
Une rigueur retrouvée
L'OM version 2005 ne propose pas un visage particulièrement spectaculaire. Il brille avant tout par sa rigueur et son homogénéité. L'entraîneur Phillipe Troussier, fidèle aux principes qu'il avait appliqué par exemple à l'équipe nationale japonaise, privilégie la force collective aux exploits individuels. «Ma plus grande satisfaction, témoigne-t-il, c'est d'avoir mis en place une équipe qui communique, qui se soude ensemble. Les joueurs ont été réceptifs à cet investissement au service des autres.» Le milieu de terrain Benoît Pedretti va dans le même sens : «Avec Anigo, on pensait d'abord à briller individuellement.» Pour autant, les joueurs de l'OM ne sont pas condamnés à servir la cause collective au détriment de leurs prestations personnelles. Selon Troussier, «chacun doit trouver dans cette consigne collective la place pour exprimer sa propre capacité.» Ainsi, même si cela peut sembler paradoxal, la mise en place d'un collectif à Marseille a permis l'éclosion des individualités les plus douées : l'attaquant Peguy Luyindula a retrouvé son efficacité et a été élu «Joueur du mois de janvier» . Pedretti, Costa ou Cheyrou affichent également une forme actuelle bien meilleure qu'en début d'exercice. Les individualités doivent briller dans le cadre collectif : telle pourrait être la devise de Philippe Troussier.
Les statistiques olympiennes appuient ce constat : avec 35 buts marqués, l'attaque phocéenne est la quatrième de Ligue 1. Le meilleur buteur de l'équipe, Peguy Luyindula, a trompé les gardiens adverses à 7 reprises, suivi de Laurent Batlles (6 buts), Steve Marlet et Habib Bamogo (5 buts) puis Sergio Koke (4 buts). Titulaires, remplaçants, attaquants ou milieux de terrain... le danger vient de partout. C'est bien la preuve que l'équipe ne dépend plus des performances d'un seul homme, comme c'était le cas l'an dernier avec Didier Drogba. La défense présente également un bilan convenable, mais sans plus : avec 24 buts encaissés, Marseille possède le quatrième meilleur total de L1. La différence de buts de l'OM (+11) est d'ailleurs la plus faible parmi les quatre premiers du classement. Déhu et les siens n'infligent que rarement des corrections à leurs adversaires, même mineurs. Leurs victoires sont construites, appliquées, rationnelles. Le succès obtenu à Bastia lors de la 26ème journée (0-1) en est le meilleur exemple. C'est ce manque de création, de folie, qui est à l'origine des quelques faux-pas olympiens à domicile. Quand les hommes de Troussier parviennent à prendre le jeu à leur compte, comme contre Rennes, le panache est au rendez-vous (victoire 3-1). Mais cette équipe n'est pas faite pour l'offensive à tout-va, c'est pourquoi elle cale souvent devant son public : le match nul concédé dimanche face à Istres (1-1) en est une nouvelle démonstration.
Un effectif enfin exploité
L'Olympique de Marseille jouit d'un effectif de qualité. On y croise d'abord des joueurs expérimentés : c'est le cas de Frédéric Déhu, 32 ans, patron de la défense, ou du gardien Fabien Barthez, 31 ans, champion du monde avec l'équipe de France en 1998. On y trouve également un nombre important de valeurs sûres, de joueurs souvent internationaux et déjà rompus aux joutes de la première division française ou étrangère. Benoît Pedretti, Peguy Luyindula, Bruno Cheyrou, Steve Marlet, Habib Beye ou Laurent Batlles épousent ce profil. Enfin, quelques très jeunes éléments pointent le bout de leur nez, à commencer par Samir Nasri : âgé de seulement 17 ans, le meneur de jeu s'est déjà fait une place de choix dans l'équipe marseillaise. Les Ahmed Yahiaoui, Leyti N'Diaye ou Jérémy Gavanon parviendront-ils à suivre son exemple ? Toujours est-il que ce mélange d'expérience, de talent et d'insouciance instaure entre les joueurs une concurrence qui leur est bénéfique. L'ancien sélectionneur du Japon avait d'ailleurs annoncé la couleur dès son arrivée à la tête de l'effectif marseillais : «Il n'y a pas de titulaires, chaque lundi on repart à zéro.» Ainsi, même Fabrice Fiorèse ou Johnny Ecker, partants durant le mercato, peuvent espérer réintégrer l'équipe-type phocéenne. Et lorsque Brahim Hemdani a été sollicité lors des deux dernières journées, suite à la blessure de Costa, il s'est tout de suite hissé au niveau des titulaires habituels. En responsabilisant chaque joueur, le coach de l'OM exploite au maximum la richesse de son effectif.
Un paradoxe, encore un, est né de cette situation : alors qu'elle laisse leur chance aux habituels remplaçants, ce sont bien les joueurs les plus attendus, les stars, qui ont pris le pouvoir. Poussés par la concurrence, libérés d'une pression de titulaires indiscutables, ne cherchant plus à faire la différence seuls, les recrues estivales que sont Pedretti, Luyindula et Cheyrou ont enfin rendu des copies conformes à leur statut. L'ancien Sochalien a inscrit un très beau but à Bastia, qui concrétise son net regain de forme depuis la fin de l'année 2004. L'ancien Lyonnais a quant à lui marqué cinq fois entre la 19ème et la 24ème journée, permettant à son équipe de récolter quelques résultats prestigieux comme ce match nul à Gerland à l'occasion du dernier match aller. Quant au «Red» Bruno Cheyrou, il a réalisé à Toulouse et contre Rennes ses meilleures performances sous le maillot phocéen, même s'il reste encore sous la menace de Samir Nasri. Steve Marlet a également pris son envol et forme désormais avec Luyindula l'un des duos d'attaquants les plus complémentaires de Ligue 1. Parmi les recrues, seul Eduardo Costa, venu de Bordeaux, évolue encore un ton au-dessous de son niveau réel. Finalement, malgré la politique de concurrence mise en place par Troussier, une équipe-type est apparue, démontrant au passage que le recrutement estival n'était pas si mauvais... Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que suite au départ de Lizarazu, seul Koji Nakata est venu garnir les rangs olympiens durant le mercato.
Des ambitions affichées
Petit rappel en chiffre : après 27 journées de championnat, les Marseillais occupent le deuxième rang de Ligue 1 avec 48 points, à huit longueurs de l'Olympique Lyonnais. Ce total représente 14 victoires, 6 nuls et 7 défaites. Les Phocéens n'ont pas perdu espoir de décrocher le titre de champion de France : «Mathématiquement, tout reste possible, affirme Philippe Troussier. Rappelez-vous Monaco la saison dernière !» L'OM aura en plus l'avantage de recevoir le leader lyonnais lors de l'avant-dernier épisode de l'exercice 2004-2005 qui se disputera le 21 mai. L'occasion de reprendre 3 points à leurs adversaires du soir en espérant que d'ici-là, plusieurs faux pas des Gones aient permis à Marseille de se rapprocher. Toutefois, s'ils ne veulent pas tout perdre, les coéquipiers de Steve Marlet ont également intérêt à jeter un coup d'oeil dans le rétroviseur. Le LOSC n'est qu'à un point, Monaco à quatre longueurs mais compte un match de moins. Avec 42 points et une rencontre à domicile reportée, Auxerre reste également menaçant. D'ailleurs, l'ASM et l'AJA recevront Marseille d'ici la fin du championnat. Les Phocéens doivent donc surveiller leurs arrières s'ils ne veulent pas dire adieu à une place sur le podium synonyme de Ligue des Champions.
Car l'objectif marseillais est bien là : disputer la plus prestigieuse des compétitions continentales en 2005, après une saison sans Europe. Le profil de l'OM version 2005 ressemble beaucoup à celui du PSG l'an dernier : rarement brillant mais jamais pris à défaut. Les hommes de Halilhodzic s'étaient classés deuxièmes de L1 après un début de saison poussif. Marseille emprunte les mêmes traces. Malgré cette perspective alléchante, de nombreuses incertitudes planent encore : des rumeurs ont couru sur un possible départ de Philippe Troussier, dont le contrat s'étale sur deux ans, dès le mois de juin. Autres sujets sensibles, les transferts de certains joueurs-clés comme Benoît Pedretti ou Samir Nasri. Le premier est courtisé par le Real Madrid, au même titre par exemple que le Bordelais Rio Mavuba. Quant au second, son talent précoce attire déjà les plus grands clubs européens, car certains voient en ce Marseillais d'origine un futur Zinedine Zidane. Une comparaison osée mais souvent entendue, preuve que la pression qui entoure le jeune homme de 17 ans est déjà énorme. Le club marseillais devra protéger sa perle s'il ne veut pas qu'elle se brûle les ailes prématurément. La plupart des joueurs marseillais sont jeunes : Meïté a 24 ans, Costa 22 ans, Pedretti 24 ans, Koke 21 ans et Luyindula 25 ans. Si les dirigeants du club phocéen jouent, pour une fois, la carte de la stabilité et réussissent à conserver ces joueurs dont la marge de progression reste importante, nul doute que l'avenir marseillais sera jalonné de succès.
L'Olympique de Marseille, avec ses défauts, est parvenu à se frayer un chemin dans le haut du classement. Un résultat qui ne doit rien au hasard : son équilibre général et l'intégration – même tardive – de ses stars en font l'une des équipes les plus efficaces de Ligue 1. Forts de leur régularité, les hommes de Philippe Troussier sont aujourd'hui les plus à même de titiller le leader lyonnais.