pour parvenir à faire ce que leur attaque n'a pas réalisé. La défense portugaise n'a commis qu'une erreur, et face à Charisteas, cela n'a pas pardonné. Hormis cela, elle a été solide, et n'a pas été souvent en danger. Mais en fin de match, les Portugais ont semblé craquer moralement, ce qui constitue un gros point noir.

Si bon et si rassembleur lors des tours précédents, Luis Figo n'a pas pu cette fois-ci donner le souffle nécessaire à son équipe pour revenir au score. Et lorsque ses coéquipiers l'ont vu lâcher mentalement à un quart d'heure de la fin, ils ont suivi. Les autres joueurs ne sont pas vraiment sorti du lot, hormis Cristiano Ronaldo et Rui Costa. Le jeune prodige s'est déplacé à tout va tout au long du match, mais il a pêché par manque d'expérience, notamment lorsqu'il est seul face à Nikopolidis à la 75e. Quant à Rui Costa, son entrée a donné un second souffle à son équipe, grâce à sa qualité de meneur de jeu. Il a su mettre du mouvement, ce que Deco n'a pas fait. Autre petite déception, celle de Maniche, qu'on a moins vu qu'à son habitude. Comme toute l'équipe portugaise.

La performance des Grecs

Que dire de plus que ce qui a été dit lors des matchs précédents ? L'équipe grecque a comme d'habitude été solide, solidaire et opportuniste. Une défense de fer, un milieu travailleur, une attaque réaliste, et surtout une équipe qui joue ensemble en toute circonstance, voilà le secret des joueurs d'Otto Rehhagel. Ils sont très solides, font le pressing tous en même temps, et savent garder le ballon en attaque. Et cela marche, puisqu'ils sont champions d'Europe.

Même si les Grecs ont gagné non pas à 11 mais comme un seul homme, on peut dire que Traianos Dellas a été impressionnant. Toujours présent dans les airs, le libero grec a aussi réalisé des interventions de grande classe. Ses compères Kapsis, Fyssas et Seitaridis n'ont pas été en reste, loin de là, contribuant parfaitement au bloc défensif grec. On peut aussi souligné la performance de Charisteas, qui, malgré un jeu porté sur la défense de son équipe, a su pesé sur les Portugais et a marqué sur sa seule occasion de but. Pour le reste, comme toujours, c'est le bloc équipe qui a fait la différence dimanche soir et permis aux Grecs de s'imposer.

Il y a un mois, on nous aurait parlé de la Grèce championne d'Europe, 99,9% d'entre nous auraient rigolé doucement. Mais force est de constater que cette équipe hellène a tellement surpassé ses adversaires sur le plan de la solidarité et de la solidité défensive qu'elle mérite ce titre, le premier de son histoire. Mais cette victoire pose quand même de grandes questions sur les grandes nations, qui, après la Coupe du Monde 2002, ont encore déçu. Il y a sans doute des choses à changer. Mais pour l'instant, savourons ce vent de fraîcheur qui vient de Grèce...


Portugal 0-1 Grèce (0-0)
Stade de la Luz, Lisbonne, 65 000 spectateurs
Arbitre : M. Merk (ALL)
But : Charisteas (57’)
Avertissements : Costinha (10’), Nuno Valente (93’) pour le Portugal ; Basinas (45’), Seitaridis (62‘), Fyssas (66‘), Papadopoulos (84’) pour la Grèce

Portugal : Ricardo - Miguel (Paulo Ferreira 41‘), Ricardo Carvalho, Jorge Andrade, Nuno Valente - Costinha (Rui Costa 59‘), Maniche - Figo, Deco, Cristiano Ronaldo - Pauleta (Nuno Gomes 72’)
Pays-Bas : Nikopolidis - Seitaridis, Dellas, Kapsis, Fyssas - Zagorakis, Katsouranis, Basinas - Charisteas, Vryzas (Papadopoulos 84‘), Giannakopoulos (Venetidis 75’)

Par Cédric Chapuis, le 04/07/2004 à 23h39


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