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le 03/03/2005 à 13h07

Auxerre, que de challenges

Le printemps est déjà là à Auxerre. Encore en course à l'entame du mois de mars sur trois tableaux, l'AJ Auxerre peut, en cette fin de saison, réaliser de grandes choses. D'autant plus que, de l'avis même de Guy Roux, son entraîneur emblématique : «Pour Auxerre, rien d'impossible» .

La ritournelle auxerroise

Avec les départs de Djibril Cissé, Olivier Kapo, Philippe Mexès, Jean-Alain Boumsong, c'est tout un pan de l'AJ Auxerre qui s'est effondré. Les stars envolées place désormais aux joueurs de l'ombre : Mwaruwari Benjani, Kanga Akalé, Jean-Pascal Mignot… Mais aussi à la classe biberon issue du centre de formation : Younes Kaboul et Bakari Sagna. Un effectif chamboulé mais des ambitions intactes. En effet, l'AJA reste un des fers de lance de la Ligue 1 même si Guy Roux s'évertue à prôner le maintien. Un maintien synonyme chaque année de coupe d'Europe. En effet chaque saison, Auxerre n'est jamais donné favori mais est toujours placé, voir sur la plus haute marche du podium (dernier titre de champion de France en 1996).

Pourtant cette année en championnat, il faut reconnaître que le boulot est fait, même bien fait. Reste qu'Auxerre, qui depuis le début de la saison a fait de la gourmandise son plus vilain défaut, reste au point mort en cette période hivernale. L'AJA s'enrhume. Les hommes de Guy Roux n'ont toujours pas trouvé le remède. En effet, chaque année c'est la même ritournelle. Entre janvier et mars les rencontres s'amoncellent (Coupe de France, Coupe de la Ligue, Coupe de l'UEFA, sans oublier le championnat). Les déceptions aussi. Les coéquipiers de Philippe Violeau se sont en effet fait surprendre par la meute des poursuivants. Troisième après la 23ème journée de L1 (victoire 4-1 contre Bastia), l'équipe icaunaise était revenue à sept longueurs des leaders lyonnais et ne comptait que deux points de retard sur la deuxième place occupée alors par Lille.

Réputée solide défensivement, l'équipe bourguignonne avait alors sombré à Metz (3-0) et semble avoir du mal depuis à se relever de ce faux-pas : un match nul arraché à l'Abbé Deschamps (2-2) contre Saint-Etienne et une humiliation à Istres (défaite 1-0 chez la lanterne rouge). Un point sur six contre deux promus, ça fait tâche pour un représentant français en Coupe de l'UEFA. Si on ajoute l'épisode typiquement Guy Roux de la 27ème journée face à Toulouse (le report du match suite à des chutes de neige a créé un précédent entre Olivier Sadran et l'AJA. Le président toulousain accuse les Auxerrois de ne pas avoir allumé la soufflerie de la bâche pour préparer le terrain), les Auxerrois ne semblent pas être au mieux actuellement en championnat.

Les Coupes : spécialités bourguignonnes

Guy Roux ne se plaint toutefois pas de l'exercice du championnat 2004/05. «On réalise une saison correcte. On a été réguliers, même dans les dérouillées. J'aime que le jeu soit bien calé, mais de temps en temps, il explose, comme cela s'est produit à Metz» , a reconnu le coach bourguignon. Du point de vue du jeu, Auxerre est en train de subir un léger changement par rapport à ce que l'on connaissait au début de saison. Le jeu attentiste, serein, réaliste, fait de contre-attaques laisse sa place à un jeu plus travaillé, plus léché avec une possession du ballon plus importante. «C'est une équipe qui devient joueuse, affirme Guy Roux. Depuis le début de l'année, on a le ballon. C'est ça qui est dangereux. On tire vers le haut, mais on est en danger» .

Outre le championnat, Auxerre dispute encore deux compétitions de tout premier choix : la Coupe de France et la Coupe de l'UEFA. Quoi que cette dernière devienne une compétition nationale selon les dires de Guy Roux : «Nous retombons dans la Coupe de France car on joue contre Lille (ndlr : en huitièmes de finale de la Coupe UEFA)» . La Coupe de France est réellement la petite préférée du club bourguignon. Après avoir éliminé Calais (CFA) (0-1) et Vannes (CFA) (0-2), Auxerre a «croqué» le Paris SG dans un match spectaculaire sur le score de 3 buts à 2. Il ne reste désormais aux Bourguignons que deux échéances avant de rejoindre la finale du Stade de France. La Coupe de France est devenue sans aucun doute l'objectif principal des Auxerrois dans les joutes hexagonales.

Que dire alors des Auxerrois en Coupe de l'UEFA ? Après avoir éliminé pour la troisième fois en trois confrontations [1/4 C3 1993 : Auxerre – Ajax Amsterdam (4-2) et (0-1) ; Groupe A C1 1996 : Auxerre – Ajax Amsterdam (0-1) et (1-2) et 1/16e UEFA 2005 Ajax Amsterdam – Auxerre (1-0) et (1-3)] l'Ajax Amsterdam en seizièmes de finale de la C3, Auxerre va jouer pour la première fois de son histoire contre un autre club français, Lille, en huitièmes de finale. «C'est une très bonne chose pour le football français, reconnaît Guy Roux. Nous sommes à nouveau dans les 16 meilleures équipes européennes. Je suis content que Lille y soit aussi. C'est l'une des trois meilleures équipes du championnat donc nous serons un peu outsiders» . L'enjeu sera également bien différent d'un match de championnat selon le portier Fabien Cool : «c'est la première fois en Coupe d'Europe que nous allons rencontrer un adversaire français : Lille. Il faudra se pencher sur le sujet et bien comprendre surtout qu'il y aura un autre enjeu face aux Lillois que lors d'un match de championnat.»

Une politique de jeunes satisfactions

Par rapport à la saison dernière, Auxerre a du forcément changé son style de jeu. Finis les ballons longs à destination de Cissé, place à un jeu simple, direct et efficace. La base de ce jeu provient des quatre défenseurs auxerrois (Grichting, Bolf, Mignot et Sagna) qui ne perdent pas de temps dans des passes latérales de temporisation. Le but de la manoeuvre : remonter le plus vite et le plus souvent le ballons en passes courtes. Néanmoins, Auxerre n'a pas perdu son habitude qui dure maintenant depuis plusieurs saisons. Les Bourguignons attendent l'adversaire pour mieux le surprendre. La concentration des joueurs au milieu du terrain est forcément très forte et dans le rôle de récupérateurs infatigables, on trouve Cheyrou et Violeau qui excellent dans ce registre. Toutefois la base d'un bon pressing est que tous les joueurs doivent se mouvoir en même temps. Par conséquent, les défenseurs auxerrois n'hésitent pas à fournir eux aussi un travail de harcèlement, parvenant fréquemment à couper les trajectoires et à intercepter les ballons.

En jouant les plus regroupés possible, les Auxerrois verrouillent l'accès de leur but. Il existe en conséquence peu d'espaces entre les lignes. Malgré tout, dans cette forêt de joueurs, un cadre de l'équipe se distingue. Il s'agit de Bonaventure Kalou. Agé de 27 ans, l'international ivoirien est en train de donner la pleine mesure de son talent au cours de cette deuxième saison sous le maillot icaunais. Alliant la finesse à la puissance, l'ancien joueur du Feyenoord Rotterdam reconnaît ses qualités. «Mon plus gros point fort, c'est la percussion. Je ne l'ai jamais travaillé, c'est naturel. Je ne me dégonfle jamais, je vais au mastic comme on dit» , confesse Kalou. Plaisant à l'oeil, le jeu de l'Ivoirien est aussi d'une redoutable efficacité : sept buts en championnat, six en coupe d'Europe. Bonaventure Kalou dépasse les stats de son coéquipier Benjani (meilleur buteur auxerrois en L1 : neuf buts). Il est sans aucun doute la plus grande satisfaction de l'AJ Auxerre.

Avec le football moderne, Auxerre ne peut plus se permettre de réaliser des «coups» fumants sur le marché des transferts. En effet, la naissance et la renaissance de Scifo, les Alain Roche et Laurent Blanc semblent être déjà très loin. Place désormais à la formation et surtout à l'anticipation. Auxerre ne fait pas de la formation pour se donner bonne conscience. C'est un choix, une philosophie de jeu qui se répercute de l'équipe fanion à toutes les équipes de jeunes. De plus, les Auxerrois font de la formation mais donnent également la place aux jeunes. Pour valoriser la formation, l'AJA prévoit donc chaque saison de la place pour les jeunes pousses au sein de l'effectif pro. Aujourd'hui, outre la formation, Auxerre c'est deux politiques de recrutement : la première est le fait de dénicher des joueurs méconnus, genre Benjani ; la seconde est de faire confiance à des joueurs sous-cotés car jugés trop âgés aux yeux des autres, comme Bolf ou Violeau.

Auxerre, c'est du solide. En position d'outsider de luxe en championnat, les Bourguignons espèrent bien continuer leurs parcours le plus longtemps possible en coupes. Et puis, interrogé sur le fait qu'il croit qu'Auxerre puisse remporter l'UEFA au cours d'une bonne année, Guy Roux répond : «Oui, et j'y crois toujours» .

Par David Bonnefous, le 03/03/2005 à 13h07


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