
D'importants problèmes d'argent plombent l'avant saison
Les années 90 ont été celles du football-business et de l'argent-roi : avec l'explosion des droits télés et l'ouverture du marché des transferts, suite à l'arrêt Bosman, les clubs ont dilapidé des sommes astronomiques pour l'achat de joueurs et leur rémunération. Cette époque est désormais révolue : la machine s'est enrayée et nombre d'équipes se trouvent aujourd'hui confrontées à un déficit abyssal. Les années 2000 seront celles de la sobriété économique, comme en témoignent le coût des transferts, qui a fondu comme neige au soleil, et celui des salaires, en pleine stagnation. Toute l'Europe est touchée mais avec 224 millions de dettes, la Roma fait figure de plus mauvais élève derrière le Barça, incontestable bonnet d'âne (230 millions de dettes). Conséquence, le dernier vice-champion d'Italie doit vendre ses meilleurs joueurs et n'est même plus capable de payer le montant des transferts qu'elle effectue. L'Argentin Walter Samuel (pour 25 millions d'euros, une bouffée d'oxygène), le Français Jonathan Zebina et le Brésilien Emerson, trois cadres de l'équipe, ont rejoint le Real Madrid pour le premier et la Juventus pour les deux autres.
Mais c'est l'affaire Méxès qui a le plus fait parler d'elle. Il y a, concernant le marché des transferts, une loi selon laquelle un joueur de moins de 28 ans peut rompre le contrat qui le lie à son club au bout de trois ans, moyennant une indemnité. Le jeune défenseur international, considérant que la date butoir prenait fin cet été, a rejoint le club italien au début de l'été pour 4,5 millions d'euros. L'AJA, qui espérait récupérer une manne d'argent supérieure, affirme que le délai avait pris effet fin 2002, lorsque le joueur avait prolongé son bail auxerrois, et non en 2001, lors de son premier contrat pro. Ainsi, le joueur de 22 ans devait encore un an et demi de contrat à son club, à moins que la Roma ne paie les 18 millions d'euros demandés par Auxerre. L'affaire a été portée devant la FIFA et le Tribunal Arbitral du Sport. Le 31 août dernier, jour de la clôture du marché des transferts, le verdict est tombé : Méxès est bien Romain, mais il sera suspendu six semaines ; le joueur a fait appel. Surtout, l'AJA sera indemnisée. Reste à connaître le montant que l'AS Roma devra verser aux Bourguignons.
Les problèmes s'accumulent…
D'autres mauvaises surprises fort malvenues ont contrarié le début de saison des coéquipiers de Francesco Totti. Il y a d'abord le départ de Cesare Prandelli, successeur de Fabio Capello, parti à la Juve, et ancien entraîneur de Parme, avec qui il avait démontré sa capacité à construire une équipe malgré un budget limité. Le 31 août dernier, il démissionne de ses fonctions pour assister sa femme, gravement malade. A douze jours de la première journée du Calcio, le président romain Franco Sensi confie les rênes de l'effectif pro à Rudi Völler, ancien joueur des rouges et jaunes et fraîchement débarqué de la sélection allemande, éliminée au premier tour de l'Euro portugais. Le technicien allemand n'a pas participé à la préparation d'avant saison, si cruciale pour l'évolution d'une équipe, et dispose d'un effectif qu'il ne connaît pas, et dont il n'a pas choisi les recrues. Pourtant, il ne tarde pas à trancher dans le vif : après son exclusion face à la Fiorentina lors de la première journée du championnat italien (match remporté 1-0), Antonio Cassano, l'une des stars de l'équipe, s'est vu privé du match de Ligue des Champions face au Dynamo Kiev par son coach. En colère, l'attaquant de la Squadra Azzura, a claqué la porte du centre d'entraînement de la Roma. L'atmosphère est plus que tendue, dans l'équipe des «Loups» ...
Dernier accroc en date, et il est de taille, la blessure de l'arbitre Anders Frisk survenu lors de cette fameuse rencontre de Coupe d'Europe face à Kiev. Le Suédois, après avoir fort justement exclu Philippe Méxès, coupable d'avoir donné un coup de pied à un joueur ukrainien, a eu le front ouvert par un briquet jeté des tribunes du Stadio Olimpico. C'est le visage en sang qu'il a rallié les vestiaires, pour ne plus en sortir : le match est arrêté, alors que Kiev menait à la marque (1-0). Les sanctions sont tombées ce mardi : en plus de perdre la rencontre face aux Ukrainiens 3-0, les deux prochaines journées de Ligue des Champions se joueront à huis clos. Une sanction plutôt clémente, quand on sait que le public romain est coutumier des débordements. Il avait même interrompu le derby face à la Lazio la saison dernière, celui-ci devant finalement être reporté de plusieurs semaines. En plus des conséquences sportives de cet épisode, l'image de la Roma en Europe risque fort d'en souffrir également.
Un avenir incertain
Le recrutement compense-t-il les départs de certains joueurs-clé ? Si Méxès se montre pour l'instant très à son avantage, sa probable suspension dans le cadre du litige qui l'oppose à Auxerre pénalisera à coup sûr une défense déjà orpheline de Walter Samuel. Au milieu, l'ancien du Chievo Verone Simone Perrotta, titulaire durant l'Euro avec l 'équipe nationale italienne, aura du mal à faire oublier l'excellent Emerson, qui a emboîté le pas de Fabio Capello pour rallier Turin. L'Egyptien Mido, recruté 7 millions d'euros à l'Olympique de Marseille, aura la difficile mission d'animer un secteur défensif dépeuplé par le départ de Carew et la mise à pied de Cassano. Encore faut-il qu'il retrouve toute sa condition physique… L'ancien parmesan Matteo Ferrari ou l'Argentin Leandro Cufre ont une belle carte à jouer mais à 24 et 26 ans, ils n'ont pas la même expérience que leurs prédécesseurs. Mais le plus gros handicap de l'équipe pourrait être le départ de son entraîneur Fabio Capello chez l'ennemi Turinois. L'ancien coach du Milan AC avait redonné aux Giallorossi leur prestige passé, lui apportant en 2001 un titre de champion d'Italie attendu depuis 18 ans. La saison 2004-2005 verra-t-elle la fin de l'ère Capello, marquée par le succès ? Les résultats de ce début de championnat ne font que renforcer ces craintes : difficiles vainqueurs (1-0) du promu florentin lors de la première journée, les Romains se sont inclinés à Messina 4 buts à 3 pour leur deuxième rencontre. Un résultat en forme de sanction pour une organisation défensive encore balbutiante. Les statistiques offensives, plutôt bonnes, reflètent moins la cohérence du système mis en place que l'extraordinaire réussite de Vincenzo Montella, auteur des quatre buts de son équipe en championnat. Lui qui débutait cette saison dans un rôle de remplaçant de luxe a su profiter des déboires de Cassano pour se rendre indispensable. En Ligue des Champions, le club de la Ville Eternelle a dû s'incliner sur tapis vert face aux Ukrainiens du Dynamo Kiev. Pour ses deux prochains matches à domicile dans cette compétition, les coéquipiers de Candela ne pourront plus compter sur le soutien de leurs supporters. La qualification pour les huitièmes de finale est désormais très compromise, dans un groupe où le Real, Leverkusen et Kiev auront tous un beau coup à jouer.
Financièrement, une crise plus grave menaçant son avenir en Serie A a été évitée par l'AS Roma, en grande partie grâce à son président Franco Sensi. Celui-ci a en effet vendu 49% de sa société pour combler le gouffre budgétaire vers lequel le club semblait dériver. Durant les prochaines saisons, il devra cependant mener une politique économique plus mesurée : moins de stars, des salaires plus raisonnables… Les résultats sportifs risquent d'en pâtir. Mais surtout, une question hante les supporters romains : leur idole Francesco Totti restera-t-elle une saison de plus dans un club aux ambitions plus modestes, alors que les sirènes du Real se font de plus en plus pressantes depuis la saison dernière ? Privés d'un tel joueur, les dirigeants romains se verrait forcés de rebâtir une équipe depuis ses fondations.
L'AS Roma apparaît affaiblie en ce début de saison, et ses finances ne sont pas encore assainies. L'affaire Méxès, le comportement déplorable des supporters en Ligue des Champions et les tensions dans l'effectif n'incitent pas à l'optimisme. Mais la Roma est une grande équipe et possède toujours de grands joueurs, capables de dissiper les doutes qui l'entourent. La Ville Eternelle pourrait ainsi justifier son surnom…