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le 17/11/2004 à 23h38

Lille, comme un grand

Après 14 journées de Ligue 1, Lille est le seul club à suivre la cadence infernale imposée par l'Olympique Lyonnais. Grâce à un effectif jeune et animé d'un très bon état d'esprit, le LOSC occupe la deuxième place de Ligue 1. En Coupe de l'UEFA, le bilan est presque aussi bon, les hommes de Claude Puel étant encore en course pour une qualification en 16èmes de finale. Quel est le secret de cette étonnante réussite ?

Sur la lancée de la saison dernière

Le parcours du LOSC la saison dernière fut un modèle d'inconstance : après une entame tonitruante, marquée par deux victoires face à Lyon pour l'ouverture du championnat (1-0) et le PSG lors de la deuxième journée (1-0 également), le club nordiste allait subitement baisser le pied et ne plus remporter le moindre succès entre la 4ème et la 16ème journée. Une série qui allait plonger Lille dans les profondeurs du classement, flirtant à de nombreuses reprises avec la zone de relégation. Claude Puel, malgré ces résultats, a tout de même conservé la confiance de ses dirigeants. Une confiance qui allait être récompensée par une nette progression de l'équipe durant les matches retour. Les Dogues récolteront 33 points en 17 journées (contre seulement 18 lors de la phase aller) et parviendront à se hisser à la 10ème place du classement, obtenant par la même occasion leur billet pour la Coupe Intertoto. C'est dans cette dynamique victorieuse de la saison passée que la réussite actuelle des coéquipiers de Philippe Brunel prend sa source. Au terme d'une deuxième partie de championnat bien maîtrisée, les Lillois ont donc gagné le droit de disputer la Coupe Intertoto. Année après année, on constate que les clubs concernés par cette compétition réalisent de très bons débuts de championnat, du fait de leur préparation précoce. Quand les autres équipes de Ligue 1 commençaient à peine à reprendre l'entraînement, Claude Puel en était déjà à peaufiner les détails de son système de jeu. Cet avantage s'est répercuté sur les performances du LOSC, bien plus en jambe que ses adversaires en ce début de saison.

A l'aube de l'exercice 2004-2005, l'équipe lilloise avait tout simplement huit mois d'avance sur ses adversaires en terme de complicité, d'état d'esprit et d'habitude collective. En effet, le Lille que nous connaissons aujourd'hui est né au mois de janvier dernier, après un mercato réussi et l'émergence de joueurs méconnus. Pourtant, cet été, Puel a perdu six joueurs essentiels, à commencer par le défenseur Eric Abidal. Courtisé par le PSG et l'OL, il a finalement rejoint Lyon, sa ville natale. La perte du nouvel international français s'ajoute aux départs conjugués du gardien de but et capitaine Grégory Wimbée, des défenseurs latéraux Stéphane Pichot et Mathieu Delpierre, du buteur bulgare Vladimir Manchev ou de l'inépuisable milieu de terrain Benoît Cheyrou. Cela fait beaucoup, mais la relève était déjà prête : Milenko Acimovic et Efstathios Tavlaridis ont signé dès dernier mercato, devenant les principaux artisans du maintien du club parmi l'élite. Des joueurs comme Matthieu Chalmé, Mathieu Bodmer ou Geoffrey Dernis ont également connu leurs premières titularisations lors des matches retour de l'exercice 2003-2004. Ils symbolisent la «nouvelle vague» lilloise aujourd'hui au pouvoir. Notons que les deux premiers ont été recrutés il y a déjà plusieurs saisons, et avec beaucoup de flair, dans des clubs de divisions inférieures comme Libourne-Saint-Seurin ou Caen. Leur intégration dans l'équipe-type du LOSC, à l'instar des joueurs formés au club que sont Makoun, Moussilou, Dernis ou Dumont, s'est donc faite dans une certaine continuité. Bâtir une équipe dans l'urgence n'a jamais été un gage de réussite… Si Claude Puel a su renouveler son effectif de l'intérieur, le club nordiste a également saisit quelques bonnes affaires dans le championnat de France ou à l'étranger, s'adjugeant les services du gardien sénégalais Tony Silva, venu de Monaco, du Serbo-Monténégrin Milivoje Vitakic, capitaine de l'Etoile Rouge de Belgrade, du Camerounais Benoît Angbwa, qui évoluait sans son pays d'origine, ou du Nigérian Peter Odemwingie, qui portait le maillot de La Louvière en Belgique.

Une équipe parfaitement équilibrée

L'effectif lillois peut se diviser en deux catégories. D'un côté, on trouve la «génération Makoun» . Le Camerounais Jean II Makoun, 21 ans, formé au club et révélé l'an dernier, fait en effet figure de pionnier : il compte déjà une saison pleine de Ligue 1 derrière lui. Dans son sillage sont apparus Matt Moussilou (22 ans), auteur de 7 buts en un demi-championnat l'an dernier, Geoffrey Dernis (23 ans), Mathieu Bodmer (tout juste 23 ans) et Matthieu Chalmé (24 ans), auteur d'un triplé retentissant face à Ajaccio lors de la 28ème journée du championnat 2003-2004. Cette saison, c'est au tour des Stéphane Dumont (22 ans, 2 buts marqués cette année), Nicolas Plestan (23 ans) ou Johan Audel (20 ans, 1 but) de faire leur trou. Ces jeunes footballeurs apportent leur insouciance et leur dynamisme au groupe de Claude Puel. Mais que feraient ces novices s'ils n'étaient entourés de joueurs plus aguerris, capables de les guider ? Philippe Brunel, du haut de ses 31 ans, foule les pelouses de Ligue 1 depuis la saison 93-94. Après le départ de Grégory Wimbée, c'est fort logiquement qu'il a hérité du brassard de capitaine. Christophe Landrin représente quant à lui l'âme du LOSC, avec lequel il a tout connu : la relégation en 97, la remontée en 2000 sous les ordres de Vahid Halilhodzic et la Ligue des Champions la saison suivante. Grégory Tafforeau, 28 ans, lillois depuis quatre ans, fait également figure d'ancien. Tony Silva, qui a disputé un quarts de finale de Coupe du Monde 2002 peut également jouer ce rôle. Enfin, le globe-trotter Milenko Acimovic a fréquenté les championnats serbo-monténégrin et anglais, ainsi que la sélection Slovène. Cet amalgame entre jeunesse et expérience est une des clés de la réussite du club.

Cet équilibre se retrouve dans le jeu pratiqué par les coéquipiers de Philippe Brunel. Avec seulement sept buts encaissés, la défense est la plus hermétique de Ligue 1 après celle de l'Olympique Lyonnais. Les hommes de Claude Puel sont même parvenus à 10 reprises à ne pas prendre de buts. Une fois seulement le secteur défensif mis en place par l'entraîneur des Dogues a flanché : lors de la deuxième journée, face à l'OM, les Lillois ont encaissé un sévère 3-0. Il faut dire que ce soir-là, la défense était orpheline de Tavlaridis et de Vitakic, deux joueurs qui encaissé que trois buts lorsqu'ils ont été associés. Entre la 5ème et la 9ème journée, Tony Silva va même conserver son invincibilité durant plus de 500 minutes. Le milieu de terrain bénéficie quant à lui d'un nombre de solutions de rechange impressionnant : en vertu du turn-over pratiqué par Claude Puel, Brunel, Makoun, Landrin, Dernis, Bodmer, Acimovic et Dumont ont tous joué un nombre de matches conséquent. Enfin, avec 18 buts au compteur, l'attaque du LOSC se classe deuxième du championnat en terme d'efficacité, à une réalisation seulement de Lyon et de Bordeaux. Le meilleur scoreur du club toutes compétitions confondues est Matt Moussilou avec 10 buts inscrits, dont 8 sur la scène européenne. Il devance son capitaine Philippe Brunel ainsi que Milenko Acimovic, qui comptent 5 réalisations chacun. Il n'y a pas vraiment de buteur attitré, à Lille : depuis le début de la saison, 11 Lillois ont marqué, preuve que le danger vient de partout. Claude Puel ne dispose dans son effectif d'aucune individualité capable de forcer la décision d'un match à lui seul, à l'exception peut-être du Slovène Acimovic. Mais il est parvenu à construire une équipe solidaire, capable de construire du jeu, de défendre tout en marquant beaucoup de buts.

Des ambitions revues à la hausse

Les Dogues parviendront-ils à tenir le rythme ? Sans pessimisme excessif, il serait étonnant que le LOSC atteigne le mois de mai dans la même position que celle qu'il occupe actuellement. En effet, rares sont les équipes non-favorites qui, après avoir réalisé un début de championnat tonitruant, parviennent à garder le cap jusqu'à la fin de la saison. Ce constat pourrait se vérifier, d'autant plus que les hommes de Claude Puel ont disputé la Coupe Intertoto. Dès la fin du mois de juin, l'ancien entraîneur de l'AS Monaco a emmené ses joueurs en altitude pour un stage de préparation physique. Un choix judicieux, car la Coupe Intertoto est aussi fatigante pour les organismes que sportivement intéressante. Pensez-donc, le coéquipiers de Milenko Acimovic ont disputé face à Monaco dimanche dernier leur 25ème match de la saison ! Puel craint que ses joueurs ne puissent plus à la longue enchaîner les rencontres de Ligue 1 et de Coupe UEFA. «La récupération, cette peur de craquer physiquement, pour une équipe peu habituée à une telle répétition de matchs» , voilà bien l'ennemi numéro un du LOSC. Pour y faire face, l'entraîneur a choisi de faire tourner son équipe presque à chaque rencontre. «Il n'y a pas de titulaire indiscutable. Cela dépend de la forme du moment, du choix de l'entraîneur et des joueurs mis au repos» déclarait Brunel à l'issue de la victoire de la 13ème journée à Istres (0-2). Le portier Tony Silva est le seul joueur à avoir disputé toutes les rencontres de championnat. En défense, avec Tavlaridis, Tafforeau, Angbwa, Plestan, Schmitz, Vitakic, Chalmé ou Dante, les solutions demeurent relativement nombreuses. Le milieu de terrain est lui aussi assez fourni. C'est l'attaque qui pose problème : derrière Moussilou, et depuis le départ de Vladimir Manchev pour Levante (L1 espagnole), seul le Nigérian Peter Odemwingie semble en mesure d'occuper une place de titulaire. Malheureusement, une erreur administrative de son ancien club de La Louvière le prive de Coupe d'Europe. Le jeune Johan Audel (20 ans) n'étant pas encore apte à occuper un poste d'attaquant esseulé, Matt Moussilou est souvent préservé pour les joutes européennes. Les joueurs nordistes ont pour l'instant été épargnés par les blessures. Mais à un moment ou un autre, Claude Puel risque fort de se retrouver quelque peu dépourvu. A moins que les dirigeants du LOSC profitent du mercato pour étoffer leur groupe…

Néanmoins, après ce début d'année inespéré, Lille peut légitimement nourrir de plus grandes ambitions que celles affichées en début de saison. Rappelons-le, beaucoup au mois de juin parlaient de maintien. Un objectif qui, aujourd'hui, prête à sourire. L'équipe nordiste semble capable de terminer le championnat dans les cinq premières places car elle possède une régularité et une solidité qui ne peuvent s'effondrer du jour au lendemain. L'état d'esprit est excellent, et grâce au turn-over instauré par Puel, tous les joueurs sont mobilisés. Le LOSC demeure invaincu à domicile, même loin de Grimonprez-Jooris. En s'accrochant au TGV lyonnais, Brunel et les siens ont fait le trou sur leurs poursuivants : Auxerre, troisième, est relégué à 4 points ; Sochaux, Monaco et Marseille à 7 points. En Coupe UEFA, la récente victoire face au Zenit de St Petersbourg (2-1) leur permet de conserver toutes leurs chances de qualification pour les 16èmes de finale. En Coupe de la Ligue, les coéquipiers de Jean Makoun se sont hissés en 8èmes de finale en infligeant à l'Olympique Lyonnais sa première défaite de la saison (3-2) au terme d'un match des plus spectaculaires. Pour Didier Deschamps, l'entraîneur de Monaco, «le LOSC a montré qu'il n'est pas deuxième du classement par hasard. C'est une équipe qui est bien en place collectivement, qui laisse peu d'espaces» . Les adversaires de Lille n'ont pas fini de souffrir, à commencer par le RC Lens, samedi, lors du derby du Nord…

Avec une équipe presque inchangée, le LOSC a débuté cette saison comme il avait terminé la précédente, en accumulant les bons résultats. Complète, homogène et performante dans tous les domaines, l'équipe nordiste est bien partie pour être la surprise de l'année…

Par Julien Demets, le 17/11/2004 à 23h38


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